« Les commentaires de Bart De Wever sont ridicules, personne ne croit à un tel plan » – .

« Les commentaires de Bart De Wever sont ridicules, personne ne croit à un tel plan » – .
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“Plus jamais ça, avec le MR.” Les paroles prononcées par la ministre de l’Energie Tinne Van der Straeten (Groen) sont fortes. Mais ce n’est pas surprenant. Les relations entre libéraux et écologistes n’ont cessé de se détériorer tout au long de cette législature. Mais les deux parties parviendront-elles vraiment à s’éviter ? Dans le cadre de son rendez-vous « Regard de Flandre », La Libre a fait le point avec Dave Sinardet. Le politologue de la VUB, également chroniqueur à De Morgen, décrypte les déclarations des Verts et commente les voies actuelles pour la formation du prochain gouvernement fédéral.

Tinne Van der Straeten a dit qu’elle allait porter plainte contre Georges-Louis Bouchez suivant son accusations concernant la sortie du nucléaire. Les Verts et les Libéraux ont-ils atteint un point de non-retour ?

Nous sommes à la campagne. Tout le monde cherche à être un peu sous les projecteurs. Force est de constater que Georges-Louis Bouchez, qui sollicite constamment l’attention, profite de la question nucléaire pour se placer au centre du débat et réaffirmer que c’est grâce à lui que nous avons changé de direction. On a vu que Tinne Van der Straeten utilisait la même stratégie de communication que le président des libéraux et en profitait pour avoir un peu de visibilité. Et ça a marché. Groen a su se profiler comme le parti d’une politique sérieuse, constructive et positive face à Bouchez, qu’ils accusent de ne faire que mettre des obstacles, de saboter, de faire de la politique comme une brute.

L’écologiste flamande a néanmoins affirmé qu’elle ne souhaitait plus collaborer avec le MR au sein d’un gouvernement, suite à cette affaire…

Ce sont en partie des mots de campagne. Le jour du scrutin, tout le monde redevient vierge. Nous entrons dans un monde différent. Mais ici, cela va plus loin. Cela traduit aussi une véritable rupture entre les écologistes et Bouchez. Il est clair qu’il y a un véritable enjeu derrière ce problème. La question nucléaire a donné lieu à de nombreuses communications très dures et polarisantes durant la législature dans un contexte de campagne permanente. Donc alors qu’on est vraiment en campagne maintenant, il faut en rajouter une couche et on arrive aux commissions parlementaires et aux plaintes judiciaires.

Cependant, certains aiment Bart De Wever Je crois que le seul désir de tous ces partis est de former un Vivaldi II à l’issue du scrutin du 9 juin. Et ça ?

C’est la campagne de Bart De Wever. C’est complètement ridicule ! Personne ne croit que les soirées Vivaldi soient déjà prêtes pour la deuxième édition. De Wever veut présenter la N-VA comme le seul rempart contre un renouvellement de Vivaldi déjà en négociation. Il est logique qu’il veuille communiquer ainsi, mais c’est complètement faux. Quand De Wever dit « c’est la N-VA ou le Vivaldi II », j’aurais tendance à répondre que ce sera bien un Vivaldi II mais alors avec la N-VA dedans. Ce sera, comme pour Vivaldi, un gouvernement avec plusieurs partis et plusieurs couleurs. Et la N-VA en fera probablement partie. Evidemment, on ne l’appellera plus le Vivaldi car cela ne serait pas possible pour Bart De Wever. Mais c’est une des pistes qui me paraît la plus crédible au lendemain du 9 juin.

Pour le MR, les écologistes sont la cible à tuer dans cette campagne électorale (comme d’habitude)

Les francophones sont-ils plus enclins à travailler avec les nationalistes flamands qu’en 2019 ?

