« L’or des rivières » de Françoise Chandernagor, de Christophe Henning

« L’or des rivières » de Françoise Chandernagor, de Christophe Henning
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« C’est aussi ça choisir la Creuse. C’est choisir la lenteur, le silence, la profondeur, peut-être la sérénité, certainement pas la facilité. » Françoise Chandernagor, grande dame de la littérature, haut fonctionnaire distingué, membre de l’Académie Goncourt, revient dans un récit émouvant sur son enfance et sa terre d’origine, la Creuse. De ce pays, elle vante l’identité et ne cache pas les fragilités : « Les seuls fruits qui vous seront donnés sont les fruits secs dont vous avez été dégoûtés, des glands, des noix, des châtaignes, et pour charmer le palais de vos enfants, vous n’aurez que des baies de ronce. » Guide botanique, c’est aussi un livre d’histoire lorsque l’auteur raconte les ouvriers maçons de la Creuse qui ont bâti le Paris du XIXème siècle. C’est encore un livre de géographie lorsqu’elle dessine le tracé des deux Creuse, sous-affluents de la Loire. « En célébrant ce pays impénétrable et ignoré, je prends le risque de le dénoncer alors qu’en vérité, j’aimerais le garder secret », confesse celui qui garde la nostalgie de l’enfance et cultive l’émerveillement d’aujourd’hui.

Et la page blanche est un lieu de travail. Si elle manipule aujourd’hui des lettres, Françoise Chandernagor n’oublie pas ses racines : « J’appartiens à la race des maçons-laboureurs : j’ai besoin, comme eux, de terre et de pierres. Et construire, planter, restaurer, défricher, agrandir et travailler, travailler… » Son horizon creusois n’est-il pas le cadre idéal pour écrire ? « Pour écrire, j’ai besoin de la protection d’une beauté familière et d’un lieu familier, un lieu clos où personne ne me voit et où rien ne se passe. J’ai besoin que la Creuse m’enveloppe, m’entoure, m’enferme, étouffe le bruit des vagues et masque la lumière des éclairs. » Et chaque jour, l’étonnement se renouvelle : « Chaque matin, quand je pousse les volets, la beauté me saute au visage. » Une beauté dure. Terre de secrets et de refuges, la Creuse cultive ce côté abrupt qui la protège, cette nature qui perdure et que l’auteur veut transmettre : « J’ai appris à nos dix-huit petits-enfants à caresser l’écorce des arbres – la peau rugueuse du chêne, la friable peau de bouleau, ou la peau plus douce et plus lisse du hêtre. » Elle défend ces arbres et s’inquiète de la chaleur extrême et de la sécheresse de ces dernières années. « En tant qu’amoureux du passé, comment ne pas défendre la biodiversité ? », se souvient l’enfant qui pêchait les écrevisses dans les ruisseaux.

Des souvenirs d’enfance, mieux encore, des paysages d’antan, qui restent vivaces dans la mémoire : « En Creuse, j’ai douze ans. Éternellement. » Elle nous fait visiter son pays, ajoute des anecdotes familiales invérifiables, qui racontent la vie telle qu’on la raconte, car « les légendes sont des mensonges qui disent parfois la vérité. » Bien sûr, il y a la vie à Paris, « le béton, les foules, les grèves, les intrigues, les dîners et ce rythme précipité et haché du citadin. » Ceux qui ont la chance d’avoir un bout de terre, des racines plantées quelque part, n’oublient pas leur chance : « La beauté non seulement rend heureux mais fait du bien : le cœur se remplit, s’agrandit, déborde, on ressent le besoin de partager. Pour que ce cœur n’éclate pas, il faut qu’il s’ouvre aux autres. Cette forme de générosité était familière aux Creusois d’antan, qui autrement avaient si peu à donner ! » Et pourtant, la Creuse, quel trésor !

 
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