Vivre avec l’autisme… et être bien plus que cela ! – .

Vivre avec l’autisme… et être bien plus que cela ! – .
Vivre avec l’autisme… et être bien plus que cela ! – .

Dans la cuisine de l’organisme communautaire, Wapiti prépare les repas deux matinées par semaine. L’homme de 40 ans vit avec un trouble du spectre autistique, comme d’ailleurs la totalité de la quarantaine d’utilisateurs de l’organisation. Grâce à ces ateliers, il a appris à cuisiner cette sauce à spaghetti, ce repas de lasagnes ou encore le délicieux hamburger-steak qui lui met l’eau à la bouche à chaque fois.

Ces petits plats seront reversés à différents organismes et entreprises ayant commandé les repas concoctés par cette belle équipe. Une réunion de la Société de développement communautaire qui a besoin de déjeuners, une ressource d’hébergement à Trois-Rivières qui a besoin de l’équipe pour nourrir sa propre clientèle, ou encore la bande du service des loisirs de la Ville de Shawinigan, qui a pris l’habitude d’en profiter. plats préparés…

Mais si Wapiti sait désormais cuisiner pour tout ce monde, il a encore du mal à le faire lui-même.

À première vue, Wapiti dégage une telle confiance en elle… et pourtant !

« C’est la mise en œuvre qui est difficile. L’anxiété m’arrête beaucoup. Il faut que j’apprenne à me faire confiance et à me donner un bon coup de pied dans le derrière», confie-t-il d’un air à la fois amusé et réfléchi.

Il a pourtant tout ce qu’il faut pour réussir à cuisiner ce pâté chinois à la maison, tout seul. Comme il a tout ce qu’il faut pour prendre rendez-vous avec son médecin. Mais il se sent moins anxieux de faire ces petits gestes du quotidien qui semblent bien banals pour beaucoup d’entre nous lorsqu’il est accompagné de son soignant.

Chez Open Horizons, c’est la théorie des petits pas qui prévaut toujours. A travers diverses tâches, travaux et ateliers, nous avançons avec la personne autiste, à son rythme. Parfois en cuisine, d’autres fois en travaux manuels ou dans des ateliers de tri, nous lui donnons, dans la mesure où elle peut les recevoir, les outils pour aller un peu plus loin. Nous validons la personne dans ce qu’elle vit. Et surtout, surtout, on la traite comme une adulte.

Parce qu’une personne autiste est bien plus que son diagnostic. Elle a des richesses, des capacités, des rêves et des objectifs. Et comme tous les adultes, elle doit aussi apprendre à respecter les limites des autres, à développer des aptitudes sociales et à comprendre qu’il y a des conséquences à nos actes, qu’il faut parfois faire face à la musique.

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Maude Paquette-Martin, directrice générale d’Horizons Ouverts, Wapiti Melaçon-Gignac et Violaine Héon, directrice générale du Regroupement d’organismes en DI/TSA de la Mauricie. (Stéphane Lessard/Le Nouvelliste)

« Le spectre de l’autisme est si large qu’il devient parfois difficile pour la population d’en comprendre les nuances. Alors on tombe souvent dans des généralités, et cela entraîne des préjugés, tant positifs que négatifs», mentionne Maude Paquette-Martin, directrice de l’organisme communautaire.

Des préjugés positifs, comme cet homme qui a été témoin d’une dispute verbale entre Wapiti et une autre dame dans un bus, et qui a tenté d’intervenir. « La pauvre », suggéra-t-il à son aide-soignant. Mais non, à 40 ans, il n’est pas petit, on lui a fait comprendre. C’est un adulte et il apprend comme tout le monde à affronter la vie.

Wapiti est l’un des nombreux visages de l’autisme en Mauricie. Dans le cadre du Mois de l’autisme, le Regroupement des organismes TID/TSA de la Mauricie a lancé la campagne « Je suis plus qu’autiste ». À l’image de l’équipe Horizons Ouverts, la quinzaine d’organisations que représente le Regroupement tentent chaque jour de libérer tout le potentiel qui se cache derrière chacune d’entre elles. Pour voir la pépite d’or qui brille dans leurs yeux.

« Chacun porte la mission de le rendre le plus autonome possible. Une personne autiste est bien plus que son diagnostic. Souvent, ces personnes ont connu davantage d’embûches à l’école et durant l’adolescence à travers le regard et le jugement des autres. Ils ressentent encore parfois ce regard lorsqu’ils sont adultes. Mais comme tout le monde, ce sont des gens qui cherchent à s’épanouir dans la vie », estime Violaine Héon, directrice générale du Regroupement d’organismes en DI/TSA de la Mauricie.

Et même si la mission première est de s’adresser aux adultes, la mission de ces organismes touche forcément les familles et les proches, pour qui l’amour reste inconditionnel, mais qui ont aussi besoin de répit, et surtout d’une certaine tranquillité d’esprit.

« C’est LA grande inquiétude de nombreuses familles. Une fois que la personne autiste atteint 21 ans, on se demande ce qui va se passer ensuite. C’est là qu’intervient le travail nécessaire des organismes communautaires.

— Violaine Héon, directrice générale du Regroupement des organismes DI/TSA de la Mauricie.

« Dans le regard des parents, ce qu’on voit souvent, c’est cette fierté. Les voir atteindre des objectifs que nous n’aurions jamais cru pouvoir atteindre, ou les voir réussir là où nous avons toujours craint qu’ils puissent échouer. Il est naturel que les parents veuillent protéger leur enfant, et cela se reflète également pour les parents de personnes vivant avec le spectre de l’autisme », ajoute Maude Paquette-Martin.

Ce réseau étroit avec les parties prenantes, mais aussi avec les utilisateurs entre eux, se traduit chaque jour par ce tremplin qui les propulse vers le haut. Une mission qui s’accomplit néanmoins en courant chaque jour après l’argent, avec des financements que l’on espère toujours accrus.

Grâce à ce financement, nous accomplissons quotidiennement des petits miracles qui favorisent le maintien à domicile et évitent le placement en CHSLD à près de 100 000 $ d’argent public par personne par année.

« Nous faisons tous partie de la solution et nous le faisons très bien. J’ai la chance de compter sur une équipe extraordinaire, dévouée, aimante, curieuse. Cependant, la course au financement entraîne toujours une lourdeur administrative. Moi aussi, j’aimerais pouvoir offrir à mon équipe les mêmes conditions que dans le réseau de la santé, surtout quand on sait à quel point nos services sont essentiels à nos usagers.

— Maude Paquette-Martin

J’ai essayé de faire promettre à Wapiti qu’il cuisinerait enfin ce pâté chinois, seul à la maison, sans l’aide de personne. Il l’a promis… sans me donner de date. En faisant de petits pas, une tape dans le dos à la fois, je sais pertinemment qu’il y arrivera. Après tout, il dispose de tous les outils pour y parvenir.

 
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