Ce que couvre l’investissement de Solvay dans les terres rares à La Rochelle

Ce que couvre l’investissement de Solvay dans les terres rares à La Rochelle
Ce que couvre l’investissement de Solvay dans les terres rares à La Rochelle

La renaissance de Solvay à La Rochelle avance. A l’occasion du sommet Choose France, lundi 13 mai, le gouvernement français a fait état du projet du géant belge, initialement annoncé en 2022, de relancer sa production de terres rares. Solvay, qui n’a pas publié de communiqué, confirme La nouvelle usine par email « son intention de lancer prochainement la première phase d’une unité de production à grande échelle d’oxydes de terres rares séparés pour aimants permanents ». « Cette nouvelle activité industrielle, sur son site de Rochelle, pourrait ouvrir la voie à de nouveaux investissements, susceptibles de dépasser à terme les 100 millions d’euros, avec un soutien important du gouvernement français et de l’Union européenne », précise le chimiste belge. , qui a récemment séparé ses activités de matières premières (sous le nom de Solvay) et de spécialités (nommée Syensqo), mais conserve sous son nom historique la production de terres rares pour aimants permanents.

Véhicules électriques et éoliennes

L’usine de La Rochelle connaît bien les terres rares. Cette grande famille regroupe 17 éléments, issus des mêmes minerais et utilisés dans un grand nombre de technologies de pointe. Parmi eux, quatre seulement sont utilisés pour fabriquer les aimants permanents présents dans les moteurs des véhicules électriques : le néodyme, le praséodyme (terres rares dites « légères ») et le dysprosium et le terbium (éléments « lourds », utilisés en moindre quantité comme éléments d’addition). . Sous le nom de Rhodia, le site de La Rochelle est depuis longtemps champion du recyclage et de la séparation des terres rares utilisées dans les ampoules fluorescentes (où l’on retrouve notamment le lanthane, le cérium, l’yttrium, le terbium et l’europium). Une activité arrêtée en 2016, en raison de la concurrence des ampoules LED et de la Chine. Aujourd’hui, l’usine de Charente-Maritime produit encore environ 5 000 tonnes d’oxydes de cérium par an, une terre rare utilisée dans les pots catalytiques et le polissage des semi-conducteurs.

Mais la transition énergétique ouvre de nouvelles opportunités. “Si l’on regarde la nécessaire réduction des émissions de CO2 en Europe, les voitures électriques, mais aussi l’énergie éolienne offshore nécessitent des moteurs à aimants permanents, et donc des terres rares.», a expliqué Ann Nuyttens, présidente de l’unité Silice et Chimie Spéciale de Solvay (qui regroupe des usines de silice, de fluor, ainsi que quatre usines de terres rares, à La Rochelle en France, à Cincinnati aux Etats-Unis, à Anan au Japon et à Liyang en Chine), lors d’un récent entretien avec L’Usine Nouvelle. Alors que la Chine contrôle 90 % de la chaîne de valeur des aimants permanents, «il existe une opportunité pour l’Europe de se positionner dans la chaîne de valeur des aimants permanents aux terres rares», continue-t-elle de justifier le virage stratégique opéré en septembre 2022 dans l’espoir de faire de Solvay un champion européen.

Devenez un champion d’Europe

Dans le détail, Solvay se concentre sur la séparation des terres rares. Un procédé chimique complexe, qui vise à isoler et purifier sous forme d’oxydes les différentes terres rares présentes dans un concentré minier (où se trouvent parfois des éléments radioactifs, comme le thorium). Pour ce faire, Solvay prévoit d’agrandir et de moderniser une unité industrielle existante de son usine, afin de produire des oxydes de terres rares séparés, destinés aux aimants permanents sur le site à partir de 2025. Le groupe précise avancer par étapes et garde le secret sur ses modalités précises. objectifs. On saura juste qu’il espère répondre à 20 % de la demande européenne en terres rares en 2030. La question de savoir si le groupe va se concentrer sur les éléments légers ou produire également des éléments lourds semble encore sans réponse.

En mars, Solvay a également signé un « partenariat stratégique » avec Carester, une start-up française fondée par d’anciens salariés de l’usine de La Rochelle. Cette dernière vise à développer un pôle de recyclage d’aimants permanents et de séparations de terres rares lourdes à Lacq (Pyrénées-Atlantiques). Leur objectif, encore vague, vise à mettre à profit l’expertise de chacun pour créer un « pôle de compétences significatif dans la chaîne de valeur des aimants permanents à base de terres rares ».

Une fois qu’on a les oxydes, il faut fabriquer des alliages métalliques puis produire les aimants. Ce sont des démarches que Solvay ne prend pas, mais qui doivent aussi être présentes en Europe pour que l’ensemble de la chaîne de valeur», ajoute An Nuyttens. Pour garantir des débouchés à sa nouvelle activité, Solvay aura donc besoin d’une stratégie sectorielle. Le groupe a déjà signé des accords de fourniture de concentrés avec le mineur australien de terres rares Hastings Mining et le recycleur canadien d’aimants Cyclic Materials. Alors que les premières briques sont mises en place, «une des possibilités serait d’avoir un Piiec [un projet important d’intérêt européen commun] pour aimants permanents», espérait An Nuyttens.

 
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