« Un merci, la plus belle des récompenses »

« Un merci, la plus belle des récompenses »
« Un merci, la plus belle des récompenses »

En entrant dans l’USI, il est impossible de ne pas se faire surprendre par les bips des différents appareils. Lorsqu’ils deviennent plus insistants ou sonnent en continu, les soignants courent au chevet du patient.

C’est le principe des soins intensifs : « Les patients sont constamment surveillés. Ils sont connectés à des systèmes et machines de surveillance qui peuvent les assister dans certains aspects physiologiques et fonctions vitales, explique Olivier Gendebien, directeur du service de soins infirmiers du site Salzin du CHU de l’UCL. Cette vigilance accrue n’est possible qu’en réanimation, pas dans les autres services, aux étages supérieurs de l’hôpital.

Criticité et technicité

En réanimation, nous touchons des organes vitaux comme les poumons, le cœur, le cerveau, le foie, les reins, etc. « Les patients ont des pathologies très graves ou des suivis post-opératoires, poursuit notre interlocuteur. Il peut également s’agir de personnes polytraumatisées ayant perdu beaucoup de sang et qui ont besoin d’être stabilisées. La différence ici est la criticité du patient car tout peut très vite mal tourner.»

Si certains patients y passent 24 à 48 heures, d’autres peuvent y rester des semaines, voire des mois. « Ce sont souvent ceux qui ont de multiples pathologies sous-jacentes et, à mesure que l’on vieillit, ils sont de plus en plus nombreux » souligne le directeur du département. Durant la période Covid, on s’en souvient, certains patients ont passé des centaines de jours en réanimation.

Ce qui différencie l’USI des autres services, c’est aussi sa technicité. « Les études d’infirmière durent 3 ans et demi ou 4 ans, selon que l’on soit certifié ou titulaire d’un baccalauréat. En réanimation, les normes légales nous imposent d’avoir la permanence d’un infirmier formé en SIAMU (soins intensifs et aide médicale urgente), Olivier Gendebien précise encore. Il s’agit d’une année supplémentaire de spécialisation (et celle qui séduit le plus les étudiants namurois) qui n’est accessible qu’aux bacheliers. Cela vous permet de mieux comprendre la surveillance, les électrocardiogrammes, les ventilateurs et autres machines. Avec cette spécialisation, ils perçoivent une prime d’environ 2 000 € net/an.

Le poste central de l’USI Sainte-Élisabeth à partir duquel sont suivis les 12 patients du service. ©ÉdA-Vincent Lorent

Récompensant et stimulant

Actuellement, les soins intensifs fonctionnent avec 36 lits répartis sur les trois sites du CHU. « On peut avoir jusqu’à 15 lits à Sainte-Élisabeth mais nous en avons 12 en ce moment pour une question de personnel car il nous faut absolument une infirmière pour trois lits, explique Olivier Gendebien. À Mont-Godinne, 18 lits sont utilisés sur les 24. Là, on a entre autres des cas très particuliers voire rares car c’est un hôpital universitaire, sans compter les greffés. L’hôpital de Dinant dispose d’un agrément pour 8 lits et 6 sont disponibles.

Pour mémoire, aucune chambre n’est numérotée 13 en réanimation, tout simplement par superstition !

L’USI de Sainte-Élisabeth devrait idéalement compter 32,8 équivalents temps plein mais il y en a 26. Adrien Goffin, 27 ans, en fait partie.

Infirmier depuis 5 ans en réanimation, il a le sourire aux lèvres lorsqu’il parle de son métier. Passionné, il pourrait en parler pendant des heures. « Ce qui me motive le plus, c’est la relation avec les patients (même si on manque parfois de temps tant les tâches sont nombreuses) et l’empathie dont on doit faire preuve. Le simple fait de soigner quelqu’un, c’est très beau et très gratifiant sur le plan humain”, il croit.

