« Les broderies d’Akhmîm montrent un monde de couleurs et de tendresse » – .

« Les broderies d’Akhmîm montrent un monde de couleurs et de tendresse » – .
Descriptive text here

Éric Chacour. Dans les années 1960, des femmes de plusieurs pays (Égypte, France, États-Unis, Pays-Bas…) ouvrent un centre communautaire en Haute-Égypte. L’idée était de permettre aux jeunes femmes saidiennes, résidentes du sud du pays, de subvenir à leurs propres besoins en leur offrant une éducation et l’apprentissage du métier de brodeuse ou de tisserande. Akhmîm est l’une des plus anciennes villes du monde à avoir été peuplée de façon continue et sa tradition textile remonte à des milliers d’années.

Retrouvez toutes les interviews inattendues

Existe-t-il un style artistique propre à Akhmîm ?

Dans les premières années, les adolescentes reproduisaient des motifs traditionnels (coptes ou islamiques), dont plusieurs avaient été retrouvés sur des tissus anciens de la région, jusqu’à ce que l’une d’elles leur propose de broder ses propres motifs. Chacun perfectionne alors son style en l’appliquant à des sujets qui frappent son imaginaire : la culture du coton, la naissance d’un buffle, les conseils reçus par le planning familial ou encore les funérailles de Lady Diana – dont l’époux était égyptien, qui font sensation dans le pays. médias au moment de l’accident.

Le reste après cette annonce

Vous avez parfois évoqué vos origines égyptiennes, ce qui a inspiré le contexte de votre roman « Ce que je sais de toi » (éd. Philippe Rey). Votre goût pour la broderie Akhmîm vous vient-il de votre famille ?

Mon père les collectionne depuis plusieurs décennies, ils font partie du décor de mon enfance, de l’appartement de mes grands-parents jusqu’à la maison où nous vivions à Montréal. Ils nous ont suivis dans nos déplacements, lorsque nous sommes allés vivre en France.

Ces broderies avaient donc une certaine importance pour vous et votre famille. Que représentaient-ils à vos yeux ?

Enfant, je les voyais comme une sorte de folklore un peu kitsch qui ne me touchait pas vraiment… Et puis j’y suis allé pour la première fois, avec mon père, il y a une dizaine d’années. J’y ai découvert un monde de couleurs et de tendresse, celui que montrent les broderies d’Akhmîm. Des femmes qui représentent leur existence, brodent au sol, sous le sycomore de la cour circulaire de leur centre.

Quelle est leur confession religieuse ?

Ils se rassemblent dans une chapelle multiconfessionnelle où se trouvent un Coran, une Bible et un tableau où l’un d’eux représente des églises et des mosquées. C’est un endroit assez extraordinaire où les enfants viennent jouer pendant que leurs mères travaillent. On retrouve même des fils colorés collectés par les oiseaux pour faire leurs nids dans les arbres.

C’est un art naïf : les brodeuses d’Akhmîm n’ont reçu aucune formation

D’un point de vue technique et artistique, qu’est-ce qui différencie à vos yeux la broderie Akhmîm des autres broderies ?

Principalement le fait qu’il s’agit d’un art naïf : les brodeuses d’Akhmîm n’ont reçu aucune formation en représentation, aucun cours de perspective… Elles montrent les objets de telle manière qu’on puisse les identifier. , sans rechercher le réalisme. Leur taille est souvent proportionnelle à l’importance qu’ils leur accordent dans leur toile. Lorsqu’ils sont représentés de profil, mangeant l’un en face de l’autre, le plateau de la table est montré vu du ciel pour que l’on puisse bien voir tout ce qui s’y trouve ! Certaines personnes accordent une grande attention à l’esthétique, mais c’est souvent le sens qui prime.

Vous possédez chez vous plusieurs broderies égyptiennes d’Akhmîm. Comment les voyez-vous ? Objets de décoration ou œuvres d’art ?

Comme des œuvres d’art, sans doute. Des messages aussi. Les brodeuses de la première génération ont vieilli, certaines sont mortes, celles qui restent en témoignent. Ils représentent leurs souvenirs de jeunesse, des moments de leur vie. Chez moi, j’ai un tableau qui représente une scène à laquelle j’ai été témoin : la célébration des soixante-quinze ans de l’organisme qui administre ce centre communautaire. Des gens dans le public sont également montrés, certains avec leur téléphone en train de filmer la scène ! J’aime croire que je fais peut-être partie de ces personnes anonymes présentes dans la salle.

