la tragédie racontée par Erik Comas

la tragédie racontée par Erik Comas
la tragédie racontée par Erik Comas

Aujourd’hui âgé de 60 ans, Erik Comas était l’un des grands espoirs du sport automobile français dans les années 1990. Il a piloté quatre années en F1, entre 1991 et 1994. Deux saisons chez Ligier, puis deux autres chez Larrousse. En 1992, il est victime d’un violent accident à Spa, lors duquel Ayrton Senna lui vient en aide.

Deux ans plus tard, lors du tragique week-end d’Imola, le Français sera le dernier pilote à le voir. Trente ans plus tard, le pilote aux multiples titres au Japon, auteur d’un podium avec Pescarolo, au Mans, en 2005, se souvient de ces deux événements forts avec le Brésilien, qui ont marqué sa vie.

Comment avez-vous connu Ayrton Senna ?

En 1990. Nous étions ensemble dans l’équipe du championnat du monde Marlboro. Il conduisait déjà la McLaren, aux couleurs du fabricant de tabac. J’ai remporté le championnat Intercontinental de Formule 3000 avec la Lola Dams Marlboro. Nous étions donc sous le même emblème international. Il y avait des pilotes de Formule 3, des pilotes de F3000 et des pilotes de F1. Nous étions apparentés à la même famille, mais nous ne sortions pas ensemble. D’un autre côté, ça l’était. Le premier à me féliciter pour mon titre en Formule 3000 lors d’essais privés de F1 fin 1990 à Estoril. Un circuit sur lequel il s’est imposé pour la première fois, en F1. J’ai été très touché. Il a toujours été mon idole et que ce soit lui, le champion, qui vienne me féliciter pour mon titre, c’était vraiment notre première rencontre physique.

Avez-vous déjà pu le rencontrer ?

J’avais été spectateur de son magnifique Grand Prix de Monaco, sous la pluie, en 1984. A l’époque, je n’avais pas encore commencé la course. Le 3 novembre 1984, j’allais prendre le volant à l’auto-école Winfield du circuit Paul Ricard. Mais en mai 1984, je n’avais pas encore commencé les stages. Je n’avais que 21 ans et je rêvais de sport automobile. Qui n’avait même pas l’argent pour s’offrir une place en tribune à Monaco. J’ai passé la nuit sur le rocher, avec la pluie pour m’accompagner. Il avait plu toute la nuit avant la course. J’ai été étonné par sa performance. Puis, en fin d’année, j’ai pris le volant et j’ai commencé ma carrière en monoplace en 1985, l’année de mes 22 ans. C’est un rêve aujourd’hui, quand on sait qu’à 22 ans, ils ont déjà roulé F1 depuis plusieurs années !

Vous étiez donc un grand admirateur d’Ayrton Senna, même en partageant le morceau avec lui ?

C’était plus qu’une affection, c’était une idolâtrie, une admiration démesurée pour lui. C’était un modèle pour nous, un jeune homme, et pourtant je n’étais pas beaucoup plus jeune que lui, seulement quelques années. Courir en Grand Prix avec lui était fantastique. Malheureusement, à l’époque, je n’avais ni McLaren, ni Benetton, ni Williams, ni Ferrari… Ce sont les quatre voitures qui disposaient déjà de la nouvelle technologie, de boîtes de vitesses semi-automatiques et bien plus encore pour les Williams qui avaient une suspension active. , antidérapant, ABS. Disons que je conduisais une F1 historique à l’époque, mais je ne savais pas encore qu’elle était historique.

Évidemment, je n’ai jamais eu la voiture pour combattre Senna. Il n’aurait jamais pu y avoir de rivalité entre nous. Il y a toujours eu une admiration démesurée et encore plus lorsqu’il m’a sauvé la vie, à Spa, en août 92. Un jour dont je ne me souviens absolument de rien, puisque j’ai perdu connaissance. Je me suis réveillé dans l’hélicoptère, mais on m’en a parlé et j’ai vu des images, des photos et je sais exactement comment cela s’est passé. Aujourd’hui, si je suis encore dans ce monde, je sais que c’est grâce à lui.

Cet accident, lors des essais à Spa-Francorchamps, a été particulièrement violent. Avec de graves conséquences évitées de peu…

Contrairement à ce qui a souvent été écrit, ce n’était pas lors des qualifications, c’était lors des essais libres du vendredi matin 28 août 1992. A l’époque, il faut rappeler qu’il n’y avait pas de ravitaillement et que nous avions 175 litres d’essence dans le véhicule. voiture. Les séances d’essais libres se faisaient toujours avec le réservoir plein, le matin, le vendredi, pour rouler, rouler, rouler. C’était le troisième tour. Tourner à gauche, aveugle, fort. La copie exacte de Tamburello. C’est le virage de Blanchimont. La voiture devant moi a mordu à l’intérieur et a laissé des graviers partout sur la piste. Et je suis arrivé dès mon troisième tour, confiant. Les pneus étaient chauds, la voiture aussi…

« À l’époque, la sécurité en F1, c’était comme conduire une décapotable »

Évidemment, sur terre, ça n’est pas allé jusqu’au bout. J’ai traversé le bac à sable, sans même toucher aux freins. C’est arrivé si vite que la voiture a fait un écart. J’ai probablement freiné, mais je ne m’en souviens évidemment pas. Une fois dans le bac à sable, j’ai frappé de trois quarts vers l’avant. Contre les pneus et le rail. Le même angle de choc que celui de Senna à Imola. Et la roue avant droite, encore une fois, m’a cogné la tête car à l’époque, les monoplaces étaient très échancrées. Le corps n’avait aucune protection latérale. Nous n’avions pas le foulard, il n’y avait pas l’auréole, il n’y avait pas Hans. En fait, nous conduisions une décapotable.

Avez-vous perdu connaissance ?

J’ai été assommé instantanément. Inconscient. Et j’ai gardé le pied sur l’accélérateur. La voiture a encore traversé le bac à sable…

 
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