Diên Bien Phu : 70 ans après, que commémorons-nous ?

Diên Bien Phu : 70 ans après, que commémorons-nous ?
Diên Bien Phu : 70 ans après, que commémorons-nous ?

La chute du camp retranché de Diên Bien Phu le 7 mai 1954, lors de la guerre d’Indochine (1946-1954), eut à l’époque un immense retentissement. Il a inspiré d’autres mouvements de libération contre la colonisation ailleurs dans le monde.

Voir Vietnam : il y a 70 ans, la défaite de Diên Bien Phu

Inviter la France à participer à cet anniversaire est un « signe de la volonté de construire une relation pour l’avenir »indique le ministère français des Armées. « Il existe une volonté partagée de regarder cette histoire de la guerre d’Indochine de manière lucide et ouverte ».

Le mythe de l’héroïsme du soldat français

Cette invitation a une valeur symbolique car cette bataille a marqué la mémoire collective française, notamment grâce à deux films, « Les Centurions », inspiré du livre éponyme de Jean Lartéguy et « La 317e section » de Pierre Schoendoerffer. Ils ont contribué à créer ce mythe, transfigurant cette défaite sanglante en une exaltation du sacrifice héroïque du soldat français.

Car la bataille a laissé en France le souvenir d’une humiliation militaire, alors qu’elle reste un symbole d’immense fierté pour l’Armée populaire du Vietnam.

Au revoir : Seconde Guerre mondiale : quand la France recrutait de force des travailleurs indochinois

Le ministre français des Armées, Sébastien Lecornu, sera en visite le 7 mai “à la cérémonie vietnamienne, puis à l’hommage aux morts dans un cimetière militaire vietnamien”. Il rendra un hommage distinct aux soldats français au mémorial de Dien Bien Phu.

La bataille de Dien Bien Phu

Dien Bien Phu est située à 250 km de Hanoï, dans le haut pays thaïlandais, à la frontière avec le Laos. C’est une vallée mesurant 16 km sur 9 km, entourée de collines.

Les Français commencent le développement de la zone fin novembre 1953, en construisant onze positions fortifiées sur les collines dominant le village. Elles portent toutes des prénoms féminins : Claudine, Huguette, Béatrice….

En décembre 1953, la garnison française compte près de 10 000 hommes. En face, le commandant du Viet Minh, le général Giap, rassemble 70 000 soldats.

Les combats s’intensifient à partir du 13 mars 1954. Le Viet Minh prend le contrôle de « Béatrice » et « Gabrielle » détenues principalement par des légionnaires et des tirailleurs algériens.

Grâce aux parachutages, les forces françaises atteignent jusqu’à 15 000 hommes. À partir du 27 mars, alors que la pluie tombait continuellement, aucun avion ne pouvait atterrir ou décoller du camp retranché. Les assiégés ne sont plus relevés. Les blessés des deux côtés ont été soignés sur place. Le général Giap peut compter sur 70 000 combattants régulièrement relevés, et 60 000 auxiliaires – civils – dont les missions sont de construire des routes et de transporter du ravitaillement et du matériel.

C’est dans ce contexte qu’est née la légende du ravitaillement de l’armée du Viet Minh. Cette livraison a été réalisée par environ 21.000 vélos lestés d’une masse de 200 kilos d’armes et de nourriture.

1euh Mai, le Viet Minh lance son offensive générale à 22 heures. Le 7 mai, « Claudine », « Éliane » et le PC sont perdus. Le cessez-le-feu est annoncé à 18 heures

(Source Les chemins de la mémoireMinistère français des Armées)

Le dernier voyage des anciens combattants au Vietnam

Les trois derniers survivants français ont été conviés aux célébrations. Tous nonagénaires, Jean-Yves Guinard, William Schilardi et André Mayer n’ont rien oublié de Dien Bien Phu.

« Ce pays nous a séduit », lance Jean-Yves Guinard, 92 ans, « Mais cela ne nous fait pas oublier. Je viens au nom de mes camarades tombés au combat.

Le colonel, ancien membre du 8e bataillon de parachutistes coloniaux, a tenu à marcher jusqu’au sommet de la colline Béatrice le 6 mai, malgré les averses qui ont rendu le chemin boueux et glissant.

Dans les tranchées, j’avais vu des membres, des cadavres… Je ne peux pas vous en dire plus. William Schilardi, vétéran français de 90 ans

A ses côtés, William Schilardi, 90 ans, rappelle les combats au couteau et à la baïonnette dans les kilomètres de tranchées creusées dans la plaine, à la frontière du Laos. Durant l’ascension, “J’ai eu des flashs (…) Dans les tranchées, j’ai vu des membres, des cadavres… Je ne peux pas vous en dire plus”, Lâcha-t-il, la gorge serrée par l’émotion.

Français de France métropolitaine et des anciennes colonies

La bataille de Dien Bien Phu coûte au Corps expéditionnaire français d’Extrême-Orient (CEFEO) plus de 3 000 hommes, 1 700 morts et 1 600 disparus. 4 400 soldats français sont blessés et comptent parmi les 10 300 prisonniers. Du côté vietnamien, les pertes s’élèvent à au moins 8 000 hommes et plus de 15 000 blessés.

Des dizaines de milliers de Français d’Afrique, d’Afrique du Nord et d’autres colonies se sont battus pour la France en Indochine. Entre 1947 et 1954, plus de 120 000 Maghrébins, dont la moitié venaient du Maroc, pas encore indépendant, remplissent les rangs de l’armée française en Indochine.

Ils étaient de l’autre côté, mais c’était pendant la guerre. Aujourd’hui, ils sont les bienvenus au Vietnam. Le Tien Bo, un ancien militaire vietnamien de 64 ans

Seuls 3 300 prisonniers sont rendus à leurs familles. Les autres, souvent laissés sans soins, épuisés, affamés, parfois sommairement exécutés, ont perdu la vie sur les routes qui les menaient à leur lieu de détention et aux camps du Viet Minh.

70 ans après, la réconciliation

Devant le Musée de la Victoire de Dien Bien Phu, des habitants locaux et des touristes ont offert, le 5 mai, un bain de foule inattendu aux trois nonagénaires.

Le Tien Bo, un ancien soldat vietnamien de 64 ans, serre la main d’un autre vétéran : « C’est un signe d’amitié. Ils étaient de l’autre côté, mais c’était pendant la guerre. Aujourd’hui, ils sont les bienvenus au Vietnam.

Les deux vétérans interrogés par l’AFP voient d’un bon œil la réconciliation avec une terre à laquelle ils restent attachés. Eux-mêmes ont travaillé dans des associations qui ont jeté des ponts entre les jeunes des deux pays dans leur au-delà.

Ce 6 mai, Sébastien Lecornu s’entretient avec son homologue Phan Van Giang et le Premier ministre Pham Minh Chinh. Paris veut développer sa coopération stratégique avec Hanoï, sur le modèle de celle établie notamment avec l’Indonésie et les Philippines.

 
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