« On ne demande pas forcément un merci mais c’est parfois la plus belle des récompenses, il a dit. Ce qui nous a tous poussés à nous spécialiser pour accéder aux soins intensifs, c’est la montée d’adrénaline. Il y a des urgences à gérer, des réanimations, etc. Il faut avoir une certaine maîtrise de soi. Sauver des vies, c’est passionnant ! Autre facette intéressante : le support global. Nous réalisons des actions allant du lavage aux pansements, en passant par les soins complexes et la revalidation. Nous collaborons avec des médecins, des kinés, des orthophonistes… Cette collaboration multidisciplinaire est également très stimulante.

En réanimation, les patients sont dans un état qui nécessite une attention constante. ©ÉdA-Vincent Lorent

La qualité sacrifiée ?

En réanimation, comme dans les autres services, le personnel travaille sur trois plages horaires (matin, après-midi et nuit). Le week-end, il fonctionne 12 heures d’affilée (de 7h à 19h et de 19h à 7h).

« Quand j’ai commencé, je le faisais un week-end sur deux. Aujourd’hui, c’est un sur trois. Ça change la vie ! C’est comme les fêtes de fin d’année : ici, on est de service pendant deux ans et non le troisième. Mais ce n’est pas possible partout, il faut des moyens humains suffisants pour le faire., ajoute Adrien Goffin. C’est là où se trouve le problème!

Quelles leçons ont été tirées depuis le Covid ? «Il faut admettre qu’il n’y a jamais eu autant d’argent depuis l’arrivée au pouvoir du ministre de la Santé Frank Vandenbroucke. (c’était le 1er octobre 2020) . Le problème c’est qu’il donne de l’argent pour embaucher des gens qui n’existent pas, déplore Olivier Gendebien. Nous avons pu embaucher d’autres types de professions (infirmières auxiliaires, aides-soignantes, aides-soignantes, etc. avec souvent des contrats précaires) car nous ne trouvions pas d’infirmières. Ils coûtent moins cher mais nous leur demandons de réaliser les mêmes actions même s’ils n’ont pas la même formation !

En USI, cependant, cela est impossible compte tenu des compétences spécifiques requises. « Nous n’avons besoin que d’infirmières, si possible spécialisées dans le SIAMU. Déléguer toujours plus d’actions infirmières, c’est perdre en qualité des soins. Nous ne pouvons pas accepter que toute cette technicité que nous apprenons en 5 ans soit épuisée !

Nos interlocuteurs ont mis le doigt sur le problème : il faut redorer l’image de ce métier encore stigmatisé post-Covid, en le valorisant et en le rendant plus attractif.


Un métier riche, plein d’émotions et de reconversions

En 2023, 186 patients sont entrés à l’USI Sainte-Élisabeth pour une durée moyenne de séjour de 19 jours. Alors certains s’en sont sortis, d’autres non.

« Être près de la mort fait partie du travail, confie l’infirmier Adrien Goffin. Mais accompagner la famille jusqu’au bout et présenter le défunt dans les meilleures conditions post-mortem possibles avant un ultime adieu, c’est dans ces gestes que réside aussi notre rôle. Savoir que nous avons tout fait pour que le patient soit à l’aise le plus longtemps possible et reparte sans souffrance, apaisé et entouré de sa famille, cela a un côté gratifiant. Et dans ce genre de cas plus difficiles, on débriefe en équipe, c’est important.

Le métier prend aussi tout son sens lorsque les épilogues sont joyeux. « Un jour, une patiente d’une trentaine d’années est arrivée avec une hémorragie massive après avoir accouché, raconte Adrien Goffin. Elle a reçu une vingtaine de produits sanguins et mobilisé entre 10 et 20 collaborateurs. Ce travail, réalisé en bonne collaboration, nous a permis de la sauver et aujourd’hui, elle voit grandir sa fille. Là, on se sent vraiment utile ! Voir un patient retrouver une vie normale après un parcours du combattant est une immense récompense.

