L’orphelin de Duplessis qui a trouvé une famille

L’orphelin de Duplessis qui a trouvé une famille
L’orphelin de Duplessis qui a trouvé une famille

Rob, pour Robert.

On sait très peu de choses sur cet autre Robert Lowe, qui a grandi loin des projecteurs hollywoodiens, dans ce qu’on appelait à l’époque un asile. « Je suis né en 1952 de parents inconnus. C’est écrit sur papier que je suis né à Montréal, mais je ne le sais pas. J’ai été envoyé d’un côté à l’autre, mais je n’en ai pas conscience. Je n’avais ni famille, ni grand-père, ni grand-mère.

Puis, en 1958, il y avait une « grand-mère », dont il ne connaissait pas le nom, qui s’occupait de lui chez elle, qui lui enseignait à la maison. « J’ai compris plus tard que ce n’était pas normal », me raconte Robert à travers les écrans. « En novembre 1959, je l’ai retrouvée morte un matin dans son lit. La police est arrivée, c’était le chaos.

Et Robert, à sept ans, se retrouve à l’asile, une « vieille ferme » de Vaudreuil-Soulanges où étaient enfermées une centaine de personnes. « J’étais là, parmi les cris de tous ces gens. Il y avait une dame d’environ 40 ans, elle se promenait nue. Je suis allé courir, je suis allé me ​​cacher dans une pièce… »

Il devient orphelin de Duplessis. « Ils n’ont pas fait de tests à ce moment-là, c’est eux qui ont choisi le diagnostic. Pour moi, c’était une légère déficience. Il fallait avoir de l’argent fédéral, il fallait avoir de l’argent pour faire fonctionner ces endroits.

Il y reste un an jusqu’à ce que l’endroit soit inondé au printemps, après quoi il est envoyé dans un autre établissement de Laval, qui brûle quelques mois plus tard. Nous l’avons lancé dans un autre centre où il a pu séjourner cinq ans, puis, de nouveau, il a été catapulté à 14 ans à « Saint-André Est » où le directeur lui a imposé une discipline de fer. « Nous étions tous habillés en vert, c’était un système militaire, nous faisions percer, nous avons fait nos lits avec des coins carrés. Je fais toujours ça… »

Il y a eu beaucoup de violence, il a eu de la chance d’y échapper.

Quand Robert raconte ce qu’il a vécu, les souvenirs reviennent tellement ils sont nombreux. Il se souvient des noms de ceux qui ont croisé son chemin, ceux – plutôt ceux – qui lui ont tendu la main. Parmi le lot, « Miss Feiland » chez qui il a été placé en échange de travaux en tout genre. « On a parlé ensemble, elle a vu que je n’étais pas déficient. Elle m’a demandé ce que je voulais faire quand je serai grande, je ne savais pas. J’ai dit « je passe sûrement ma vie à l’intérieur, je ne vois rien d’autre… » C’est tout ce que je savais.

Mlle Feiland s’est adressée aux autorités pour signaler que Robert n’était pas à sa place, et la réponse a été rapide. « Le directeur général des huit pavillons du Québec m’a rencontré. Elle m’a dit “on t’a accueilli, on t’a récupéré et tu nous dénonces ?” Ils l’ont enfermé dans sa chambre pendant deux semaines, puis un jour ils lui ont ordonné de sortir par la porte du côté.

Miss Feiland l’attendait avec sa Bentley.

Gratuit pour la première fois

A 25 ans, Robert était libre pour la première fois de sa vie. Il trouve un emploi dans une « entreprise qui faisait des trophées », puis au restaurant Le Bordelais, « une institution » comme bricoleur. En 1978, un peu par hasard, je fais du bénévolat dans un camp d’été, puis dans un comptoir d’entraide à Lachute. « J’ai rencontré beaucoup de monde, je me suis senti accueilli. »

Mais plus que tout, « j’ai trouvé la famille que je n’avais jamais eue. Je sentais que j’avais ma place dans la société, j’avais toujours eu des doutes.

C’est énorme.

Il a travaillé à Bordeaux jusqu’à sa retraite en 2017, ce qui ne l’a pas empêché de continuer à faire du bénévolat comme bricoleur au camp d’été, également au Hay Boot, une maison de campagne collective de Dunham qui permet aux personnes qui n’en ont pas les moyens de prendre vacances.

À presque 72 ans, il est toujours bénévole « à temps plein » et il n’a pas l’intention de ralentir. « Ceux qui me demandent pourquoi je fais ça, je leur réponds que ça m’empêche de rester à la maison. Et puis je rencontre des gens, des amis. Je me sens utile à la société parmi les gens ordinaires. Je donne sans compter !

Il a reçu trois reconnaissances officielles pour son dévouement, la dernière en avril, le prix Hommagevolontaire-Québec.

Depuis 2010, il s’engage également auprès de l’organisation ATD Quart Monde, qui aide les plus démunis à sortir de la pauvreté matérielle, entre autres en organisant des « universités populaires » où « on partage nos savoirs ». Robert n’en manque pas un seul, et il est toujours prêt à partager ses expériences, ses expériences.

“Je suis fière de moi.”

Parce qu’il existe d’autres richesses que l’argent. « Je n’ai pas besoin de beaucoup d’équipement pour vivre. Je vis dans un petit appartement, je n’ai jamais eu de voiture. Ce que j’aime, c’est rencontrer des gens. Malgré tout ce qu’il a vécu, son bonheur est facile, contagieux. « Je dis toujours : « Il n’y a rien de trop beau », « La vie est belle » !

Je le dirais autrement, il sait en tirer la beauté.

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