Après 6 ans de mariage, Patrick Norman et sa compagne ont renouvelé leurs vœux au Rwanda

Patrick Norman a encore de l’émotion dans la voix lorsqu’il évoque son voyage au Rwanda en octobre dernier. Il s’y rend avec sa compagne, Nathalie Lord, pour des raisons précises : participer au tournage d’un documentaire sur ce pays, renouveler ses vœux de mariage lors d’une cérémonie traditionnelle et constater à quel point sa chanson When You’re in Love est populaire et a même contribué à soulager beaucoup de douleur et de chagrin d’amour.

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Racontez-nous, Nathalie et Patrick, pourquoi vous avez fait ce voyage au Rwanda…

Nathalie: C’est un rêve que nous avons réalisé. Cela nous préoccupe depuis longtemps.

Patrick: Nous ne nous attendions vraiment pas à ce que nous avons vu et découvert.

PAS.: Nous y sommes allés pour tourner un documentaire et aussi à cause de la chanson Quand on est amoureux, mais nous avions aussi envie de rencontrer ces gens parce qu’ils ont vécu des choses terribles.

P.: En seulement 30 ans, tout a changé. Cela fait exactement 30 ans depuis le génocide des Tutsis au Rwanda. Il y a eu un million de victimes. Le nouveau président, Paul Kagame, qui a décidé de reconstruire le pays, ne veut pas chercher à se venger, mais à faire preuve de résilience. Il a dit : « Nous devons reconstruire, tout le monde. » Et ils ont réussi. C’est un pays magnifique : il y a des paysages extraordinaires ! Je ne pouvais pas croire à quel point la ville de Kigali est belle ! C’est un tout petit pays, le Rwanda, il est à peine plus grand que la Gaspésie. C’est le pays aux mille collines.

Comment savais-tu que ta chanson Quand on est amoureux était connu au Rwanda ?

P.: C’est Michel Mpambara qui m’en a parlé le premier. Il m’a dit que j’étais une grande star au Rwanda, que les gens chantaient mes chansons dans les bus ! Je l’ai pris avec des pincettes, puis un jour j’ai reçu un courriel d’une Québécoise qui était là, qui me disait qu’elle se promenait dans une rue de Kigali et qu’elle avait entendu Quand on est amoureux. Elle a ajouté dans son email que j’étais une star au Rwanda.

Partout où Patrick allait pour le tournage, les gens, jeunes et moins jeunes, connaissaient ses chansons.

Partout où Patrick allait pour le tournage, les gens, jeunes et moins jeunes, connaissaient ses chansons.

C’est fou! Et vous avez essayé d’en savoir plus ?

P.: Écoutez bien cette histoire incroyable… J’étais dans un restaurant à Montréal, en plein après-midi, entre deux tournages. Il y avait une jeune femme africaine qui était là, nous étions seuls. Elle m’a regardé, elle m’a salué et elle est venue me parler. Je pensais qu’elle voulait un autographe ou une photo. Lorsqu’elle s’est dirigée vers moi, j’ai vu qu’elle avait une expression inhabituelle : elle avait l’air secouée. Je pensais même qu’elle allait s’évanouir. Elle m’a dit : « Êtes-vous Patrick Norman ? Je viens du Rwanda. J’avais huit ans lorsque toute ma famille a été tuée. J’avais réussi à me cacher et, pour ne pas entendre l’horreur qui se déroulait, j’ai chanté Quand on est amoureux en boucle dans ma tête. Cette chanson m’a aidé à traverser cette terrible épreuve. Je vais pousser un grand cri quand je sortirai dans la rue plus tard », a-t-elle ajouté. Cela a été un choc pour moi. Je me suis tout de suite dit qu’il fallait que j’aille au Rwanda.

Donc vous avez pu constater sur place que les gens connaissaient votre chanson ?

P.: La première personne que nous avons rencontrée s’appelait David. Je lui ai demandé s’il connaissait la chanson Quand on est amoureux, et il a dit : « Oui. Je pense que c’est un chanteur français qui l’a fait. Imaginé! J’ai commencé à le chanter, et il a commencé à chanter aussi. Quand je lui ai dit que j’en étais l’auteur, il tremblait !

