Intrigué par son million d’entrées, je suis allé voir Un p’tit truc en plus d’Artus, je m’attendais au pire mais ça a bousculé mes a priori – .

Ça y est : « A Little Something Extra » vient d’atteindre le cap du million d’entrées… seulement une semaine après sa sortie en salles. Le premier film d’Artus, comédie composée majoritairement de jeunes handicapés mentaux, est LE succès surprise du cinéma français. Mais comment l’expliquer ? Je voulais y répondre en tentant l’expérience pour vous.

Bande annonce du film A Little Something Extra / Je suis allée voir la comédie « Phénomène » d’Artus (et je m’attendais au pire) © Cine Nomine / Pan Distribution

Une comédie sur le handicap mental de Artus où l’humour de mauvais goût côtoie les bons sentiments ? On ne va pas se mentir, la manière dont Un petit quelque chose en plus a été présenté n’avait rien d’idyllique à mes yeux. Je craignais le pire : la maladresse et le « capacitisme » à tous les niveaux – ce concentré de préjugés des « valides » envers les personnes handicapées – les blagues lourdes, les émotions trop « mélodieuses » d’un téléfilm familial…

Oui, c’est beaucoup pour un seul homme. Et pourtant… Le succès surprise du tout premier film du comédien et acteur Artus a bousculé mes a priori. Dépassant les 250 000 entrées dès son premier jour d’exploitation, puis le million d’entrées après une semaine en salles, ce succès inattendu a finalement attisé ma curiosité grâce à l’enthousiasme d’un public apparemment retourné par le pari d’Artus. Car oui, quoi qu’on en pense, cette comédie est un pari.

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Ayant du mal à convaincre de nombreux producteurs, réticents à évoquer même le mot « handicapé », Artus a porté ce projet jusqu’au bout : instigateur de l’idée originale, co-scénariste, réalisateur, mais aussi, et c’est rare, co-directeur de casting… Ce le cinéma, c’est lui. Une sincérité qui a redoublé mon intérêt. D’accord, mais c’est bien beau de mouiller sa chemise, et d’enchaîner de belles notes d’intention dans une interview, mais que vaut le film ?

Pour vous répondre, une seule solution : foncez.

Et si ce film sur le handicap n’était pas du tout un film sur le handicap ?

En fait, le piège qui attira dangereusement l’attention d’Artus à l’époque était un phénomène pernicieux appelé : le capacitisme bienveillant. Le super podcast « H comme Handicapé.es » en parle très bien. Le capacitisme bienveillant, c’est lorsque des personnes valides, qui ne sont pas handicapées, affichent ouvertement une empathie qui ressemble un peu/beaucoup à de la pitié à leur égard. Le tout sous couvert de notions hyper clichées : insister sur courage des personnes concernées, par exemple.

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Des discours plus doux qu’un chocolat Mon Chéri et qui me paraissaient aussi incontournables dans ce film qu’un éditorial d’Eric Zemmour sur le « wokisme ». Heureusement : nous avons échappé de justesse ! En racontant la semaine d’un père voleur et de la « planque » de son fils avec des jeunes handicapés, Artus ne livre pas un grand film sur le handicap. Non, il propose surtout une comédie très efficace qui repose presque entièrement sur les personnages singuliers et attachants qu’il dresse avec, il faut le dire, une profonde tendresse.

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Ce qui m’a amené à cette réflexion, c’est cette parenté qui affiche ouvertement Un petit quelque chose en plus avec une de mes comédies françaises préférées de tous les temps : nos jours heureux, une escapade en camp d’été du duo Toledano/Nakache. Ce sont deux films au rythme rapide, qui démarrent directement dans l’action, et qui font rire car chacun a ses (et forts) traits de caractère. À tel point qu’au fil des rewatches, on finit par avoir « notre » personnage préféré, dans une galerie colorée.

Et dans la galerie en question ici, il y a plein d’imitateurs de Sarkozy, friands de déguisements kitsch, des « BG » à la sensibilité très touchante, fan d’insultes directes (souvent légitimes pourtant), un grand romantique… Je’ Je ne vais pas ne pas « spoiler » les meilleures blagues, d’autant plus que racontées hors contexte, elles généreraient beaucoup de bad buzz. Dans le film, ces blagues qui auraient très bien pu sortir de la bouche de Jérémy Ferrari sont juste percutantes. D’autant que cette aura comique relative aux acteurs me semble très spontanée. Parce que lorsqu’on rencontre ces gens, on a l’impression de les connaître déjà.

C’est un sentiment qui en dit long sur la conviction d’Artus dans son projet : cette complicité indéniable entre lui et le reste du casting, qui semble avoir été entretenue tout au long du tournage et qui transparaît à l’écran. Ce qui ne ment pas, c’est que le « héros » qu’il incarne est très discret, et pas si important, au fond. C’est comme si l’humoriste laissait le plus de place possible à ceux qui, à ses yeux, transportent totalement son film..

Une certaine démonstration d’humilité très respectable, et une sincérité qui, d’après les réactions que j’ai pu observer dans une salle conquise, n’a pas échappé au public : il rit fort, il pousse des « ooohs » lors des blagues les plus trash (un humour qui n’est pas sans rappeler les comédies américaines des frères Farrelly), il s’enthousiasme dès qu’un gag ou une punchline nette revient à l’écran à une personne, et enfin… ça devient émouvant.

Preuve en était s’il en était besoin, tous ces personnages « existent » aux yeux du public, et ne se limitent pas aux stéréotypes ou clichés attendus. Je m’attendais au pire, mais je dois avouer que le film d’Artus vraiment… Un petit plus.

 
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