Kanaks, FLNKS, CCAT… Des mots pour comprendre la crise actuelle

Depuis plus d’une semaine, l’archipel est en proie à des émeutes qui ont fait six morts, dans un contexte de fortes revendications indépendantistes sur ce territoire français d’outre-mer.

Six morts, des centaines de blessés, des risques de pénurie et un archipel en pleine crise : la Nouvelle-Calédonie est touchée depuis une semaine par de violentes émeutes déclenchées par le soutien aux forces indépendantistes. Ces tensions ont éclaté alors qu’une révision constitutionnelle en cours envisage de modifier le corps électoral de ce territoire de 271 400 habitants.

Qui sont les Kanaks ? Que représente l’accord de Nouméa ? Qu’est-ce que le CCAT ? Pourquoi la réforme constitutionnelle est-elle contestée par les séparatistes ? - passe en revue 13 termes essentiels pour tenter de comprendre les émeutes actuelles sur l’archipel.

Les Kanaks

Ils représentent la population indigène mélanésienne de l’archipel et forment sa principale communauté : sur les 271 400 habitants, ils représentaient plus de 41% de la population, selon le dernier recensement de l’Institut de statistique et d’études économiques de Nouvelle-Calédonie (Isee). réalisé en 2019. « Ce sont ces gens qui étaient là à l’arrivée des Français, avec 3 000 ans de présence », résume Louis-José Barbançon, historien spécialiste de la Nouvelle-Calédonie. Ils étaient environ 27 000 au début des années 1920contre plus de 110 000 au recensement de 2019.

Les Kanaky

C’est le nom donné à la Nouvelle-Calédonie par les indépendantistes opposés au pouvoir central français. Comme le rappelle Louis-José Barbançon sur -, “c’est un mot récent dans l’histoire du pays, apparu dans les années 1970” et la montée des revendications indépendantistes.

Les Caldoches

Les Caldoches représentent l’une des principales communautés de Nouvelle-Calédonie, avec 24 % de la population, selon l’Isee. Le terme est d’abord utilisé par la communauté kanak pour désigner les descendants de colons libres ou de bagnards français, nés en Nouvelle-Calédonie. Les Calédoniens d’origine européenne n’utilisent pas ce terme, alors que les documents officiels français mentionnent le “Communauté européenne”. L’âge moyen de ces habitants est supérieur à celui des Kanaks (environ 41 ans) et ils vivent souvent en face de cette autre communauté, au sud du territoire.

Les Zears

C’est le surnom donné aux non-originaires de Nouvelle-Calédonie par certains Kanak. En 2019, lors du dernier recensement réalisé par l’Isee, 14 % des habitants du « Caillou », le surnom de l’archipel, sont nés en France métropolitaine ou dans un département d’outre-mer, 4 % à l’étranger, 2,5 % à Wallis et Futuna et 1,5% en Polynésie française.

Le FLNKS

En Nouvelle-Calédonie, la principale fracture politique ne se situe pas entre gauche et droite ou entre souverainistes et libéraux, mais entre séparatistes et non-indépendantistes. Le FLNKS (Front de Libération Nationale Kanak et Socialiste) est le principal mouvement indépendantiste. Il a été créé en 1984, après la dissolution du Front de l’Indépendance, et est composé de “plusieurs partis avec leurs spécificités”, souligne Louis-José Barbançon. Ces structures luttent pour l’indépendance de la Nouvelle-Calédonie, s’inscrivant dans l’histoire de la lutte contre la colonisation.

Le CCAT

La Cellule de Coordination des Actions de Terrain (CCAT) est une organisation récente, créée en novembre 2023. « C’est un regroupement de facto qui regroupe tous les partis nationalistes du FLNKS »dont il s’agit « assez autonome », observe Mathias Chauchat, professeur de droit public à l’Université de Nouvelle-Calédonie. Le CCAT est directement opposé à la réforme électorale, point de départ de la crise actuelle.

Le CCAT est dans le collimateur du gouvernement : les autorités accusent ses dirigeants d’être à l’origine des violences. Le parquet de Nouméa a ouvert une enquête notamment pour association de malfaiteurs visant à « parrains » émeutes, y compris « certains membres du CCAT ». Le collectif indépendantiste a été décrit comme« organisation mafieuse » par le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin.

Les indépendantistes, dont certains ont été assignés à résidence, parlent d’un « Campagne de désinformation » orchestré par l’État. « Criminaliser les dirigeants du CCAT, c’est directement criminaliser les membres de la direction des partis FLNKS »estime Mathias Chauchat, qui alerte sur le “risque” pour Paris à partir de “Se priver d’interlocuteurs”.

