« Bruges sera champion mais Anderlecht est définitivement relancé »

« Bruges sera champion mais Anderlecht est définitivement relancé »
« Bruges sera champion mais Anderlecht est définitivement relancé »

Entre la Belgique et l’Afrique, le cœur d’Hugo Broos (72 ans) balance, depuis qu’il a remporté la Coupe d’Afrique des nations avec le Cameroun en 2017. Mais pour la famille, l’actuel sélectionneur de l’Afrique du Sud ne fait aucune concession. Certainement pas alors qu’un retour en Belgique s’impose pour célébrer la communion de l’un de ses huit petits-enfants. L’occasion de retrouver ses proches mais aussi d’évoquer avec lui le passé et le présent de l’une des personnalités les plus titrées du football belge, tant en tant que joueur qu’en tant qu’entraîneur.

On ne pourrait guère trouver de témoin plus approprié pour préfacer ce que certains ont déjà décrit comme le « Topper du siècle ». Un choc pour le titre que l’ancien entraîneur du Sporting et du Club suivra aussi religieusement que la cérémonie de son petit-fils, en début de soirée dimanche.

Hugo Broos, nous avons directement pensé à vous le mois dernier, lorsque le défenseur central sud-africain Luke Fleurs a été abattu à Johannesburg lors du vol de son véhicule. Vous profitez sereinement de vos nombreux séjours en Afrique du Sud en tant que sélectionneur national ?

Je ne vis pas à Johannesburg parce que j’ai un look européen parfait, symbole de richesse et donc susceptible de recevoir une arme sur la tempe à chaque feu rouge. La seule fois où j’y suis allé avec mon chauffeur, je n’étais vraiment pas à l’aise. Heureusement, j’habite en banlieue, à Sandton, un centre économique où c’est très calme. j’habite à 18 anse étage d’un immeuble qui compte 53 étages et qui offre une magnifique vue. Les Sud-Africains sont adorables avec moi.

Comment êtes-vous devenu chef de l’équipe nationale sud-africaine, quatre ans après avoir remporté la CAN avec le Cameroun ?

Via le même agent qui m’a placé au Cameroun, justement. Avec ce titre, l’Afrique ne m’avait pas oublié, contrairement à la Belgique.

Êtes-vous prophète en Afrique plutôt que dans votre pays ?

J’avoue que j’étais frustré de n’avoir presque rien eu depuis mon départ de Genk en 2008. En l’espace de 17 ans, à l’exception de Zulte Waregem que j’ai sauvé en 2011 et de deux touches avec le Cercle qui a finalement choisi Vanderbiest et Booy, j’étais clairement considéré comme indésirable. Avec un tel palmarès (NDLR : outre ses trois Coupes d’Europe et deux Super Coupes remportées avec le RSCA, il a été quatre fois champion de Belgique en tant que joueur et trois fois en tant qu’entraîneur), c’est quand même étonnant, n’est-ce pas ? ? Dire que j’étais trop démodé ou trop cher sont des raisons qui ne tiennent pas la route. Je reste persuadé que certaines personnes de la communauté ont voulu me « tuer ». Mon passage à Anderlecht, où la direction ne m’a pas soutenu quand je ne jouais pas le chéri Zetterberg ou quand j’étais en conflit avec Jestrovic, m’a fait beaucoup de dégâts.

En parlant de Jestrogoal, vous avez vous-même participé aux négociations pour le transfert de l’attaquant serbe à Anderlecht alors que vous étiez encore entraîneur à Mouscron…

Le président mouscronnois Jean-Pierre Detremmerie a obtenu 100 millions de francs belges (2,5 millions d’euros) pour le transfert de Jestrovic au RSCA. Mais Jestro est arrivé blessé au Parc Astrid suite à une fracture tibia-péroné. «Vous m’avez vendu un invalide», m’a dit Constant Vanden Stock lorsque je suis devenu son T1. Mais nous avons été champions en 2004 et Jestro meilleur buteur en 2005.

Champion d’Afrique avec le Cameroun puis troisième de la CAN avec l’Afrique du Sud il y a quelques mois : quel est votre secret ?

