véritable outil de la réindustrialisation française ou simple coup de pub ? – .

véritable outil de la réindustrialisation française ou simple coup de pub ? – .
véritable outil de la réindustrialisation française ou simple coup de pub ? – .

L’élite du monde des affaires reçue dans la résidence du Roi Soleil. Emmanuel Macron réunit ce lundi soir 180 chefs d’entreprise du monde entier au château de Versailles, à l’occasion de la septième édition de l’événement « Choose France ! sommet, un événement lancé en 2018 et destiné à promouvoir l’attractivité française auprès des grandes entreprises pour les inciter à investir. Le millésime 2024 s’annonce déjà comme une année record, avec plus de 15 milliards d’euros d’investissements annoncés.

“C’est une très bonne nouvelle, face à un défaitisme parfois un peu généralisé, ne gâchons pas notre plaisir”, a salué Roland Lescure, le ministre délégué chargé de l’Industrie, dans la matinale de -. “Chaque année, il y a plus d’investisseurs, plus d’euros et plus d’emplois en jeu”, a-t-il souligné. L’édition 2023 avait glané 13 milliards d’euros d’investissements, à travers 28 projets.

Cette année, la palme revient à Microsoft, avec 4 milliards d’euros pour la création d’un nouveau data center, et l’agrandissement de deux sites existants, l’un en Ile-de-France, l’autre à Marseille, le plus gros investissement jamais réalisé par le Géant américain de l’informatique en France. De son côté, l’Espagnol FertigHy pourrait construire sa première usine d’engrais bas carbone en Languevoisin, dans la Somme, pour 1,3 milliard. Amazon devrait réaliser 1,2 milliard d’investissements pour renforcer le développement de son réseau logistique et celui de l’infrastructure cloud d’Amazon Web Services. Spécialiste des frites surgelées, le géant McCain compte dépenser 350 millions d’euros en France pour assurer la décarbonation de ses sites du Pas-de-Calais et de la Marne.

L’essentiel des investissements annoncés concerne le numérique et l’intelligence artificielle, la mobilité verte mais aussi la santé, avec 365 millions d’euros pour AstraZeneca qui souhaite implanter deux nouvelles lignes de production sur son site de Dunkerque, 30 millions d’euros pour le suisse Novartis qui envisage une production unité dédiée à son traitement du cancer de la prostate, ou encore l’américain Pfizer avec 500 millions d’euros consacrés à l’oncologie et aux maladies rares.

Valoriser l’attractivité française

“C’est une belle réussite liée à une politique économique qui est la même depuis sept ans”, s’est félicitée Bruno Le Maire, le ministre de l’Economie sur France 2. Le locataire de Bercy, qui vante “la stabilité de notre politique économique” , fixe trois objectifs pour faire de la France « une grande nation manufacturière » : « être attractive pour les investissements, avoir de l’activité sur tous les territoires, nous rapprocher du plein emploi ».

L’Elysée mise sur la création de 10 000 emplois, mais rappelons que la concrétisation de ces différentes annonces s’étalera sur plusieurs années. Par ailleurs, sur les 56 projets présentés dans le dossier de presse diffusé par les services présidentiels, une grande partie concerne la modernisation ou l’agrandissement de sites déjà existants. Depuis le lancement de « Choose France » en 2018, 122 annonces ont été enregistrées, mais selon un décompte réalisé par L’Usine nouvelle, seules une trentaine d’usines ou centres de recherche ont ouvert leurs portes depuis cette date.

Pourtant, le montant record attendu pour ce sommet « Choose France » est une aubaine pour l’exécutif, une manière de saluer les résultats de la politique « pro-business » mise en œuvre depuis 2017, et de faire oublier les mauvais chiffres de l’année écoulée. marqué par un dérapage budgétaire de 5,5%, une balance commerciale toujours déficitaire à hauteur de 100 milliards d’euros et un taux de chômage qui repart à la hausse depuis le premier trimestre 2023. « 15 milliards… dans le « En valeur absolue, cela C’est un chiffre qui peut paraître impressionnant, mais qui paraît dérisoire si l’on le compare au montant total des investissements en France, qui représente environ 15 % du PIB, soit 300 milliards d’euros », rapporte Public Sénat. Xavier Timbeau, directeur de l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE).