Non-indépendance et loyalistes

Les premiers sont favorables au maintien de la Nouvelle-Calédonie dans le giron de la France, sans processus d’indépendance. Certains d’entre eux sont des loyalistes, sympathisants du mouvement politique de l’ancienne secrétaire d’Etat Sonia Backès, opposée à l’indépendance.

Les accords de Matignon

Ils ont été signés en 1988 après un soulèvement kanak et de violents affrontements entre séparatistes et forces de l’ordre, qui ont abouti à une prise d’otages meurtrière dans une grotte de l’île d’Ouvéa au printemps 1988. Fin juin, sous l’égide du Premier ministre Michel Rocard, le mouvement anti-indépendantiste Jacques Lafleur et le FLNKS du Kanak Jean-Marie Tjibaou ont conclu un accord pour rétablir la paix.

Les accords ratifiés en novembre 1988 créent trois provinces dans l’archipel : la province Nord, la province Sud et la province des Îles Loyauté. Ils prévoient également un rééquilibrage économique en faveur des Kanaks, un référendum local sur l’indépendance prévu dix ans plus tard et l’ouverture du corps électoral aux populations autochtones.

L’accord de Nouméa en 1998

En 1998, l’Accord de Nouméa a reconnu pour la première fois que « le choc de la colonisation a constitué un traumatisme durable pour la population d’origine ». L’accord confère à l’archipel un statut unique en France, avec une autonomie progressive et un gouvernement propre à ce territoire. Inscrit dans la Constitution, l’accord prévoit la création d’un corps électoral spécifique. Les référendums d’autodétermination sont reportés de 20 ans.

La révision constitutionnelle de 2007

Depuis la révision constitutionnelle de 2007, seules les personnes inscrites sur les listes électorales avant la signature de l’accord de Nouméa en 1998 peuvent voter aux élections provinciales. Concrètement, ce changement donne aux Kanaks une voix prépondérante lors de certaines élections.

Le « destin commun »

Cette expression apparaît dans le préambule de l’accord de Nouméa en 1998 : « Il faut aujourd’hui poser les bases d’une citoyenneté calédonienne permettant au peuple originel de constituer avec les hommes et les femmes qui y vivent une communauté humaine affirmant son destin commun ».

« C’est une périphrase pour le peuple calédonien, qui n’est pas lui-même cité »explique Mathias Chauchat. « L’idée générale de l’accord de Nouméa est que les deux affluents de la population, le peuple kanak et le peuple français, puissent à l’occasion du « oui » à l’indépendance constituer ensemble le peuple calédonien. Le peuple calédonien n’existe pas, il naîtra du « oui » au destin commun dans un pays commun »remplace le professeur.

Les référendums de 2018, 2020 et 2021

L’accord de Nouméa prévoyait trois référendums sur l’indépendance de la Nouvelle-Calédonie, en cas de vote négatif pour les deux premiers, ce qui a été vérifié. Le « non » à l’indépendance a obtenu 56,4 % en 2018 et 53,26 % en 2020.

En 2021, la troisième élection est marquée par une très forte abstention du camp indépendantiste, qui réclamait un report en raison de la crise du Covid-19. Cette abstention se traduit logiquement par une victoire écrasante des partisans du « non » à l’indépendance, à 96,49 %. Après ces référendums, les dirigeants politiques locaux n’ont pas réussi à s’entendre sur un nouveau statut pour ce territoire.

La révision constitutionnelle de 2024

Le projet de révision constitutionnelle prévoit de remettre en cause la révision constitutionnelle de 2007. “C’est une rupture fondamentale”, insiste Mathias Chauchat. Son objectif est d’ouvrir le corps électoral à tous les autochtones et aux personnes résidant au moins dix ans en Nouvelle-Calédonie. Selon les estimations du gouvernement, qui veut faire en sorte que l’électorat « plus conforme aux principes de la démocratie »25 000 personnes supplémentaires pourraient ainsi se rendre aux urnes.

Le texte a été voté par le Sénat puis l’Assemblée nationale mercredi dernier. Puisqu’il s’agit d’une réforme constitutionnelle, le Parlement doit l’adopter au Congrès. Ce grand rendez-vous politique est théoriquement prévu au mois de juin, mais des voix s’élèvent pour demander à l’exécutif de le reporter. Pour le camp indépendantiste, c’est un “force” visant à mettre les Kanaks en minorité.

« Le dégel du corps électoral aux élections provinciales est une nécessité légale et démocratique »justifie Matignon de son côté. Selon certains experts, cette réforme a conduit aux émeutes actuelles. « Nous savons bien que toucher l’électorat, sans accord global et compromis général, c’est déterrer la hache de guerre »explique Benoît Trépied, chargé de recherche au CNRS, à -.

 
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