Je suis toujours resté fidèle à mes principes et à ce que j’avais annoncé à mon arrivée, que ce soit au Cameroun ou en Afrique du Sud. Je n’ai jamais été gentil avec les joueurs et j’ai par exemple directement licencié des cadres de l’équipe camerounaise parce qu’ils arrivaient en retard aux réunions. Mais le respect fut vite réciproque. J’ai toujours eu l’art de constituer un groupe en privilégiant l’aspect humain. Il faut dire que j’ai aussi appris à relativiser. Quand une réunion se termine avec quatre heures de retard, je ne m’inquiète plus, du moment que c’est arrivé. Aujourd’hui, je peux dire qu’une partie de mon cœur est en Afrique. Il n’y a pas de gens plus accueillants et joyeux que les Africains. Quand je suis en Belgique pendant quelques semaines, ils me manquent.

On se souvient pourtant d’une première conférence de presse chaotique au Cameroun…

Roger Milla en est venu aux mains avec les journalistes qui l’accusaient d’avoir poussé ma candidature au poste d’entraîneur. La police a dû interrompre les combats. J’ai reçu tellement de critiques dans les médias que mon team manager m’a dit un jour : « Donnez-moi 50 000 francs CFA et vous verrez que leur avis changera ». Mais je ne travaille évidemment pas comme ça. J’ai imposé le respect grâce aux résultats. Et, en Afrique du Sud, le respect était là dès le départ compte tenu de ce que j’avais prouvé quatre ans plus tôt. Mon intégration a été beaucoup plus facile, même si - n’a pas apprécié quand je disais que le championnat sud-africain était faible et que Percy Tau était un très bon joueur mais pas une star non plus.

Après cette troisième place à la CAN avec l’Afrique du Sud, n’était-ce pas le bon moment pour prendre sa retraite ?

J’avais l’intention de revenir définitivement en Belgique pour profiter davantage de ma famille, même si mes deux filles (48 et 49 ans) et mon fils (40 ans) ne m’ont jamais rien reproché, bien au contraire. Depuis que mon adjoint Janevski est parti pour Chypre, le temps paraît parfois très long en Afrique du Sud. Mais le président de la fédération ne veut pas que je parte. Si je veux résilier mon contrat, je dois payer trois mois de salaire. Lorsque les joueurs ont appris que j’allais rester malgré les offres de l’Algérie et de la Tunisie, j’ai été ému par leurs réactions de joie. Ils m’aiment mais le contraire est aussi vrai. Je suis un peu en colère contre ma femme, à qui j’ai promis que ce serait mon tout dernier travail. Mais j’avoue que vivre une Coupe du monde en tant qu’entraîneur me fait rêver. Les rencontres de juin contre le Nigeria et le Zimbabwe seront essentielles.

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Mais tu es déjà un dieu en Afrique, où tu n’es jamais au bout de tes surprises…

Il y a bien sûr les demandes en mariage qui ont suivi les exploits sportifs, mais le plus fou, c’est l’organisation. Aucun match n’est facile, même contre un petit pays, car tout est fait pour déstabiliser l’adversaire. Il n’est pas rare de devoir voyager de nombreuses heures en bus car le stade le plus proche de l’aéroport n’est pas homologué. J’ai également dû accepter des vols de nuit épiques avec l’Afrique du Sud, même si notre match n’avait lieu que quelques heures après l’atterrissage.

Vous avez promis à votre femme que l’Afrique du Sud serait votre dernier emploi mais vous ne diriez pas non à un poste de directeur technique à Bruges…

Je suis candidat et je sais ce que le Club attend de moi. Il s’agirait plutôt d’un rôle consultatif. Mon vote ne serait pas décisif mais mon expérience serait mise à profit, notamment dans le choix d’un joueur ou dans la relation d’un entraîneur avec son groupe et l’encadrement. Je pense que les Brugeois en ont manqué ces derniers temps depuis le départ de Vincent Mannaert, et notamment dans la gestion du dossier Ronny Deila. Pour le reste, je n’en sais pas plus. Le nouvel organigramme sera sans doute connu après les playoffs.

