Inhabituel. Comment le trône d’or du sanguinaire empereur Bokassa Ier a fait revivre un château près de Montpellier

Inhabituel. Comment le trône d’or du sanguinaire empereur Bokassa Ier a fait revivre un château près de Montpellier
Inhabituel. Comment le trône d’or du sanguinaire empereur Bokassa Ier a fait revivre un château près de Montpellier

La vente aux enchères, ce dimanche 26 juin, d’une réplique du trône du dictateur de Centrafrique fait revivre un épisode oublié de l’histoire de l’Hérault : en 1978, Olivier Brice, artiste parisien sulfureux qui avait fait fortune grâce à ce sacre controversé avait racheté le château de Cambous, à Viols-en-Laval, pour y créer un musée très éphémère, inauguré par Georges Frêche en 1984.

Il mesure trois mètres de haut, il est en acajou massif, doré à la feuille d’or, et sera l’un des objets phares d’une vente aux enchères organisée dimanche 26 mai au château d’Artigny, près de Tours, par la maison Rouillac, prochainement. au fameux scooter que François Hollande conduisait pour rejoindre discrètement Julie Gayet depuis l’Elysée. Ce siège extraordinaire est une réplique parfaite du trône du dictateur sanguinaire de la République centrafricaine Jean-Bedel Bokassa, empereur autoproclamé à Bangui le 4 décembre 1977, et réalisé par la marque parisienne. Percier et Fontaine.

« Pas du tout là pour glorifier ce dictateur »

« Je ne suis pas du tout là pour glorifier ce dictateur peu recommandable » insiste Rémi le Forestier, patron de cette entreprise spécialisée dans des meubles de style historique, « pour l’hôtellerie, l’événementiel ou le cinéma » et leader depuis quinze ans sur un marché de niche : les trônes.

« Nous en vendons une centaine par an en Europe, beaucoup pour des opérations commerciales à Noël, mais aussi pour des clips de rap. C’est en préparant une exposition sur les trônes, en 2023 au Château des Princes de Condé, dans l’Aisne, que j’ai eu l’idée de montrer notre savoir-faire : c’est un peu le roi des trônes, je n’en connais pas plus en imposant un. Huit mois de travail plus tard, la copie du siège de Bokassa était exposée aux côtés de la copie en fer de Game of Thrones. Depuis, l’entreprise a tenté, en vain, de le revendre.

10 000 € pour cette réplique monumentale du trône de Bokassa

Si vous disposez de très belles hauteurs sous plafond et de beaucoup d’espace chez vous, vous pouvez vous offrir la réplique du trône de l’empereur Bokassa, mise en vente ce dimanche 26 mai par la maison Rouillac au château d’Artigny, près de Tours. Et c’est également au même prix de départ que sera mis aux enchères le célèbre scooter ayant appartenu à François Hollande, avec lequel il allait rejoindre discrètement Julie Gayet depuis l’Elysée.

Un épisode marquant de l’histoire du département de l’Hérault

Mais au-delà de l’anecdote, l’image de ce siège impérial ravive le souvenir d’un épisode qui a marqué le département de l’Hérault. Car le 31 janvier 1978, moins de deux mois après le sacre de l’ancien capitaine de l’armée française, devenu chef de la République centrafricaine via un coup d’État en 1966, un artiste achète pour 1,3 million de francs, un immeuble menacé de décrépitude près de Montpellier. Une histoire racontée en détail par l’héraultais Christian Pioch, dans un ouvrage très documenté.*

Estimé à l’époque à 2,5 millions de francs

Olivier Brice, un artiste devenu à 45 ans le nouveau propriétaire du château de Cambous, à Viols-en-Laval, non loin du Pic-Saint-Loup, alors roulé dans l’or : il fut le créateur du célèbre trône l’or de Bokassa 1er, estimé à l’époque à 2,5 millions de francs. Il a également décoré le rutilant carrosse de cet éphémère monarque africain, fasciné par Napoléon, et cousu sa garde-robe pour la cérémonie. Car l’homme a plusieurs cordes à son arc : il a débuté sa vie professionnelle dans la haute couture à Paris, sous le nom de Michel Tellin. Il combine ses talents en créant des sculptures couvertes de drapés qui attirent l’attention : c’est après avoir vu sa Vénus de Milo à Beaubourg en 1976 que les conseillers culturels de Bokassa lui confient le contrat de la cérémonie impériale.

Un dictateur accusé de cannibalisme

Un jackpot très controversé : le sulfureux dictateur est accusé d’avoir massacré des enfants et ruiné son peuple. On dit qu’il jette ses adversaires aux crocodiles, qu’il est aussi cannibale…

« Cela m’a amusé bien plus que ce que cela a rapporté. Si ce n’était pas une mauvaise jalousie à Paris, qu’est-ce qui m’a poussé à me mettre au vert, à prendre du recul » explique Olivier Brice à Midi libre13 juillet 1982. L’artiste met en avant son besoin d’espace pour justifier l’achat du château : “J’ai réalisé des sculptures monumentales et j’ai été obligé de les détruire une fois les expositions terminées.”

Un camarade trappiste défroqué

Entre 1978 et 1984, il embarque avec sa compagne, ancien moine trappiste barcelonais devenu peintre, pour rénover ce château classé monument historique, tout en gérant sa boutique de vêtements de luxe.

“Quand je mourrai, le pays en héritera et mon désir est qu’il devienne un musée” insiste cet étrange personnage qui se dit proche de Salvador Dali, et laisse entendre avoir été très intime avec lui. En juin 1983, le château est classé Monument Historique, puis ouvert au public. Le 29 juin 1984, Georges Frêche, adjoint au maire de Montpellier, inaugure officiellement le musée qui expose des centaines d’œuvres d’Olivier Brice et de son compagnon ainsi que des tableaux de maîtres : Cézanne, Dali, Daumier, Masson, Picasso, Rodin, et des créations de César ou Vasarely.

Rattrapé par une dette fiscale colossale

Mais après le dîner aux chandelles dans le parc du château, et le somptueux spectacle pyrotechnique de ce soir-là, le musée de Cambous ne fit pas long feu : il ferma en mai 1985, quand Olivier Brice, rattrapé par une dette fiscale colossale de plusieurs millions de francs, évacue en urgence ses œuvres en Belgique, et quitte définitivement les lieux. Non sans saluer une visite hautement symbolique avant son départ : Jean-Bedel Bokassa lui-même, destitué et exilé en France en 1979, après avoir été chassé du pouvoir. L’empereur déchu insista pour venir voir le château de Cambous, juste avant sa ruine, celui dont il avait fait sa richesse.

Le Château de Cambous, Arts et Traditions ruraux, 2016.
 
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