notre critique du film Megalopolis de Francis Ford Coppola

notre critique du film Megalopolis de Francis Ford Coppola
notre critique du film Megalopolis de Francis Ford Coppola

La bande-annonce du film Megalopolis (2024) de Francis Ford Coppola.

Mégalopolis, le film tant attendu de Francis Ford Coppola, présenté au Festival de Cannes 2024, est-il décevant ?

Dans l’un de ses récents posts sur Instagram, où il dévoilait la bande-annonce de Mégalopole, Francis Ford Coppola a affirmé que ce film était le «meilleur travail » qu’il a eu l’occasion de mettre en œuvre au cours de sa carrière de près de six décennies. Ce n’est pas une insulte envers lui que d’exprimer un doute. Malheureusement, on n’a pas vu un très grand Coppola ce jeudi à Cannes, et les réactions des journalistes internationaux lors de la séance de presse qui s’est déroulée en fin d’après-midi ont également été mitigées. Faut-il crier à la fin artistique de l’un des cinéastes les plus brillants du XXe siècle, auteur de chefs-d’œuvre comme Conversation secrète Ou Apocalypse maintenantPalmes d’Or en 1974 et 1979, qui revient pour la première fois en compétition sur la Croisette depuis ce double coup d’État ?

Le tournage de Mégalopoledont le scénario a été réécrit »300 fois en 40 ans », a débuté en 2001 avant de s’arrêter suite aux attentats du 11 septembre. Après avoir investi son argent personnel à hauteur de plus de 100 millions de dollars, Coppola a pu reprendre les tournages il y a trois ans, entre New York et les studios d’Atlanta, pour filer la métaphore d’une Amérique malade, marquée cette fois-ci par les années Trump. Nous sommes dans un futur proche dans la Nouvelle Rome, où un architecte aux idées généreuses, Cesar Catilina (Adam Pilote), affronte le maire ultraconservateur de la ville, Franklyn Cicero (Giancarlo Esposito), tandis que la fille de ce dernier, Julia (Nathalie Emmanuel), tombe amoureuse de lui. Le puissant financier Hamilton Crasus (Jon Voight) joue le rôle d’un arbitre plus ou moins véreux. Les références sont claires : il s’agit de comparer l’Amérique contemporaine à la Rome antique, d’établir en images comment ce qui fut un empire monumental se retrouve au bord du précipice.

Adam Driver et Nathalie Emmanuel dans le film Mégalopolis (2024) © Le pacte.

Adam Driver, Nathalie Emmanuel et Aubrey Plaza au casting

Dans ce qu’il dit d’un pays et d’une planète en proie au populisme, référence à Hitler comprise, Mégalopole ne fait pas preuve d’une grande légèreté, utilisant la science-fiction comme outil d’une métaphore politique assez prévisible. Son traitement des personnages féminins, notamment celui interprété par le brillant Place Aubrey, bimbo arriviste motivée uniquement par la cupidité, montre que Coppola oublie aussi quelques personnes en chemin dans son rêve d’une société plus égalitaire. Le film est surtout intéressant dans le portrait ambigu d’un créateur. L’architecte, alias Adam Pilote, incarne un étrange alter ego du cinéaste, tous deux brillants – il sait arrêter le temps ! – et incapable d’appliquer ses idées sans faire souffrir les autres. Ce n’est pas un homme affable, dont le travail lui survivra malgré tout.

Dans l’esprit de cet autoportrait quelque peu tordu, Mégalopole a la qualité finalement rare de ne jamais se cacher, de mettre le paquet dans sa volonté de prendre carrément pour sujet l’avenir de l’humanité. Le film tente de trouver une forme pour le dire et échoue d’autant qu’il parvient toujours à se relever. On pense parfois à Arbre de la vie (2011) Terrence Malick, qui avait cette même ambition cosmogonique et ce soupçon d’extrémisme exagéré, dans un style plus lyrique. Ici, c’est le cauchemar d’une paix intérieure impossible qui hante les personnages, dont les rêves se brisent, comme toujours chez Coppola. Il y a de très belles séquences à la limite du kitsch ou du sublime selon le point de vue : un numéro de cirque, une performance pop qui se termine mal, un montage où la ville utopique s’incarne par des dessins, des écrans split intenses. Le souffle reste indéniable.

Mégalopole se révèle comme un pur film tardif. Celle d’un grand cinéaste de 85 ans qui est conscient qu’il n’aura plus beaucoup d’occasions de revenir sur un plateau et ne s’embarrasse pas des règles. On préférera peut-être le Coppola qui luttait face à face avec les studios hollywoodiens pour produire de beaux films dans un système hostile, tout en admirant le fait que Mégalopole s’en affranchit complètement. C’est le film d’un homme seul avec ses visions, face aux possibilités du cinéma. Comme le dit un dialogue crucial : «tu dois toujours être du côté de ceux que tu penses être fous

Le film Megalopolis (2024) de Francis Ford Coppola, avec Adam Driver et Aubrey Plaza, n’a pas encore de date de sortie.

 
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