Quel regard portez-vous sur l’évolution de Bruges ces dernières semaines ?

J’ai le sentiment qu’avec Nicky Hayen, c’est comme avec moi : blanc ou noir. Les joueurs savent à quoi s’attendre et ça paye.

Vous sentez-vous plus brugeois que anderlechtois ?

Oui, depuis mon licenciement douloureux au Sporting en 2005. J’ai joué 12 ans au RSCA, avec qui j’ai remporté toutes les Coupes d’Europe, mais j’ai toujours reçu beaucoup plus de respect de la part de Bruges. Cela dit, je dois souligner que cela a changé avec la nouvelle direction. Le président Wouter Vandenhaute m’a invité mais j’ai dû décliner car j’étais en Afrique du Sud.

Comment jugez-vous ce qu’il a réalisé au Parc Astrid ces dernières années ?

Les nouveaux dirigeants violets ont longtemps été bloqués financièrement, mais ils offrent désormais au club une nouvelle base sur laquelle reconstruire un Sporting digne de son statut. Même s’il n’est pas champion cette année, Anderlecht est définitivement relancé.

Quelle équipe vous séduit le plus en Pro League ?

Jusqu’avant les séries éliminatoires, c’était l’Union. Mais la pression était clairement trop forte pour elle, pour la troisième saison consécutive. Quand j’ai entendu les déclarations de Blessin selon lesquelles son équipe était désavantagée par l’arbitrage, j’ai compris que ce serait compliqué.

Comment voyez-vous l’avenir de l’USG ?

Le club fonctionne bien et la victoire en Coupe lui a fait du bien. Mais l’Union, coincée dans son stade, restera l’Union encore quelques années. Soit un club qui a grandi trop vite et qui aura beaucoup de mal à devenir un grand club.

Si vous pouviez choisir un joueur de l’Union, de Bruges et d’Anderlecht pour l’Afrique du Sud, qui prendriez-vous ?

Au syndicat, je prendrais Puertas. Cela me rappelle Mokoena mais en plus complet. A Anderlecht, je choisirais Dolberg, dont les qualités sont sous-estimées et qui marquerait bien plus d’une quinzaine de buts si le RSCA haussait son niveau. A Bruges, donne-moi Mechele.

Mechele, est-il un peu le nouveau Hugo Broos ?

En fait, je me retrouve en lui. Ce n’est pas le joueur qui lance des passes de 40 mètres. Son jeu est limité mais il est très efficace et jamais blessé.

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Comment voyez-vous le Topper de dimanche ?

Ce sera un match avec une pression énorme pour les deux équipes. Celui qui s’incline perdra le titre. Mais je vois Bruges gagner et être champion. Les Brugeois ont montré des qualités bien supérieures au Sporting depuis huit matches. Thiago est absent, mais Skov Olsen est de retour pour faire la différence. Le seul bémol du Club a été les occasions manquées face à l’Union lundi. Il pourrait se mordre les doigts.

Que peuvent espérer les Diables Rouges à l’Euro ?

Il ne faut plus attendre la Belgique en finale. Sortons de notre groupe et jouons match par match comme nous l’avons fait avec l’Afrique du Sud. En revanche, dans quelques années, nous pourrons à nouveau être très ambitieux. Les Diables seront déjà nettement plus redoutables lors de la prochaine Coupe du Monde, quand on aura retrouvé une très bonne défense et que Zeno Debast aura effacé les erreurs de son jeu.

Le joueur d’Anderlecht vous rappelle-t-il parfois Vincent Kompany, que vous avez lancé à Anderlecht ?

Devast manque encore d’expérience. Kompany, même à 18 ans, il pensait déjà que rien ne pouvait lui arriver. C’était un excès de confiance. Tihinen était le seul à qui il n’osait pas répondre à ce moment-là.

Kompany deviendra-t-il un grand entraîneur ?

Il a toutes les qualités pour cela, à condition de devenir plus réaliste. Quand j’ai vu Burnley jouer cette saison, j’ai pensé au jeu qu’il voulait imposer à Anderlecht avec des joueurs qui n’en étaient pas capables. Mais les échecs le feront évoluer, j’en suis sûr.

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