à La Grande-Motte, l’énigme fascinante de l’homme mort deux fois

à La Grande-Motte, l’énigme fascinante de l’homme mort deux fois
à La Grande-Motte, l’énigme fascinante de l’homme mort deux fois

Le 24 juillet 2019, Alain Champy, 69 ans, est décédé dans son appartement de la Grande-Motte. Mais lorsque l’état civil déclare son décès à la mairie de son lieu de naissance, c’est le choc : Alain Champy était déjà décédé à Saint-Germain-en-Laye, deux ans plus tôt, le 23 octobre 2017. Enquête sur un incroyable double vie .

“M. Procureur, nous avons un problème”. Parmi les dizaines de milliers de disparitions signalées chaque année en France, la grande majorité ne sont pas suspectes pour la police. De multiples fugues d’adolescents, rapidement résolues dans neuf cas sur dix, des adultes qui veulent changer de vie et qui en ont parfaitement le droit. Mais certains cas peuvent justifier une enquête. Comme en 2019, lorsque l’état civil de Grande-Motte a saisi le parquet de Montpellier, face à une situation tout à fait inédite.

Il n’y avait rien de suspect dans ce décès, et pourtant…

Le 24 juillet, Alain Champy, 69 ans, qui résidait depuis longtemps à Montpellier, a été retrouvé mort dans son appartement de la rue Frédéric Mistral. Le décès, qui n’est pas suspect, a été signalé par la station de l’Hérault, comme la loi l’exige, à la mairie de son lieu de naissance, Saint-Germain-en-Laye (Yvelines).

Mais là : “Alain Champy est déjà mort, il y a deux ans” répond-on à Saint-Germain en précisant que le défunt a été incinéré.

Deux morts, un seul nom et une multitude de questions : le parquet a saisi la brigade criminelle du SRPJ de Montpellier. “C’est un scénario de film” soupire l’un des enquêteurs. Première tâche : déterminer lequel des deux décès était le véritable Alain Champy.

Un DJ noctambule à Saint-Germain-en-Laye

L’ambiguïté est vite levée : le véritable Alain Champy semble être le premier à mourir. Dans sa jeunesse, il était disc-jockey à Royal Henri, discothèque historique de Saint-Germain, menait une vie nocturne, buvait parfois, puis perdait plusieurs fois ses papiers d’identité. Sont-ils tombés entre de mauvaises mains ? Une certitude : il n’avait aucun lien connu avec Montpellier ou Grande-Motte.

Alors, qui est l’individu qui a vécu sous un nom qui n’était pas le sien ? Les enquêteurs sont motivés : celui qui a fait cela devait avoir quelque chose de grave à cacher ou à fuir. Un criminel recherché pour un crime ? Un évadé ? L’autopsie du 2 août 2019 ne les a en rien aidés : aucun tatouage, cicatrice ou prothèse n’a pu aider à son identification. Et des empreintes digitales inconnues dans le dossier.

Il disait qu’il était livreur de journaux au Midi Libre

Ils ont donc interrogé les amis de cet homme apparu dans l’Hérault à l’été 1981. Il était alors surnommé « le gitan solitaire », car il vivait dans sa voiture, une Simca, et dormait sur la plage de la Grande-Motte, et obtenait en… se faisant appeler livreur pour Midi libre. Impossible à vérifier : les archives de notre journal n’ont gardé aucune trace de lui.

Mais c’est cet été-là, sur la plage du Grand Travers, qu’il rencontre Mireille, une riche pharmacienne divorcée, avec qui il a vécu plus de trente ans, jusqu’à son décès en 2014. Selon la famille de Mireille, le couple a passé plusieurs années au Gabon, où elle possède une pharmacie, et rentre en France en 1988. Avec quel passeport ? Mystère. Ils habitent alors au Rivoli, un immeuble chic de Montpellier, dominant l’Esplanade, à deux pas de la Comédie.

Joueur de poker et PMU

Joueur de poker et du PMU, Alain a vécu toute sa vie aux côtés de Mireille, sans jamais travailler. Comment ont joué les administrations fiscales ou sociales ? Un membre de la famille de Mireille, qui s’est occupé d’Alain à la fin de sa vie, n’a compris que quelques semaines avant sa mort pourquoi ce dernier refusait toujours de l’épouser. “Il avait une aversion pour la paperasse, c’est compréhensible” il raconte à Midi Libre

« Ils avaient conservé une assurance médicale privée très coûteuse depuis leur vie au Gabon. C’est au moment où il a mis fin au contrat que les problèmes sont apparus. Quand j’ai fait les démarches pour lui à la Sécurité Sociale, j’ai croisé quelqu’un d’autre. Et puis la femme du vrai Alain Champy m’a appelé un jour, parce que les remboursements pour son mari arrivaient de quelqu’un d’autre. C’était deux ou trois mois avant sa mort, et celui-là appelait toujours Alain et me disait que c’était lui, celui qui était sur sa carte d’identité. Il en avait une, ancienne, en carton, avec une photo en noir et blanc, mais aussi une moderne, obtenue dans les années 2000, je ne sais pas comment.

Arrivé d’Espagne à Paris pour rejoindre sa famille

Alors qui était-il vraiment ? « Ce n’était pas très clair. Il m’a donné un prénom que j’avais oublié, et m’a dit qu’il était arrivé à Paris en provenance d’Espagne pour rejoindre sa famille dans les années 70, et qu’il vendait des aspirateurs en porte à porte.

Selon une autre Source recueillie par la PJ, le faux Alain Champy était principalement un cambrioleur. « Un des vols a mal tourné, le reste de l’équipe a été rattrapé, et pour éviter les représailles de ses collègues qui auraient pu croire qu’il avait balancé, il est descendu à Montpellier.

Une enquête désormais close

Feu vert avec des papiers volés ou remis par un faussaire. “Peut-être que ce n’était pas lui sur la photo en noir et blanc de l’ancienne carte d’identité” dit notre témoin. « Avec l’argent de Mireille, il n’a jamais eu à travailler et c’est comme ça qu’il s’en est sorti. Il n’avait pas de salaire, ne connaissait pas les impôts et avait la chance de rencontrer une femme riche qui l’a soutenu toute sa vie.

L’enquête de la PJ est désormais close : on ne connaîtra probablement jamais le vrai nom d’Alain Champy, l’homme décédé deux fois.

 
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