Cependant, travailler en soins intensifs peut s’avérer éprouvant à long terme. La bonne nouvelle, c’est qu’il existe de nombreuses reconversions. « Demain, je pourrai travailler dans d’autres services, dans les soins à domicile, dans une maison médicale, en prison, dans les écoles, dans les centres PMS, il a dit. Je peux également être commercial pour une entreprise médicale. Si je préfère gérer, je peux aussi être infirmière en chef. On peut même partir puisque notre diplôme est reconnu à l’étranger. Nous n’avons pas peur pour notre emploi ! Si cela se terminait ici, je pourrais trouver un emploi dans un autre hôpital demain.

Pour Adrien Goffin, voir un patient retrouver une vie normale après un parcours du combattant est une formidable récompense. ©EDA

Une formation pour y accéder

Certains dispositifs permettent également l’accès à la profession, comme la formation Projet 600, pour les personnels du secteur de la santé travaillant depuis au moins 18 mois chez le même employeur et souhaitant suivre une formation d’infirmière tout en conservant leur salaire. Trois personnes la suivent actuellement jusqu’à Sainte-Élisabeth.

Il y a aussi le « Choisissez les soins » pour les personnes qui travaillent dans un secteur complètement différent. « Quand on veut réorienter sa carrière ou changer de vie, ça marche bien. Durant l’année, ces gens sont à l’école, on les paie mais on est remboursé, donc ça ne coûte rien à l’hôpital, dit Olivier Gendebien. Pendant les vacances d’été, après leurs examens, ils viennent dans un service qu’ils souhaitent découvrir. Pour cela, nous avons débloqué des ressources mais davantage de promotion est nécessaire pour encourager davantage de personnes à le faire !


Comment susciter les vocations ?

Les hôpitaux ont du mal à recruter. Pour susciter les vocations, écoles et hôpitaux organisent des journées portes ouvertes et autres opérations de séduction. Alors à l’approche des élections, les soignants font appel au pouvoir politique.

« Un jeune de 18 ans qui veut commencer des études, qu’a-t-il vu à la télé pendant le Covid alors qu’il réfléchissait peut-être à sa future carrière ? Des soignants qui pleuraient, qui se plaignaient, qui étaient épuisés, qui dénonçaient le manque de personnel et qui tournaient le dos au Premier ministre. Ça ne donne pas envie de faire ce beau métier, note Olivier Gendebien, qui se bat pour les infirmières. Les millions investis dans le White Coat Fund, c’est très bien, mais une partie doit servir à revaloriser la profession.» Pour les soignants, des pistes et des incitatifs doivent être envisagés.

Olivier Gendebien, directeur du service des soins infirmiers, devant le poste central de l’USI, à Sainte-Élisabeth. ©EDA

Revoir les normes de surveillance

L’unité de soins intensifs ne semble pas trop mal en point. « Mais dans d’autres services, c’est scandaleux ! La nuit, il n’y a qu’une seule infirmière pour 30 patients, il dénonce. Cela met des vies en danger. Avoir au moins deux soignants la nuit serait déjà plus confortable !

Heures supplémentaires hors taxes

Les heures supplémentaires étaient défiscalisées pendant la crise sanitaire.« C’est encore le cas jusqu’au 30 juin 2025 mais après, c’est fini ! Une infirmière ne reste pas au travail 3 heures supplémentaires juste pour s’amuser. Maintenons cette mesure !

Repenser le système

« Aujourd’hui, beaucoup de jeunes aiment travailler des postes de 12 heures parce que c’est une génération de slashers. Ils ont d’autres activités/jobs à côté, observe Olivier Gendebien.Donnons-leur donc le droit d’avoir de telles journées 3 ou 4 fois par semaine pour qu’ils puissent faire autre chose.

Les soignants plaident également en faveur de moyens pour un meilleur encadrement lors des stages et de campagnes visant à améliorer l’image de ce métier qui, pour eux, est l’un des plus beaux au monde.

 
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