“Un changement de discours concernant l’image de la France”

« Les 15 milliards annoncés pour le sommet Choose France sont une bonne nouvelle, mais il faut les relativiser. Cela reste surtout une superbe opération de communication pour Emmanuel Macron», déclare le sénateur LR Olivier Rietmann, président de la délégation sénatoriale des entreprises. “Bien sûr, ‘Choisir la France’ est affiché, mais cela correspond à un travail de longue haleine mené par la suite”, objecte le sénateur de la Renaissance Bernard Buis, vice-président de la commission des affaires économiques, qui évoque les réductions de charges, la simplification administrative ou encore la a annoncé la suppression de la CVAE, principale taxe de production.

« On assiste aujourd’hui à un changement de discours sur l’image de la France. Dans un entretien aux Echos, Ted Pick, le nouveau PDG de la banque américaine Morgan Stanley, met en avant l’accès à une main d’œuvre qualifiée et une qualité de vie très appréciée de ses salariés. Le contraste est flagrant avec ce qu’on pouvait encore entendre il y a quelques années. Choisir la France a vraiment contribué à nourrir cette image. De ce point de vue, l’opération de communication et marketing est plutôt réussie », constate Xavier Timbeau.

La France, championne de l’attractivité en Europe ?

Pour étayer l’évaluation de sa politique économique, le gouvernement a également pu s’appuyer sur le baromètre EY publié début mai, qui place la France sur la première marche du podium européen de l’attractivité pour la cinquième année consécutive, devant le Royaume. -Unis et Allemagne. Ce cabinet de conseil recense au total 1 194 projets d’investissement lancés en France en 2023, pour la création ou le maintien de près de 40 000 emplois.

Cependant, dans un article publié par le journal Le Monde, Lucas Chancel, professeur associé à Sciences Po et à la Harvard Kennedy School, co-directeur du World Inequality Lab à la Paris School of Economics, dénonce l’utilisation « trompeuse » de ces chiffres. . « Le nombre de projets compte moins que les emplois directs ou indirects qu’ils génèrent. Sur ce point, le baromètre nous informe que les projets d’investissements étrangers en France sont associés à 39 773 créations d’emplois. C’est une première nuance : la France passe en troisième position sur l’échelle européenne d’attractivité, derrière le Royaume-Uni et l’Espagne », souligne l’économiste. Par ailleurs, rapporté à la taille du pays, le nombre d’emplois créés place la France au huitième rang seulement, derrière le Portugal, la Serbie, l’Irlande, la Hongrie, l’Espagne, le Royaume-Uni et la Grèce. .

« Avec ce genre de classement, selon la métrique qu’on prend, on peut bousculer l’ordre d’arrivée, ce qui tend à montrer que les pays européens sont assez proches en termes d’attractivité. Même si les investissements réalisés en France restent assez élevés, le contraste n’est pas flagrant », observe Xavier Timbeau.

Une fausse réindustrialisation

« J’ai eu l’occasion d’interagir avec des chefs d’entreprise américains. Ce qui les attire, ce ne sont pas les réformes mises en place par cette majorité mais notre crédit d’impôt recherche (CIR). Par ailleurs, le gouvernement parle de réindustrialisation, mais la plupart des emplois créés ne sont pas des emplois industriels », constate le sénateur Olivier Rietmann. Les chefs d’entreprise étrangers veulent d’abord nos chercheurs et nos ingénieurs, qui sont bons et bon marché. »

« Depuis 2017, nous avons créé 330 000 emplois dans l’industrie. Nous avons inversé la tendance des fermetures d’usines et des entreprises qui délocalisent leurs lignes de production. Nous sommes sur la bonne voie», objecte son collègue Bernard Buis. Si certains projets présentés au sommet « Choose France » 2024 ont des applications concrètes, susceptibles de créer de l’emploi dans les régions : assemblage de batteries dans les Hauts-de-France, conversion de métaux critiques, fabrication de principes actifs, etc. D’autres consistent simplement en la installation d’un centre de recherche et développement, avec le risque de voir les opportunités industrielles et la création de richesses s’exporter à l’étranger.

« Il est certain que la réforme du marché du travail ou des retraites intéresse peu les investisseurs étrangers. Ce qui retient d’abord leur attention, c’est la fiscalité. Aussi, le crédit d’impôt recherche (CIR) reste un dispositif incontestable », explique Xavier Timbeau, directeur de l’OFCE. « Si le CIR attire de nombreux projets, sa faiblesse est que le volume des emplois associés est assez faible, et qu’il s’agit généralement de postes très qualifiés. Mais le gouvernement fait le pari que les start-up de demain seront créées par des vétérans de Microsoft, Amazon ou Facebook. L’idée est de créer en France un écosystème de type Silicon Valley, d’autant plus que la France dispose d’un système éducatif capable d’alimenter ce projet.»

 
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