Le pétrole s’échange à son plus haut niveau de l’année, suscitant des inquiétudes quant à un déficit d’approvisionnement alors que l’Arabie saoudite et la Russie, deux des plus grands producteurs de l’OPEP+, ont annoncé qu’elles maintiendraient leurs réductions de production jusqu’à la fin 2023. L’Arabie saoudite, afin de financer ses ambitions investissements, a choisi de maintenir la baisse de sa production jusqu’à la fin de l’année, décision qui a également été prise par la Russie.
Les contrats à terme sur le Brent ont dépassé les 95 dollars mardi et le prix de référence utilisé pour négocier la plupart des cargaisons physiques mondiales, le Brent BFO, reste supérieur à 96 dollars. Selon plusieurs experts, il est très probable que le Brent dépasse les 100 dollars, car “il suffit d’un peu d’agitation pour que cela dépasse ce seuil.”
La banque suisse UBS estime, de son côté, que le baril de Brent devrait s’échanger dans une fourchette de 90 à 100 dollars au cours des prochains mois, avec un objectif de 95 dollars en fin d’année. Les marchés d’options estiment désormais 45 % de chances que le Brent reste au-dessus de 90 dollars le baril d’ici janvier 2024, avec le risque que le pétrole soit réévalué à la hausse.
Le PDG de Chevron, Mike Wirth, a également estimé sur Bloomberg TV que le prix du baril pourrait dépasser les 100 dollars. “Ça va certainement aller dans ce sens, l’offre se resserre, les stocks se tarissent”il expliqua.
De son côté, Tahar Zerrari, directeur général adjoint de Sogécapital Gestion, nous explique que“après avoir suivi une trajectoire baissière et s’être stabilisé autour de 80 dollars le baril, la réduction significative de l’offre en provenance de Russie et d’Arabie Saoudite fait que les prix du pétrole recommencent à augmenter, bien sûr, cela est entouré d’autres hypothèses”.
Des impacts multiples pour le Maroc
---Avec une dépendance énergétique quasi totale, le Maroc paie un prix élevé à chaque flambée des prix des matières premières. Rappelons qu’en 2022, la facture énergétique du Maroc a atteint un niveau record, principalement en raison de la hausse des produits pétroliers. Il a plus que doublé par rapport à 2021 pour atteindre 153,5 milliards de DH (+102%). Cette même année, le coût de l’indemnisation a coûté au gouvernement quelque 42 milliards de DH contre une projection initiale de 17 milliards de DH.
« Aujourd’hui, tous les indicateurs plaident pour une convergence du baril à 100 dollars et cela aura des conséquences sur le gaz et donc sur une éventuelle augmentation de la charge du fonds de compensation. Mais encore une fois, il faut garder à l’esprit qu’il s’agit d’un marché très volatil qui dépend d’éléments structurels et cycliques, qu’il faut surveiller de près.suggère le PDG de Sogécapital Gestion.
Il faut dire que la hausse des prix du pétrole met à rude épreuve les finances publiques du Royaume, tout en pesant sur le pouvoir d’achat des consommateurs. Cette hausse a un impact direct sur les prix à la pompe, avec des hausses successives opérées par les pétroliers depuis début août. A ce jour, le prix du litre d’essence dépasse les 15 DH, celui du diesel 13 DH. Cette flambée des prix à la pompe a également des répercussions sur d’autres secteurs, comme les transports, contribuant ainsi à la hausse de l’inflation que le Maroc tente de contenir. De plus, en tant que pays importateur net de pétrole, l’appréciation des prix des produits énergétiques au niveau international augmente également les paiements en devises du Maroc.
« De toute façon, le Budget sera prochainement fixé lors de la loi de finances et c’est à ce moment-là que des tendances plus claires apparaîtront, notamment par rapport au marché obligataire et à son évolution en 2024 »résume Zerrari.
Rappelons que si le gouvernement reste aujourd’hui flou sur le calendrier de démarrage de la réforme de la Caisse de compensation, la Banque Centrale a déjà intégré dans son scénario central « une décompensation programmée des prix des produits subventionnés dès 2024 ». Une réforme qui s’étalera sur 2 ans et qui devrait raviver les tensions inflationnistes en 2024 voire au-delà (+3,8% prévu par BAM).
En définitive, maintenir une certaine stabilité budgétaire dans ce contexte de hausse continue des prix sans provoquer d’effet d’éviction sera un exercice délicat pour l’Etat. Lui qui, dans les priorités du PLF 2024, souhaite « renforcer l’équilibre financier et rétablir les marges budgétaires nécessaires à la poursuite des différents projets de développement ».