Que signifie la dissuasion nucléaire européenne évoquée par Emmanuel Macron ? – .

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LUDOVIC MARIN / AFP Emmanuel Macron, photographié sur le porte-avions nucléaire Charles de Gaulle, en décembre 2022 (illustration)

LUDOVIC MARIN / AFP

Emmanuel Macron, photographié sur le porte-avions nucléaire Charles de Gaulle, en décembre 2022 (illustration)

POLITIQUE – L’hypothèse a bondi, de la France insoumise au Rassemblement national. Alors que le chef de l’Etat se retrouve à parler (beaucoup) d’Europe en marge de la campagne pour les élections européennes, et dans le sillage de la menace que représente la Russie à travers la guerre en Ukraine, l’idée d’étendre le champ d’application de la dissuasion nucléaire au niveau de l’UE a refait surface.

Emmanuel Macron l’a répété ce vendredi 2 mai, au moment d’évoquer les conditions de l’avènement d’une autonomie stratégique pour l’Union européenne, déclenchant un vaste débat. « Je suis favorable à l’ouverture de ce débat qui doit donc inclure la défense antimissile, les tirs d’armes à longue portée, les armes nucléaires pour ceux qui les possèdent ou qui ont des armes nucléaires américaines sur leur sol. Mettons tout sur la table et regardons ce qui nous protège réellement et de manière crédible.»a déclaré le président de la République.

Depuis, plusieurs dirigeants politiques ont interprété cette déclaration comme un partage (voire un don) d’armes nucléaires avec les partenaires de l’UE. ” Je ne souhaite pas partager la dissuasion nucléaire. La dissuasion nucléaire appartient aux Français, et elle appartient au Président de la République sur délégation du peuple français. », s’est indignée Marine Le Pen ce lundi 6 mai sur BFMTV, en annonçant vouloir inscrire dans la Constitution le caractère inaliénable de ladite dissuasion. Même François Hollande a jugé durement les propos de son successeur, qualifié de « discussions au coin de la table « . Ce qui lui a valu les éloges de… Jordan Bardella.

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Mais de quoi parle-t-on exactement ? En réalité, Emmanuel Macron n’a rien changé à la doctrine française. Pour s’en rendre compte, il suffit de regarder ce qu’il a dit à la 27e promotion de l’école de guerre en février 2020. » Soyons clairs : les intérêts vitaux de la France ont désormais une dimension européenne. Dans cet esprit, j’espère qu’un dialogue stratégique se développera avec nos partenaires européens qui y sont prêts sur le rôle de la dissuasion nucléaire française dans notre sécurité collective. », a affirmé le chef de l’Etat.

Intérêts vitaux

Cependant, c’est bien en cas d’attaque contre notre” intérêts vitaux » que la France menace de dégainer l’arme ultime, en plus de l’engagement pris dans le cadre de l’article V de la charte de l’Otan concernant l’assistance mutuelle entre pays membres de l’alliance en cas d’attaque. Le tout en restant flou sur le périmètre de notre « intérêts vitaux » pour ne pas inciter l’adversaire à venir tester nos limites. Mais ensuite, en élargissant le « intérêts vitaux » du pays vers l’espace européen constitue-t-il une rupture ? Pas vraiment, selon plusieurs spécialistes. « Il a toujours été question, depuis François Mitterrand, de prendre acte de la solidarité de plus en plus importante entre les pays membres de l’UE »souligne auprès de l’AFP Bruno Tertrais, directeur adjoint de la Fondation pour la recherche stratégique (FRS).

« Emmanuel Macron n’a jamais appelé au partage de nos armes nucléaires. La dimension européenne » qu’il évoque existe depuis la création de la dissuasion nucléaire française, on en trouve des références dans le Livre Blanc. [sur la défense] à partir de 1972 Par exemple “, explique à - Héloïse Fayet, chercheuse à l’Institut français des relations internationales (Ifri) et spécialiste de la dissuasion nucléaire.

Dans ce document, en effet, qui fait référence et établit la stratégie de défense de la France, on lit précisément ceci : « La France vit dans un réseau d’intérêts qui dépasse ses frontières. Elle n’est pas isolée. L’Europe occidentale dans son ensemble ne peut donc manquer de bénéficier indirectement de la stratégie française qui constitue un facteur de sécurité stable et déterminant en Europe. […] Nos intérêts vitaux résident sur notre territoire et dans ses abords « . Le président de la République était alors Georges Pompidou.

Sur les réseaux sociaux, cet expert https://twitter.com/HFayet/status/1786457003394552081 sur les raccourcis effectués à ce sujet, que ce soit dans la presse ou dans la classe politique. Cependant, malgré cette évidence pour les initiés, de nombreux politiques imaginent que Paris va soudainement remettre ses codes nucléaires à ses partenaires européens.

L’hypothèse Trump

Ce qui n’est pas le cas de l’idée du chef de l’Etat et qui, par ailleurs, est aveugle aux enjeux géostratégiques qui se présentent. Notamment dans la perspective d’une réélection de Donald Trump qui pourrait conduire au retrait du parapluie américain dont bénéficient plusieurs pays européens. ” Il existe un avenir dans lequel les Américains maintiennent leur protection nucléaire et un scénario dans lequel elle est brisée ou disparaît.détaille Bruno Tertrais.

D’où l’intérêt pour la France, seule puissance nucléaire de l’Union européenne depuis le Brexit, de se projeter sur le sujet. D’autant qu’il n’existe a priori aucun monde où une frappe chez l’un de nos voisins n’entraînerait pas une réponse de Paris. Ce que résume Bruno Tertrais en ces termes, toujours cités par l’agence de presse : « Il serait pour le moins imprudent qu’un chef d’Etat opposant considère que faire peser une menace très grave sur la Pologne ou la Roumanie (…) ne comporterait aucun risque de mettre en jeu la dissuasion nucléaire française. « .

Même son de cloche pour Héloïse Fayet, à - : « Avec la construction européenne, l’imbrication des intérêts vitaux est si forte qu’on ne peut imaginer que la Pologne, par exemple, soit touchée sans que la France ne le soit au même moment ou peu après. « . C’est ce dont Emmanuel Macron entend débattre.

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