Peu de partis souhaitent encore exclure la N-VA du côté francophone. C’est la grande différence avec les élections précédentes. Au sein du PS, nous avons déjà négocié avec les nationalistes en 2020, donc il y a une certaine ouverture. En revanche, une autre soirée fait désormais l’objet d’exclusivités. En effet, il existe une certaine volonté de se passer des Verts du côté du MR, du CD&V et aussi de l’Open Vld. Notamment à cause de la question nucléaire, mais aussi de la question migratoire. Les écologistes sont le seul parti flamand à encore tenir un discours progressiste classique. Toutes les autres formations ont évolué. Sur le climat aussi, les Verts sont de plus en plus isolés. Les socialistes comme le PTB/PVDA nuancent désormais leur discours en affirmant que l’aspect social doit primer. On le voit aussi du côté francophone et notamment à Bruxelles où le PS se concentre sur un électorat musulman peu adepte des mobilités douces.

Nous avons vu Alexander De Croo venez au secours de Tinne Van der Straeten Et contredire son collègue libéral Georges-Louis Bouchez. N’est-ce pas incroyable ?

En soi, il n’est pas illogique qu’Alexander De Croo défende Tinne Van der Straeten puisque l’attaque de Bouchez remet en cause la politique gouvernementale en général. En tant que Premier ministre, il est normal qu’il recadre la situation. Dans le même temps, il a remercié il y a quelques semaines Georges-Louis Bouchez d’avoir permis de revenir à la sortie du nucléaire. En tout cas, force est de constater que les relations entre MR et Open VLD – et notamment entre Bouchez et De Croo – n’ont pas été très bonnes durant cette législature. Le président du MR a contribué à mettre à mal le gouvernement et donc à mettre à mal le Premier ministre. De plus, en apparaissant constamment dans les médias flamands, affirmant que le gouvernement De Croo prenait de mauvaises décisions, il a renforcé le discours de Bart De Wever qui allait dans le même sens et qui a blessé De Croo. Je peux donc comprendre que De Croo n’ait pas toujours été enthousiasmé par le comportement et la communication de Bouchez.

L’alliance familiale libérale est-elle pour autant fragile ?

Récemment, pour des raisons stratégiques, ils ont renouvelé leur alliance, mais force est de constater qu’il y a eu des tensions. L’entraide libérale peut être utile aussi bien à l’Open Vld qu’au MR. Mais il faudra voir combien de temps cela durera. Les négociations sur la liste commune à Bruxelles n’ont pas été faciles et ont traîné en longueur. La place d’Alexia Bertrand a été longuement évoquée. Son cas n’a pas amélioré les relations entre les deux parties.

Vooruit a posé une condition à son accession au pouvoir: seulement si nous fournissons un repas sain et gratuit à l’école primaire. Est-il surprenant de voir le parti adopter une position aussi ferme sur le sujet ?

Oui. Mais les conditions pour accéder au pouvoir ne sont généralement plus réunies au lendemain du scrutin. Lors des élections précédentes, le Vooruit et le PS avaient déclaré qu’ils ne rejoindraient pas un gouvernement si nous ne réduisions pas la retraite à 65 ans. Au moment des négociations, ils n’en parlaient plus parce qu’ils savaient que cela n’arriverait pas. Il faut donc être un peu sceptique face à ce type de déclaration.

S’agissant de l’éducation, nous parlons ici du gouvernement flamand. Et quoi qu’en dise Vooruit, il sera de toute façon présent au sein de l’exécutif. A moins que le Vlaams Belang arrive au pouvoir. Mais on sait très bien qu’il existe déjà une sorte d’accord implicite entre la N-VA et le Vooruit en vue de la formation d’un gouvernement flamand.

Il ne faut donc pas y voir une manière pour les socialistes flamands de prendre une position exclusive vis-à-vis du CD&V ou de la N-VA, opposés à cette mesure…

Non. De toute façon, nous ne pourrons pas former un gouvernement flamand sans la N-VA. D’ailleurs, en 2019, le Vooruit a préféré la N-VA à Groen. Conner Rousseau a fait beaucoup d’efforts pour être l’entremetteur entre Bart De Wever et Paul Magnette. C’était son objectif, mais cela n’a pas fonctionné. Les relations entre écologistes et socialistes en Flandre sont pires que jamais. A tel point qu’à Anvers, les deux partis ne s’allient pas même si la logique voudrait qu’ils forment une liste commune pour obtenir la mairie et, au moins, avoir plus d’influence face à la N-VA.