Tout en haut de la toile, deux hommes se tiennent la main dans un arbre

Y a-t-il d’autres œuvres en particulier qui vous ont marqué ?

Oui, dans une autre broderie, le même artiste représente la ville d’Akhmîm avec un prêtre sortant de son église, un imam devant sa mosquée, un pêcheur qui rapporte son poisson… Et tout en haut de la toile, loin du In Dans l’excitation générale, deux hommes se tiennent la main dans un arbre. Chacun est libre de voir ce qu’il veut ; pour ma part, j’ai l’impression que les branches qui les entourent forment un cœur, et cela me touche infiniment.

Vous connaissez certaines brodeuses. Vous rendez d’ailleurs un discret hommage à l’un d’eux dans votre roman…

En effet, à la fin du chapitre 38, mon personnage principal, Tarek, arrive à Sohag, la ville jumelle d’Akhmîm située de l’autre côté du Nil. Il ouvre sa fenêtre et aperçoit une femme en train de broder en contemplant l’autre rive. J’aime l’idée de glisser des détails que peu de gens peuvent comprendre. La dernière fondatrice de ce centre à être encore en vie a aujourd’hui presque cent ans… Elle a gentiment lu « Ce que je sais de toi », j’étais fier de lui dire que cette petite phrase lui était dédiée.

Avez-vous été marqué par ces rencontres ?

Oui, et la maison de la mère d’Ali s’est inspirée de celles des brodeuses que j’ai visitées. Celui dont les objets les plus hétéroclites sont suspendus au mur, celui dont les amis ne veulent plus y aller de peur que le toit ne s’effondre sur leur tête… Ce n’est pas un hasard si, dans mon roman, il vient de Saïd.

Vous avez été amené à travailler pour ces artisans, notamment en termes de communication. Quel souvenir en gardez-vous ?

C’était purement amateur. Depuis plusieurs années, j’ai essayé de faire connaître ce Centre communautaire, de raconter l’histoire de certaines des femmes qui y travaillent. J’ai partagé des photos de leurs broderies que j’avais prises lors des expositions annuelles, parfois des vidéos que je leur montrais à mon retour sur place. Je me souviens du rire de l’une d’entre elles lorsqu’elle s’est découverte sur mon téléphone ! Elle a dû faire le tour du centre pour que tous ses amis le voient.

La perpétuation d’une tradition textile ancestrale… et le fait que rien de tout cela n’est théorisé

Qu’est-ce qui vous a attiré dans ce projet de centre communautaire ?

Beaucoup de choses : la perpétuation d’une tradition textile ancestrale, la sororité lumineuse de ces femmes, l’idée que l’art transcende les différences… et le fait que rien de tout cela n’est théorisé.

La broderie Akhmîm est-elle avant tout un art de la pratique ?

Plus encore, des histoires de vie. Noura est sourde et muette et ses amis lui ont appris à prononcer des dizaines de mots. Mariam entraîne les plus jeunes dès leur arrivée au Centre. Deux des filles de Ferial sont désormais brodeuses comme leur mère, l’une d’elles lui a même rendu hommage dans l’une de ses œuvres…

Au fond, qu’est-ce qui vous attache aux broderies égyptiennes d’Akhmîm ?

Les broderies sont admirables, autant pour leurs qualités artistiques que pour ce qu’elles nous racontent. Ils racontent des histoires, ancrées dans leur réalité, mais que chacun peut comprendre sans interprète ni traduction. C’est une richesse que la littérature pourrait, à juste titre, envier.


Samedi dernier, le JDD interviewait l’essayiste Paul Melun sur sa passion inattendue : « Restaurer un château est un projet qui vous survivra »

 
For Latest Updates Follow us on Google News
 

PREV Les pompiers de la région pratiquent leur sauvetage en hauteur sur le chantier du futur hôpital
NEXT Les pompiers de la région pratiquent leur sauvetage en hauteur sur le chantier du futur hôpital