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Nathalie et vous vous êtes mariés en 2017 et vous avez décidé de renouveler vos vœux là-bas…

P.: Oui, c’est une idée qui m’a traversé l’esprit sur le coup. Nous étions dans un véhicule lorsque j’ai proposé cela à Nathalie.

PAS.: Il l’a dit comme ça, et je peux vous dire que ce n’est pas tombé dans l’oreille d’un sourd ! Nous étions avec Marie-Josée, une amie rwandaise qui vit maintenant au Québec. Lorsqu’elle a entendu Patrick, elle a immédiatement adhéré au projet et en a pris les commandes. En secret, elle se chargeait de tout organiser. Elle a préparé les costumes, pour que tout soit parfait pour notre renouvellement de vœux. C’était tellement touchant ! J’ai pleuré… C’était une cérémonie très intime.

P.: J’ai demandé la main de Nathalie dans Jean-Pierre, qui jouait le rôle de son père. Aimé, qui me faisait office de père, lui a dit : « Ma fille avait son oreiller sur son lit, mais désormais, l’épaule de mon fils sera son oreiller. » C’était quelque chose comme ça. C’était très beau, je trouvais ça magnifique.

N. : Aucun membre de notre famille n’était avec nous, parce qu’au départ, nous n’allions pas au Rwanda pour ça. A la fin du mariage, la coutume veut que les femmes entourent la mariée et lui chantent une chanson rwandaise. C’était si beau! C’était un moment extraordinaire !

P. : On a l’impression qu’ils ne font pas ça pour se montrer. C’est vraiment plein d’amour.

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Diriez-vous que cette cérémonie a été encore plus émouvante que votre mariage aux Bahamas ?

PAS.: Nous avons été très émus lors de notre mariage – cela aura lieu il y a sept ans cet été – mais nous y avons vécu un moment très spécial.

P.: Cela nous a vraiment touché. Il y avait beaucoup de profondeur dans ce qui a été dit lors de la cérémonie.

PAS.: C’était le soir, il faisait beau, et ça se passait autour d’un feu. C’était tellement parfait ! Tu sais, encore aujourd’hui, il me demande en mariage tous les soirs. Lorsqu’il voit sur mon cadran qu’il est minuit, j’entends : « Nathalie… » Je sais qu’il va me le redemander. (Elle éclate de rire.)

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Éric Myre / TVA Publications

C’est beau de vous voir tous les deux si amoureux !

P.: Nous sommes dans la vérité. C’est inattendu pour moi. Nous sommes heureux et je n’ai jamais été aussi heureux de ma vie.

PAS.: C’est de plus en plus fort entre nous.

Parlez-nous de vos vêtements pour la cérémonie !

PAS.: Le mushanana est la tenue traditionnelle et se compose d’une jupe froncée au niveau des hanches, d’un bustier et d’une étole sur l’épaule. Je portais aussi un diadème. Les hommes portent aussi la jupe longue. C’est Marie-Josée qui nous a surpris : elle a choisi les couleurs. Et Patrick avait son collier… Ah ! comme il était beau !

Avez-vous échangé vos vœux ?

PAS.: Oui, mais nous n’avions rien préparé. C’était naturel. On a dit ce qui venait de notre cœur, et c’est ça qui était touchant. En fait, cela se passe entre les papas : l’un présente sa fille à l’autre papa, et ils échangent ensemble, avant d’échanger nos vœux.

P.: C’était une vraie fête. Ils ressentaient sincèrement la joie que nous ressentions, ils étaient heureux pour nous.

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Éric Myre / TVA Publications

Vous avez vécu de belles choses ensemble, mais il y a aussi eu des moments difficiles…

PAS.: Il y a des hauts et des bas, mais jamais dans notre relation. C’est toujours parfait. Mais dans la vie, dans notre famille, il y a des choses qui viennent nous chercher, et nous comptons les uns sur les autres.