Quand on compare les propositions des différents partis, une coalition semble naturelle en Wallonie : celle surnommée « la FGTB », regroupant le PS, Ecolo et le PTB. Les socialistes et les écologistes pourraient-ils accéder au pouvoir avec l’extrême gauche ?

Peut-être faudrait-il inverser la question. Le PTB veut-il arriver au pouvoir ? Pour l’instant, la réponse est non, à mon avis. En tout cas, en 2019, il était très clair qu’il ne souhaitait pas intégrer un gouvernement. Le Vlaams Blok a adopté ce comportement depuis longtemps. Mais le Vlaams Belang suit actuellement une stratégie complètement différente. En 2019 déjà, il avait très envie d’accéder au pouvoir. Il tente de briser le cordon sanitaire qui l’entoure. Tandis que le PTB érige un cordon santé autour de lui. Le parti de Raoul Hedebouw ne veut pas accéder au pouvoir. Ironiquement, il a plus de possibilités d’entrer dans un gouvernement que le Vlaams Belang. Le PS et Ecolo ne sont pas forcément opposés à une collaboration avec le PTB. Ils ont même essayé en 2019. Ils recommenceront peut-être. Peut-être pour les forcer à quitter l’opposition et montrer que les discours simplistes ne fonctionnent pas une fois au pouvoir. Mais il faut aussi noter que sur le fond, bon nombre de socialistes et d’écologistes préféreraient s’allier à l’extrême gauche, s’ils devaient choisir entre le MR et le PTB.

Le PTB et le PS ont discuté lors des précédentes élections en Wallonie, mais les négociations ont échoué ©BELGA

Quand Raoul Hédebouw dit encore ce mercredi matin, sur LN24qu’il est prêt à entrer dans un gouvernementVous n’y croyez pas ?

Je ne suis pas dans sa tête. La stratégie d’un parti peut évoluer. Mais jusqu’à présent, il n’a montré aucun signe de ce genre. En 2019, la stratégie du parti était très clairement de ne pas accéder au pouvoir. J’ai l’impression que les propos de Raoul Hedebouw sont avant tout une manière de contrecarrer le discours typique du PS, qui rappelle sans cesse que le PTB ne veut pas prendre ses responsabilités. Il est logique que le président du parti d’extrême gauche dise que c’est faux. Mais cela ne prouve pas qu’il concrétisera ses déclarations après le 9 juin. Cependant, nous ne pouvons pas l’exclure. Ce serait un tournant stratégique important. Dans le même temps, le contexte budgétaire actuel ne semble pas des plus propices à une montée en puissance du PTB. La situation, notamment dans le sud du pays, est assez catastrophique. Nous nous dirigeons vers de nouvelles règles budgétaires européennes, où la Belgique risque d’être lourdement sanctionnée. Il vous faudra quand même faire quelques économies.

Raoul Hedebouw regrette néanmoins que son parti soit mis sur le même pied que le Vlaams Belang et que certains parlent d’un cordon santé qui s’appliquerait également au PTB…

Le cordon sanitaire qui s’applique au Vlaams Belang comporte deux dimensions. Il y a d’abord le fait que c’est un parti raciste, qui prône la discrimination, qui ne respecte pas certains points de la déclaration des droits de l’homme. A ce niveau, on ne peut pas dire que le Vlaams Belang et le PTB se ressemblent. On ne trouve pas, dans le programme de l’extrême gauche, de propositions discriminatoires à l’égard d’une partie de la population. En revanche, l’autre dimension du cordon santé, qui vise le fait que le Vlaams Belang est un parti antidémocratique, peut s’appliquer au PTB. Le Vlaams Belang est accusé d’avoir des tendances autoritaires, d’avoir des sympathies pour les régimes dictatoriaux du passé ou d’autres pays. On retrouve donc des similitudes avec le PTB, qui a très longtemps soutenu Mao, Staline, Pol Pot… Il est vrai qu’ils ont officiellement abandonné ces tendances en 2008 mais aujourd’hui encore leur position sur la Chine reste particulière. Cette tendance antidémocratique est très présente dans l’histoire du Vlaams Belang et du PTB.

 
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