« En Nouvelle-Calédonie, en bouleversant le calendrier, l’État a aggravé le sentiment de partialité »

« En Nouvelle-Calédonie, en bouleversant le calendrier, l’État a aggravé le sentiment de partialité »
« En Nouvelle-Calédonie, en bouleversant le calendrier, l’État a aggravé le sentiment de partialité »
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L’ancien conseiller outre-mer Jean-François Merle, lors d’une conférence sur Michel Rocard, à l’Assemblée nationale, à Paris, le 15 septembre 2016. VINCENT ISORE / PRESSE IP3/MAXPPP

Jean-François Merle, conseiller de Michel Rocard pour les territoires d’outre-mer lors de la négociation des accords de Matignon sur l’archipel en 1988, est aujourd’hui expert à la Fondation Jean Jaurès. Il considère que la tenue du troisième référendum sur l’indépendance de la Nouvelle-Calédonie « sans accord général sur les conditions de son organisation, ni sur la date (…) c’était une faute majeure”. Il estime également qu’un accord politique d’ici la fin juin est nécessaire. « extrêmement difficile à imaginer »parce que « Construire un consensus prend du temps ».

L’avion du président de la République, Emmanuel Macron, atterrira à Nouméa jeudi 23 mai au matin. A-t-il raison d’aller en Nouvelle-Calédonie ?

Il est difficile de répondre à cette question car on ne sait pas ce qu’il va faire là-bas. Selon le porte-parole du gouvernement [Prisca Thevenot], il va mettre en place une « mission », dont on ne connaît ni les contours ni la composition. Aucune mission ne pourra réussir à rétablir le dialogue si elle a un calendrier et des objectifs contraints. L’essentiel est de dire que le projet de loi [de révision constitutionnelle] n’est plus sur la table, qu’il n’y a plus de date limite et qu’il faut désormais remettre tout le monde dans la discussion d’un accord global.

Emmanuel Macron fait-il la même chose que le président François Mitterrand, qui a effectué une visite surprise de douze heures au Caillou en 1985 ?

Lorsque François Mitterrand se rend en Nouvelle-Calédonie en 1985, il y a un projet sur la table, celui du délégué gouvernemental, Edgard Pisani, de l’indépendance-association.

Lire les archives | Article réservé à nos abonnés M. Tjibaou est prêt à discuter des garanties de « l’indépendance-association »

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François Mitterrand s’y est rendu pour voir si ce projet était acceptable pour tout le monde. Aujourd’hui, quel est le projet sur la table ? Il n’y en a pas.

Le « dégel » du corps électoral, qui fait l’objet d’un projet de révision constitutionnelle, n’est-il pas un projet ?

Non. Ce n’est pas un projet pour la Nouvelle-Calédonie, c’est un projet pour les non-indépendantistes. Nous sommes dans la partialité de l’État.

L’engagement d’Emmanuel Macron suffira-t-il à lui seul ? pour résoudre la crise ?

J’ai noté que les visites impromptues du Président de la République en d’autres circonstances, que ce soit à Beyrouth sur le plan international [en 2020] ou à Saint-Martin après le cyclone [en 2018]n’avait pas produit les résultats escomptés.

Un accord politique d’ici fin juin en Nouvelle-Calédonie vous semble-t-il possible ?

C’est extrêmement difficile à imaginer. En Nouvelle-Calédonie, comme dans le reste de l’Océanie, la construction d’un consensus prend du temps. La parole doit circuler, les gens doivent se l’approprier. Les silences comptent autant que les mots. Cela ne fonctionne pas comme une start-up, avec des boutons sur lesquels on appuie.

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