quelle est l’influence de l’Azerbaïdjan ? – .

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quelle est l’influence de l’Azerbaïdjan ? – .

Depuis lundi 13 mai, la Nouvelle-Calédonie est en feu. Les émeutes ont déjà fait cinq morts, dont deux gendarmes, et l’état d’urgence est entré en vigueur sur l’archipel ce jeudi 16 mai. Sans voir de lien direct avec l’explosion des tensions, le ministre de l’Intérieur a soulevé à de nombreuses reprises la question de l’ingérence de l’Azerbaïdjan à Nouméa. “Je regrette que certains leaders indépendantistes calédoniens aient conclu un accord avec l’Azerbaïdjan, c’est indiscutable”, a déclaré Gérald Darmanin, sur le plateau de France 2 le 16 mai.

La proximité de l’archipel avec Bakou ne date pas des émeutes. L’accord évoqué par le ministre date de la mi-avril. Au nom du président du Congrès calédonien, un élu indépendantiste s’est rendu en Azerbaïdjan pour signer un texte de coopération avec l’Assemblée nationale du pays, notamment en matière de culture et d’éducation. Récemment, une enquête de la cellule d’investigation de Radio France a également révélé des images d’une manifestation indépendantiste à Nouméa le 28 mars, au cours de laquelle étaient visibles des drapeaux azéris et une banderole « Poutine, bienvenue à Kanaky ».

« L’Azerbaïdjan s’appuie sur les séparatistes dans tous les territoires d’outre-mer »

Le soutien inattendu du pays pro-russe à la cause indépendantiste s’explique en réalité par une raison simple : le soutien français à l’Arménie, contre l’Azerbaïdjan, dans le conflit qui oppose les deux pays au Haut-Karabakh. “L’Azerbaïdjan tente d’utiliser la question calédonienne pour répondre à la défense des Arméniens et au massacre des Arméniens par le pouvoir azerbaïdjanais”, a expliqué Gérald Darmanin devant la commission des lois de l’Assemblée nationale fin avril.

Une stratégie de déstabilisation globale confirmée par Georges Naturel, sénateur des Républicains de l’archipel : « L’Azerbaïdjan cherche à déstabiliser la France et s’appuie sur les indépendantistes qui cherchent des soutiens dans tous les territoires d’outre-mer, c’est aussi le cas en Polynésie française par exemple. » Les Azéris ne sont pas les premiers à s’intéresser à la Nouvelle-Calédonie. Dans les années 1980, autre période marquée par des tensions qui culminent avec la prise d’otages d’Ouvéa en 1988, « de jeunes Kanaks sont formés à l’insurrection armée en Libye », explique Georges Naturel.

Pour le sénateur, la situation actuelle de l’Azerbaïdjan n’est cependant pas comparable à celle des années 1980. “Nous ne sommes pas au même niveau d’ingérence, aujourd’hui c’est moins direct, les modes d’influence ont changé, ils sont plus diffus”, estime-t-il, ajoutant qu’il ne voit, pour l’instant, aucune responsabilité directe de Bakou dans les émeutes actuelles. Une responsabilité que l’Azerbaïdjan rejette également avec force, qualifiant les accusations de Gérald Darmanin d’« infondées » et dénonçant « une campagne de calomnie ».

« C’est dans les fractures de la société que s’immiscent les interférences »

S’il est clair que l’ingérence de l’Azerbaïdjan fait partie d’une stratégie globale, elle pose des défis particuliers en Nouvelle-Calédonie où les tensions entre séparatistes et loyalistes sont particulièrement vives dans le contexte du projet de loi constitutionnelle élargissant le corps électoral.

« A partir du moment où ce texte n’a pas été travaillé de manière consensuelle, il peut conduire à des divisions et c’est à cette occasion que les influences étrangères trouvent un terrain fertile. C’est dans les fractures de la société que s’immiscent les ingérences”, a déclaré le sénateur socialiste Rachid Temal, rapporteur de la commission d’enquête sur les influences étrangères. “De mon point de vue, la question du rôle de l’Etat français se pose”, ajoute sa collègue socialiste Corinne Narassiguin, “cette situation d’ingérence se produit aussi parce que l’Etat s’est détourné de la Nouvelle-Calédonie, ce qui a alimenté un sentiment de mépris parmi les séparatistes.

Sur place cependant, les indépendantistes rejettent toute influence de Bakou. « Le ministre de l’Intérieur tente de nous infantiliser en disant que nous sommes soumis à des ingérences extérieures. Mais le peuple kanak s’est toujours battu pour son indépendance, le soutien ou non des puissances étrangères est le jeu du concert des nations », estime Romuald Pidjot, secrétaire général de l’Union calédonienne et membre du bureau politique des indépendantistes du FLNKS. « La Nouvelle-Calédonie est un territoire autonome enregistré auprès des Nations Unies. Dans ce contexte, le FLNKS participe aux organisations onusiennes comme le mouvement des non-alignés, dont l’Azerbaïdjan a eu la présidence il y a deux ans », explique-t-il, précisant que ces relations « formalisées et standardisées » n’ont « rien à voir avec de l’ingérence ».

L’ombre de l’ingérence chinoise sur l’économie de l’archipel

Dans un territoire aux ressources convoitées, les ingérences viennent aussi de la Chine, qui cherche à exploiter les mines de nickel de l’archipel. Si la Nouvelle-Calédonie devenait indépendante, le métal précieux, mais aussi les ressources maritimes de l’archipel, pourraient tomber dans la sphère d’influence chinoise qui s’étend jusqu’au Pacifique.

En toute discrétion, l’offensive de Pékin semble avoir déjà commencé. Dans sa récente enquête, la cellule d’enquête de Radio France a évoqué les liens forts qui existent entre les deux territoires, notamment via l’association d’amitié sino-calédonienne. « Ces dernières années, les autorités locales de Nouvelle-Calédonie ont reçu plusieurs propositions chinoises de projets touristiques et économiques, dont une axée sur l’exploitation du nickel. Mais ils n’y ont pas donné suite », ont déclaré les journalistes.

Pour prévenir ces situations d’ingérence, un projet de loi est actuellement en discussion au Parlement. Voté à l’Assemblée en mars, il sera discuté au Sénat le 22 mai. Ses dispositions, notamment la création d’un annuaire pour recenser les représentants d’intérêts travaillant en France pour une puissance étrangère, ne seront pas mises en place avant 2025. Mais pour Agnès Canayer, sénatrice Les Républicains et rapporteuse du projet de loi, la situation en Nouvelle-Calédonie « révèle l’urgence d’adopter un tel texte » et précise que l’article 5 du texte « décrit les dispositions du projet de loi en Nouvelle-Calédonie ». Polynésie française et Wallis et Futuna ».

 
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