P.: J’ai des problèmes de santé, notamment à une épaule. Je suis vieux : je suis un vieux salaud de 1946 ! (rires) Il faut changer les amortisseurs, la pompe à huile… J’aurai 78 ans en septembre.

Votre différence d’âge – Nathalie a 55 ans – et le temps qui passe vous inquiètent ou n’y attachez pas d’importance ?

P.: “Plus le temps passe, moins j’ai de temps pour pleurer.” Quand je chante les paroles de cette chanson, Moins j’ai de temps pour pleurer, si vous saviez comme c’est vrai ! Ce qu’il me reste est à moi, il m’appartient. Je ne m’inquiète pas du temps qui passe, même si je n’essaierai pas de persister en m’accrochant.

N. : On y pense encore, et ce n’est pas amusant.

P. : Je ne veux pas en arriver au point où je ne pourrai plus rien faire. Je pense que ma mère a probablement vécu deux ans de trop, mais c’était sa décision. C’était difficile pour moi de la voir dans ses dernières années. Mais je suis en bonne forme. Au Rwanda, j’ai escaladé une montagne : cela m’a pris une heure et demie, mais j’ai réussi !

>>>>L'artiste a été frappé par la beauté des paysages.
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L’artiste a été frappé par la beauté des paysages.

Avez-vous eu l’occasion de chanter souvent Quand on est amoureux là-bas?

P.: Oui. Nous y avons fait un spectacle et une émission de télévision. Je n’arrêtais pas de le chanter aux gens partout. Et partout, tout le monde chantait avec moi. Nous avons vraiment vécu des moments extraordinaires.

N. : C’était vraiment spécial de voir que tout le monde connaissait la chanson.

P. : Un jour, le procureur général a demandé à venir dîner avec nous. Il faisait répéter ses filles, âgées d’environ huit ans, et elles nous chantaient Quand on est amoureux! Si je n’étais pas allé au Rwanda, j’aurais raté tout cela.

Et vous étiez au Rwanda pour filmer une émission ?

P.: Oui, ça s’appelle Devoir de mémoire, un documentaire de 90 minutes. Nous y avons passé trois semaines pour le tournage de cette émission. Nous étions au pays de la bienveillance : ces gens sont tombés dans la résilience et le pardon, ils ont décidé d’arrêter cette folie. Quand les gens sortent de prison, il y a un village où ils peuvent aller demander pardon ; et le pardon leur est accordé. La femme qui l’a fondée s’occupait des enfants des génocidaires.

PAS.: On ne peut pas être plus résistant qu’elle : toute sa famille a été tuée, elle était la seule survivante.

P.: Peux-tu imaginer? C’est l’espoir de l’humanité !

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Éric Myre / TVA Publications

Le but du documentaire est de nous faire découvrir le pays aujourd’hui, 30 ans après le génocide ?

PAS.: Oui. Durant les deux premières semaines de tournage, c’était très difficile émotionnellement, car les gens nous racontaient leurs histoires du génocide. C’était vraiment bouleversant, au point que le soir, nous étions en train de dîner et nous n’arrêtions pas de pleurer. Nous sommes devenus très attachés à ces gens.

Cela dit, Patrick, avez-vous des concerts de prévus dans les prochains mois ?

P.: C’est ma tournée d’adieu. Le 31 décembre 2024, ce sera fini. Je vais redevenir Yvon Éthier. Les gens sont présents, les billets se vendent partout. Nous arrivons dans la salle et prenons des photos. C’est tellement amusant.

Vous n’allez pas arrêter toutes vos activités…

P.: Je veux repenser mon métier, me réorienter. Je n’abandonne pas, c’est juste que je n’ai plus envie de tourner : voyager est dur et prend beaucoup de temps. Je vois mon 80ème anniversaire approcher à grands pas. Je dois planifier mes affaires. J’ai besoin d’un plan B. Je vais y aller doucement et voyager plus souvent. J’aimerais quand même qu’il reste dans le monde, parce que je suis heureux de le faire.

Le documentaire Patrick Normand au Rwanda : Le devoir de mémoire sera présenté le 25 mai à 19 h, à Historia.

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