Jean-Paul Gaultier et Nicolas Di Felice, rencontre avec les enfants terribles de la couture – .

En 2020, Jean-Paul Gaultier profitait des 50 ans de sa marque pour annoncer sa sortie de scène avec un dernier grand show. Depuis, le plus hyperactif des retraités de la mode confie chaque saison les rênes de sa maison à un créateur. Un concept créé spécialement pour sa griffe. Le résultat ? Un effet rajeunissement et des shows événements. Après l’Irlandaise Simone Rocha, Julien Dossena chez Rabanne, ou Glenn Martens de Y/Project, c’est Nicolas Di Felice, le directeur artistique de la maison Courrèges, qui officie pour l’hiver 2024-2025. Corsets iconiques revisités en transparence, robes en cotte de mailles tout en crochets et costumes en trompe-l’œil, la collection imaginée par Nicolas Di Felice, entouré des petites mains de l’atelier Gaultier, était un hommage poétique aux amours punk du couturier.

Paris Match. Vous vous connaissiez avant cette collection ?
Jean paul Gaultier.
Non, mais je connaissais son travail. Ce qu’il fait chez Courrèges est très talentueux. L’esprit, les idées qu’il développe, la scénographie : c’est pour ça que j’ai choisi Nicolas.

Quand Jean-Paul Gaultier vous appelle, est-ce impressionnant ?
Nicolas DiFelice.
Bien sûr ! Il a tellement influencé les créateurs de ma génération, mais aussi les plus jeunes, ça met un peu de pression. C’est mes grands débuts dans la haute couture et, comme c’est pour Jean-Paul, vous imaginez que j’espère être à la hauteur. Heureusement qu’ici on travaille avec l’atelier, et ça me rassure car c’est comme ça que j’ai l’habitude de faire les choses !

Jean paul Gaultier

© DR

Jean-Paul Gaultier, aimez-vous vous plonger dans l’excitation des défilés en tant que spectateur ?
JPG.
C’est complètement différent et c’est formidable. Quand Christian Lacroix a quitté Patou en 1987, j’aurais aimé voir Westwood, Romeo Gigli, Thierry Mugler et tous les créateurs très talentueux de l’époque reprendre Patou le temps d’une capsule. Ça aurait été génial ! A l’époque, on m’a dit : « Trop cher ». Quand j’ai eu le luxe de décider comment ma marque allait continuer sans moi, ce concept m’est revenu. C’est un plaisir de voir comment chacun de ceux que j’ai appelés expérimente, apporte sa touche et écrit sa page dans l’histoire de la maison.
FND. Cette idée de collaboration est à l’image de Jean-Paul : ouverture aux autres, curiosité. Ouvrir aussi les portes, la tribune et les bras à des gens qui n’étaient pas spécialement invités ailleurs.

Nicolas, comment avez-vous abordé le patrimoine de la maison ?
FND.
Il y a tellement de points d’entrée, c’est vertigineux ! Nous avons plongé dans les archives, nous avons collecté 300 documents, toutes collections confondues. J’ai pris plaisir à fouiller pour identifier les pièces qui m’ont ému et créer quelque chose de nouveau, sans répétition.

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Robe fourreau en tulle avec 42 000 fermoirs.

© YANNIS VLAMOS

Depuis les premiers défilés diffusés à la télévision jusqu’aux réseaux sociaux, la mode captive, comment expliquez-vous cette fascination ?
JPG.
Au début, les collections s’adressaient à une minorité, notamment celles de la haute couture, qui étaient destinées à une clientèle privilégiée. Et puis, il y a eu les défilés comme ceux de Kenzo ou de Castelbajac qui ont brisé le carcan de la mode. Tout s’est démocratisé, et n’est plus du tout restrictif ni destiné à une élite.
FND. Avec les réseaux sociaux, on a l’écran vissé au creux de la main, tout est décuplé et en même temps accessible au plus grand nombre. C’est presque devenu un « divertissement », un divertissement. Les gens le regardent comme le dernier film à la mode. Soudain, on dévoile tout : l’arrivée des invités, le défilé, les looks des stars et la foule venue les applaudir.

Départ de Virginie Viard de Chanel, rumeurs sur Hedi Slimane… Que pensez-vous des dernières actualités du luxe ?
FND.
C’est le cycle des maisons, une époque se termine avec le besoin de nouveautés. Nous vivons une époque où parfois on ne donne même pas un an aux artistes et aux réalisateurs pour faire leurs preuves.
JPG. L’époque est un peu chaotique… peut-être que la mode aussi. La création est en perpétuelle évolution. Virginie Viard était l’assistante de Karl, dont elle a perpétué l’héritage. Le prochain directeur artistique saura ressusciter Chanel, dans le sens du renouveau. De nos jours, il y a une dimension assez rude entre les journalistes, les réseaux sociaux, c’est devenu… comment dire ? On dirait que ça fait partie du show, comme les épisodes d’une série.

Nicolas DiFelice

© DR

Justement, que pensez-vous des séries sur le monde de la mode ?
JPG.
Il n’y en a pas tant que ça. En 2017, ‘American Crime Story : L’assassinat de Gianni Versace’, terrible ! J’avais beaucoup aimé ‘Halston’, sobre et épuré… Comme la mode américaine ! Il était quand même l’un des précurseurs de l’élan suivi par Calvin Klein. Je n’ai pas vu la série sur Karl, et vous ?
FND. Je l’ai commencé, j’aime bien. Il y a eu aussi ‘The New Look’ chez Dior. Ce sont de grosses productions qui passionnent le public.

Jean-Paul Gaultier, quand vous étiez jeune, auriez-vous aimé que quelqu’un vous ouvre les portes d’une maison ?
JPG.
Je rêvais de travailler pour Yves Saint Laurent, mais il n’a pas pris d’assistante. Et en même temps, s’il m’avait dit : « Tiens, tu devrais faire comme ça ou utiliser ce truc-là », ça m’aurait paralysée. J’aurais pensé que je ne pourrais jamais faire aussi bien que lui. Je pense qu’il vaut mieux avoir une liberté totale. Au fait, Nicolas, comment te sens-tu avec cette liberté totale ?
FND. C’est un peu intimidant. Il n’y a pas que les invités dans la salle, les défilés Jean Paul Gaultier sont extrêmement regardés… J’espère ne pas décevoir.
JPG. Je ne me trompe jamais dans mes choix.

 
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