La fusée Ariane 6, un vide écologique interstellaire – .

Cayenne (Guyane), correspondance

De son lancement à Bordeaux à son arrivée au port de Kourou, en Guyane, images du CanopéeLe premier cargo à voile au monde a fait le tour des médias en février dernier, incarnant à la fois la promesse d’un transport maritime décarboné et d’un secteur spatial plus vert. Ce navire hybride a transporté les composants de la fusée Ariane 6, dont le vol inaugural depuis le Centre spatial guyanais (CSG) est prévu le 9 juillet. Malgré les avancées écologiques récentes, l’activité spatiale, y compris en Europe, est encore très loin d’être décarbonée.

Chaque lancement libère à la fois des gaz à effet de serre (GES) et des particules qui se déposent dans la haute atmosphère comme la vapeur d’eau, l’alumine ou la suie, rappelle le collectif Pour un réveil écologique dans un reportage sur le sujet.

Ce dernier phénomène est mal connu, mais les rares études scientifiques disponibles indiquent que les perturbations causées au climat sont encore plus importantes, à émissions égales, que celles liées au réchauffement climatique. GESOr, la technologie de propulsion utilisée par Ariane 6 (utilisant des propulseurs à propergol solide) est l’une des plus émettrices dans ce domaine.

En prenant en compte ces substances dans la haute atmosphère, l’espace représenterait 0,6 % des impacts climatiques mondiaux. Bien que ce chiffre reste faible, notamment par rapport aux près de 6 % de l’aviation [1]il faut rappeler que le secteur est en croissance. En 2023, le trafic spatial a battu tous les records avec 223 lancements orbitaux, en hausse de 20 % par rapport à l’année précédente.

Au-delà de ces émissions directes, le secteur spatial est, comme l’aéronautique, un grand consommateur de ressources minérales. Mais les lanceurs réutilisables en sont encore à leurs balbutiements – ArianeGroup table sur un mini-lanceur opérationnel en 2026 – et ne le seront que partiellement.

18 % de l’électricité guyanaise

En Guyane, la conséquence environnementale la plus visible de l’espace ne réside pas dans les fusées elles-mêmes, mais dans la consommation électrique du Centre spatial, qui engloutit jusqu’à 18 % de l’énergie produite sur le territoire.


Le vol inaugural du lanceur Ariane 6, ici au Centre Spatial Guyanais, est prévu le 9 juillet 2024.
© CNES/ESA/Arianespace-ArianeGroup/Optique vidéo CSG/T Leduc, 2024

Sur ce point, le port spatial de l’Europe a entrepris un vaste plan de décarbonation, misant notamment sur la rénovation énergétique de ses bâtiments et la création de deux centrales solaires qui devraient voir le jour en 2026 et dont une partie de l’énergie sera également transformée en hydrogène nécessaire à l’alimentation des fusées. Mais les besoins sont tels que le Centre spatial guyanais a également misé sur la biomasse avec la création de deux usines d’ici 2030, un choix largement critiqué par la communauté écologiste locale, comme l’association Maiouri Nature Guyane (MNG) qui déplore un choix « cour-termiste »qui pourrait « accroître les menaces qui pèsent sur la forêt » dans les années à venir « encourager le défrichement des terres ».

A ce jour, l’approvisionnement des centrales biomasse existantes sur le territoire est assuré par les résidus de défrichement agricole, mais il existe au moins un projet « agroforestier » où la forêt sera principalement cultivée à des fins de récupération d’énergie pour le Centre Spatial.

Une espèce protégée détruite

Enfin, ce n’est pas la répercussion écologique la plus médiatisée, mais l’artificialisation des sols liée au développement des infrastructures de la base spatiale pose des questions en termes de protection des espèces vivantes sur son site, qui abrite des savanes, l’écosystème le plus menacé du territoire. Le Centre national d’études spatiales (CNES), gestionnaire du CSGen a fait un pilier de sa politique environnementale avec une ambition « plan de gestion de la biodiversité » 2021-2030, à travers lequel il dépense, entre autres, 500 000 euros par an pour « étudier l’impact [de ses] activités et préserver la biodiversité du site ».

Parallèlement, le CNES fait l’objet d’une enquête du parquet de Guyane pour avoir réalisé des travaux sans autorisation ayant conduit à la destruction du leptodactyle ocellé, une espèce d’amphibien inscrite sur la liste rouge locale de l’UICN [2]Les faits remontent à 2022 et les dégâts environnementaux ont été estimés à près de 10 millions d’euros.

Cette pratique de commencer à travailler sans autorisation ou en régularisant à la suite n’est pas isolé, selon l’association Cerato, considérée comme victime dans cette affaire, mais aussi plusieurs mises en demeure où les services de l’État réclament des régularisations.est En juillet, le tribunal judiciaire de Cayenne a rejeté un accord à l’amiable [3]favorable au CNES, ce qui aurait pu mettre un terme à l’affaire.

 
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