En Chine, les catholiques chinois sont plus que jamais en alerte

En Chine, les catholiques chinois sont plus que jamais en alerte
En Chine, les catholiques chinois sont plus que jamais en alerte

« Nous continuons de prendre soin de nos personnes âgées et de prier ensemble chaque jour dans la plus grande discrétion… Plus que jamais nous devons être extrêmement prudents car les autorités nous surveillent de très près. » Ces quelques mots murmurés dans une messagerie cryptée à une journaliste occidentale qui la connaît de longue date pourraient coûter cher à sœur Claire, pseudonyme qu’elle a choisi pour éviter d’être repérée par les très sophistiqués services de cybersurveillance chinois. « Les yeux et les oreilles du Parti communiste chinois ne dorment jamais. »

Depuis son monastère clandestin camouflé en maison de retraite aux confins de la province minière du Shanxi, dans le nord de la Chine, sœur Claire mène depuis plus de vingt ans une vie monastique avec trois autres religieuses. « Dieu me regarde aussi, mais il me protège. » A ses yeux, l’accord signé en octobre 2018 et toujours en vigueur, permettant au Vatican et à la Chine de nommer, d’un commun accord, des évêques dans tout l’Empire du Milieu, « n’a pas beaucoup changé ; pire, parce que les cadres de l’Association patriotique des catholiques chinois (CCPA) (1) sentent leur légitimité renforcée et nous obligent à suivre les directives centrales du parti. » Quitte à recourir à la contrainte physique. Sœur Claire reconnaît cependant que pour les 12 millions de catholiques chinois, “officiel” comme “illégaux”la situation s’est profondément détériorée “dégradé” depuis l’arrivée au pouvoir du leader Xi Jinping en 2012.

Avec Xi Jinping, un changement radical

À plus d’un millier de kilomètres de là, toujours en sécurité dans son diocèse de Hong Kong, Annie, militante catholique de 60 ans, ressent ce sentiment. « changement radical depuis plusieurs années ». Pour cette passionnée très engagée en Chine où elle a souvent enseigné pendant trente ans, « Nous sommes presque revenus à la fin des années 1970, lorsque nous ne savions rien de ce qui se passait au-delà du rideau de bambou. » Très rares aussi sont aujourd’hui les prêtres, religieuses ou fidèles chinois qui osent s’exprimer par téléphone, email ou messagerie, même cryptée. ” C’est trop dangereux. »

L’information circule très peu, voire pas du tout. Y arriver est tout aussi risqué. “Je n’ose plus aller sur le continent visiter une paroisse, confie Chan, journaliste catholique hongkongais. Je mettrais en danger les prêtres et fidèles que je rencontrais, la surveillance a été renforcée, des caméras sont installées devant les églises… »« Quand vous parvenez à contacter une connaissance de longue date, dit Annie, elle ne parle pas, et encore moins l’accord de 2018. » Comme si le sujet était radioactif.

“Avec le Parti communiste on ne dialogue pas, on s’affronte”

« Dans les années 1990 et 2000se souvient-elle, un peu déçue, on avait l’espoir de voir cette Église déchirée par le maoïsme s’unifier à nouveau, mais depuis l’arrivée de Xi Jinping en 2012… Il veut la siniser et la soumettre à l’idéologie communiste. » Pour elle, “Le pape François essaie de maintenir le dialogue en faisant quelques concessions, en s’imaginant marquer quelques points mais cela semble un peu illusoire.” S’appuyant sur ses décennies d’expérience en Chine, Annie conclut : « Avec le Parti communiste, nous ne dialoguons pas, nous nous affrontons. »

Certainement les catholiques chinois, “officiel” comme “illégaux”, continuer à pratiquer, prier, catéchiser… Malgré des contraintes de plus en plus strictes. Mais leur situation peut varier d’un extrême à l’autre selon les provinces, les blessures de l’histoire du diocèse sous le maoïsme, la personnalité des évêques (reconnus ou non par le Vatican) et leurs relations avec les autorités politiques locales (plus ou moins moins sympathique). “Mais je peux vous assurer que l’ambiance générale est très morose”, » dit Marie, une catholique chinoise de la province du Sichuan, dans le sud-ouest de la Chine, qui vit aux États-Unis.

