Le dessinateur qui va de Thomas Pesquet aux dinosaures

Le dessinateur qui va de Thomas Pesquet aux dinosaures
Le dessinateur qui va de Thomas Pesquet aux dinosaures

Marion Montaigne aime comprendre les choses. Et rien de tel que la science pour cela. Puis elle les explique aux autres. Elle le fait dans les bandes dessinées. Marion est aussi inquiète pour la vie et le titre de sa série qui met en scène le professeur Moustache résume parfaitement le dessinateur : « Tu mourras moins bête (mais tu mourras quand même) ».

En 2017, elle remporte un grand succès avec « Dans la combi de Thomas Pesquet », l’histoire de l’astronaute français racontée avec humour. Car oui, c’est une des caractéristiques essentielles du travail de Marion : on rit beaucoup. Les bandes dessinées scientifiques populaires sont de plus en plus nombreuses, mais beaucoup sont mortellement ennuyeuses. Celles de Marion Montaigne sont non seulement remarquablement vulgarisées, mais en plus on ne risque pas de bâiller, tant on rit. Comment fait-elle ? Nous lui avons posé la question à BDFIL où elle est venue présenter son dernier album : « Nos mondes perdus », qui parle de dinosaures. Mais comment passer de Pesquet à diplodocus ?

Le luxe post-Pesquet

« Le succès de la BD Pesquet m’a offert le luxe de prendre mon temps pour trouver une idée. On m’a évidemment demandé de faire d’autres bios de personnages célèbres, mais il faut avoir beaucoup de recul et prendre ses responsabilités pour se retrouver croqué avec humour. Cela ne signifiait rien pour moi d’en faire un autre. Et puis il y a eu le Covid, le confinement : je me suis dit, lance-toi dans le drame, tu es fort dans ta tête. Ou faire une fiction : non, je vais me vautrer, je ne sais pas faire ça. J’ai accumulé des tonnes de projets et j’ai fini par tous les jeter !

C’est alors que Marion découvre l’histoire du conflit entre deux paléontologues, Cope et Marsh. Car pour que la science soit intéressante, il faut aussi y mettre un peu de haine et beaucoup d’ego. Alors, Marion se demande (elle se poste tout le temps pleine de questions) : comment l’homme qui a toujours pensé qu’il était la créature la plus importante sur Terre a-t-il pu découvrir l’existence des dinosaures ? C’est de cela que parle son livre.

« Oui, parce qu’un dinosaure, c’est cool. J’ai vu « Jurassik Park » des dizaines de fois. Et comme dans le film, dans ma bande dessinée, à part la première cause, les dinosaures mettront du temps à arriver. Parce que finalement, cela parle davantage de nous, de l’humain, de la place que nous croyons occuper, de la science en devenir.

Autobio parmi les dinosaures

L’album parle aussi de Marion, de sa place dans tout ça et de son rôle de créatrice. « J’adore lire la vie d’autres auteurs, mais je reviens en arrière pour parler de la mienne. Cela a été le plus difficile pour moi de poser ces morceaux d’existence, parfois je me dis que j’en ai trop dit alors que les lecteurs m’en demandent plus.

Encore un entretien avec Marion Montaigne sur son livre.

Dargaud

L’éditeur de Marion a du pain sur la planche, admet l’auteur. « Elle doit me ralentir. Quand je dessine une scène au XVIIIe siècle, je pense à l’éclairage, donc je documente ce que c’était à l’époque, puis l’hygiène (nouvelle documentation). J’arrive à Darwin, j’aimerais tout expliquer (et rallonger l’album de dizaines de pages) et c’est là que l’éditeur me crie : Stooooop !

Ce que Marion Montaigne craint plus que tout ? «Ennuyez le lecteur. Alors j’ajoute ce que je sais faire : l’humour. Il m’arrive parfois de me faire rire seule à ma table. Mais bon, la science est souvent drôle quand on y pense : un scientifique qui confond un fémur de mégalosaure avec un scrotum… Et beaucoup de génies sont des gens insupportables : il faut dire que consacrer sa vie à deux vertèbres, c’est spécial.

“Je déteste me faire avoir”

Cet amour du savoir, elle qui aurait aimé être une créatrice scientifique, le doit peut-être à l’humiliation. « J’avais 4 ans et il y avait un ventriloque lors d’une fête d’anniversaire. J’ai dit à ma mère après que j’avais vu une chaussette qui parlait. Elle m’a dit que j’étais très naïf, que c’était monsieur. Je me suis reproché d’être si crédule et de faire n’importe quoi pour ne plus me laisser berner.

Que Marion Montaigne continue de se poser beaucoup de questions et nous livre les résultats, toujours avec cet humour délicieux. « Je prépare le tome 6 du Professeur Moustache ». Et ce ne sera certainement pas ennuyeux.

Nos mondes perdus, de Marion Montaigne, Ed. Dargaud, 205 pages.

 
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