Proclamer l’Evangile partout | Homélie de l’Ascension 2024 à Hérémence (Suisse)

Proclamer l’Evangile partout | Homélie de l’Ascension 2024 à Hérémence (Suisse)
Proclamer l’Evangile partout | Homélie de l’Ascension 2024 à Hérémence (Suisse)

L’Ascension apporte des mots d’images, des images de célébration.
On lève la tête, on regarde le ciel, on attend toujours une promesse. « Le Seigneur Jésus a été élevé au ciel et s’est assis à la droite de Dieu. » De quoi était faite cette expérience des apôtres ? Quelle était la part des sens, quelle était celle de l’esprit ? Je ne sais pas. Reconnaissons simplement l’humble nécessité des images. L’Ascension est le déplacement d’un lieu à un autre, c’est l’invitation au grand changement de la vision à la foi, de ce qui est compris à ce que l’on croit. Pour voir plus clair, pour croire plus intelligemment, il faut descendre, descendre pour mieux monter.

Le récit de l’Ascension présente un double départ. Celui de Jésus, départ effectif, départ définitif. Quarante jours après Pâques, le Christ n’est plus visible aux yeux charnels de ses disciples. L’autre départ est celui des apôtres : « Quant à eux, ils allaient annoncer partout l’Évangile. » Ces deux départs sont-ils précipités ? On serait tenté de le croire. C’est apparemment sur une insécurité évidente, sur une incrédulité non résolue, sur une compréhension mal fondée de ce qui se passe, que Jésus quitte ses disciples et les lance dans l’aventure de la mission. N’aurait-il pas été plus judicieux de rester encore quelque temps avec eux, de les former davantage, de les préparer aux persécutions à venir ? Quelle est donc cette logique qui fait que Jésus prononce la dispersion des apôtres au moment où leur foi en sa résurrection vient de naître ? Peut-on mal gérer un nouveau-né ? Mais Jésus ne pense pas ainsi.
Risque calculé ou improvisation brillante ? La question ne se limite pas à ces termes. Il s’agit là trop d’une question de logique de planification, qui prendrait en compte les pourcentages d’assurance et de risques, de réussite et d’échec, d’actifs et de malchance.
Avons-nous nous-mêmes essayé de planifier notre vie de cette manière ? Non. Nous nous sommes appuyés, comme nous le faisons ce matin, sur la dynamique d’une promesse. Sur la foi en une vie nouvelle, sur laquelle la mort n’a aucune influence. Sur un Esprit qui doit venir. Le point d’ancrage, pour nous comme pour les apôtres, est en avant et non en arrière. Les panneaux apparaissent devant, pas derrière. C’est l’aventure de la foi. C’était notre choix.

Alors pourquoi l’élan évangélique doit-il si souvent rester freiné par la fragile sécurité du passé et du moment ? C’est peut-être que, trop naturellement, le chrétien est trop prudent, avec une prudence qui combine trop vite le christianisme avec la logique du monde. Nous souhaitons garantir les récoltes avant de risquer les semis. Cette sagesse des préalables, qui exige que tout soit soigneusement finalisé avant de relever le défi de la foi, relève-t-elle d’un principe évangélique ? On peut vraiment se poser la question. Si nous attendons la perfection des rites et du langage, ou la nôtre et celle de nos frères, pour nous lancer, quand serons-nous prêts ? Notre faible engagement enterre le monde. Alors, est-il possible de sortir de cette habitude d’évangéliser là où nous sommes presque plus pressés, comme l’écrit le pape François dans sa première exhortation « Evangelii Gaudium », de considérer le processus plutôt que la marche elle-même ?

Jésus parti, il revient vers nous ; c’est à nous d’aller dans le monde entier, c’est à nous d’être le Christ, chez nous et pour les autres. « Annoncer l’Évangile partout » : on ne peut dire plus clairement la mission universelle de l’Église.
On traduit parfois : l’Évangile doit couvrir la face de la terre. L’évangélisation procéderait par extension d’un tissu clérical. Nous devrions diffuser l’Évangile comme nous diffusons l’information. Mais Jésus laisse ses disciples sur terre et sur terre, avec la mission de faire en sorte que cela arrive à Dieu, comme l’achèvement de sa propre Pâque.
Comme le rappelle Mgr Lovey dans son message de Pâques, si Jésus « est passé en faisant le bien », c’est désormais à nous de faire le bien pour amener ce monde en Dieu, et Dieu dans ce monde. Par l’Ascension, nous sommes renvoyés sur terre, vers le monde, nous sommes invités à poser d’abord les pieds sur terre, comme nous aimons le faire sur nos sentiers de montagne. Tout le contraire d’une évasion de nos vies, Ascension est une leçon de réalisme. Nous sommes une nouvelle fois invités à ne pas nous garer dans le ciel de nos rêves. La terre et le ciel se distinguent comme au premier jour de la création, et c’est la terre qui nous est à nouveau assignée, donnée et non abandonnée.
Certaines peintures de l’Ascension montrent la trace des pieds de Jésus comme seule relique « creuse » de son départ, redoublement apparent de son absence comme le tombeau vide du matin de Pâques, mais signe de notre vocation en même temps que de son nouvelle présence. Il nous appartient aujourd’hui d’informer cette terre d’une Parole, qui ici est plus que lui communiquer une information, mais lui insuffler un langage nouveau, la pénétrer de levain, lui donner un nouvel espoir, pour qu’elle puisse prendre forme, et élève le Royaume de Dieu au milieu du monde. Alors l’Ascension trouvera son vrai sens.

Amen.

 
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