« Soit le pape est mal conseillé, soit il ne comprend pas la Chine »

Issu d’une famille catholique « depuis dix générations, lorsque les prêtres des Missions étrangères de Paris (MEP) sont arrivés au Sichuan il y a deux siècles »Marie parvient à garder le contact avec sa très grande famille. « Mes tantes, oncles, cousins ​​octogénaires sont divisés comme beaucoup de familles catholiques chinoises » entre “officiel” Et “illégaux” que le Vatican souhaite unifier depuis des décennies. “Dans l’histoire, le parti a toujours voulu contrôler la vie de tous les Chinois, elle explique, mais depuis la mort de Mao, la situation avec Xi Jinping n’a jamais été aussi dramatique. » Marie défend les catholiques clandestins, nombreux dans sa famille, tout en reconnaissant que de nombreux évêques et prêtres “officiel” faire un “bon travail”.

Elle considère cependant que « l’accord de 2018 est une catastrophe ! Nous ne pouvons pas laisser l’Église de Chine sous le contrôle du parti qui détruit tout. » Elle pense que le Pape, « Jésuite argentin de gauche »imagine pouvoir trouver un compromis avec Pékin. “Soit il est mal conseillé, soit il ne comprend pas la Chine, pense Marie, car la plus grande confusion règne au sein de l’Église de Chine. »

« Tout n’est pas rose mais pas tout noir non plus »

De retour d’un bref séjour de quelques jours dans la province du Fujian, face à Taïwan, Michel Chambon, chercheur à l’Université nationale de Singapour, spécialiste des religions en Asie, porte un regard plus serein sur l’impact de l’accord de 2018. « Tout n’est pas rose mais pas tout noir non plus », assure-t-il après avoir rendu visite à Mgr Wu Yeshun, évêque de Minbei, ordonné en janvier, d’un commun accord entre Rome et Pékin. « Un homme pieux, proche de son troupeau, respectueux de toutes les sensibilités spirituelles locales », affirme ce spécialiste qui a participé aux célébrations de Pâques avec les fidèles.

« Dans cette région, la situation s’améliore entre les fonctionnaires et les immigrants illégaux, il dit, les deux communautés cohabitent pacifiquement sans fusionner. » Ajoutant que dans une paroisse voisine, l’unité a été réalisée récemment. « Prêtres clandestins et prêtres officiels prient ensemble, c’est un progrès notable et l’accord de 2018 y a sans doute contribué » explique-t-il en précisant que le diocèse de Fuzhou, capitale du Fujian, est encore très divisé. « Il faut du temps pour favoriser la communion plutôt que la division, pense-t-il, le Vatican avance pas à pas pour montrer son respect pour toutes les sensibilités. » La longue marche des catholiques chinois vers la liberté est encore loin d’être terminée.

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Un accord secret signé en 2018

L’accord entre la Chine et le Vatican a été signé en octobre 2018 et renouvelé à deux reprises, en 2020 puis en 2022. Il permet au gouvernement chinois et au pape de nommer conjointement les évêques.

Il vise à unifier l’Église catholique en Chine et éviter une séparation irrémédiable entre deux courants, l’un « clandestin » et l’autre « officiel ».

Le projet de « sinisation » des religions, adopté en 2015 par Xi Jinping, aspire à rendre les différentes confessions compatibles avec la culture communiste chinoise. Cela a conduit à un renforcement drastique du contrôle sur les communautés religieuses, officielles et clandestines.

(1) L’Association patriotique des catholiques chinois est une structure politique communiste créée après l’arrivée au pouvoir de Mao en 1949 dont le rôle est de contrôler la vie des diocèses, des évêques et des prêtres, sous l’autorité supérieure du Bureau des affaires religieuses au niveau national.

 
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