Décès de David Sanborn, l’inventeur du sax FM

Décès de David Sanborn, l’inventeur du sax FM
Décès de David Sanborn, l’inventeur du sax FM

Figure typique du smooth jazz des années 80, le saxophoniste américain a accompagné de nombreuses pop stars : James Brown, David Bowie, Aretha Franklin, Bruce Springsteen… Il est décédé le 12 mai, à l’âge de 78 ans.

Le saxophoniste David Sanborn au festival Jazz à Juan, à Antibes, le 18 juillet 2018. Photo Lantonin/Andia.fr

Par Louis-Julien Nicolaou

Publié le 14 mai 2024 à 11h25

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CONTRESans le savoir ou non, vous avez dû écouter David Sanborn un jour. Dans les années 70-80, à la radio, au supermarché, en discothèque ou au camping, dès qu’un solo de sax alto retentissait, c’était le sien. Musicien de studio, de ceux qu’on appelle le luxe, Sanborn a ainsi travaillé à définir le sax FM, autrefois considéré comme nuisible par les puristes du jazz et du rock, aujourd’hui assez largement réhabilité. Cependant, son champ d’action ne se limite pas à ce cadre « commercial » et s’étend du blues au free en passant par la fusion. C’est donc un grand homme qui est décédé le 12 mai dernier, à l’âge de 78 ans, des suites d’un cancer.

Né à Tampa (Floride) en 1945, David Sanborn débute sa carrière à l’adolescence, auprès du bluesman Albert King, puis rejoint Paul Butterfield dans son Blues Band, ce qui lui permet, un matin d’août 1969, de tester le fameux petit-déjeuner au LSD du groupe. Fête de Woodstock. De retour sur terre, il rejoint l’orchestre de Gil Evans et commence à hanter les studios, enregistrant pour Stevie Wonder (il participe à Livre parlant) et James Brown quant à Todd Rundgren et James Taylor. En lui proposant la présentation de son très cocaïnomane Jeunes AméricainsDavid Bowie soulage ses fans (il jouait lui-même très mal du saxophone) et lui permet d’imposer ce son un peu rauque et plein d’appels au plaisir partagé qui collera si étroitement aux années 80.

Pop stars et Grammy Awards

Entendre un solo de Sanborn vous transforme : instantanément, vous portez des lunettes noires et un mulet, vous portez des costumes en lin oversize comme Don Johnson et, mélancolique mais digne, vous scrutez l’horizon en pensant à cette belle surfeuse permanente, à peine aperçue entre deux vagues… C’est le journaliste qui s’y perd, pas Sanborn, qui ne cesse d’enrichir son carnet d’adresses, d’Elton John à Carly Simon, des Rolling Stones à Aretha Franklin, Bruce Springsteen, Ian Hunter, Paul Simon, Al Jarreau…

Sanborn n’était pas seulement une star anonyme du studio. Si ses premiers albums solo (Parler, David Sanborn), très bien produit, a développé un smooth jazz drapé de soie qui peut encore avoir ses séductions, ce qu’il a enregistré de 1980 à 1986 frise souvent l’impardonnable… mais lui offre les premières places des meilleurs charts jazz, quantité de disques d’or et, bien sûr, plusieurs Grammy Awards.

Le musicien ne néglige cependant pas l’occasion de se montrer plus ambitieux sur le plan artistique, notamment aux côtés des guitaristes John Scofield et Mike Stern. Dans les années 1990, il parvient même à une sorte d’équilibre entre jazz mature et soupe tiède, comme dans Une autre main, conçu avec d’immenses musiciens de jazz. Le temps lui avait-il donné raison ? Son inimitable sax avait embrassé avec bonheur les dernières évolutions de la fusion et lui, inépuisable, continuait de jouer avec autant d’envie et de puissance. Aux côtés de Maceo Parker, il restera sans aucun doute l’un des grands saxophonistes de l’histoire du funk. Et, pour toujours, le gars qui, le temps d’un solo, réalisera notre rêve : être Don Johnson.

 
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