aussitôt annoncé, aussitôt critiqué

Toute une panoplie de politiques étaient à Gatineau jeudi matin pour annoncer que le complexe de 600 lits sera érigé sur le terrain fédéral où est situé le Centre Asticou, sur le boulevard de la Cité-des-Jeunes, dans le secteur de Hull.

Un « point de service » est également prévu au centre-ville de Gatineau, dans l’immeuble de 11 étages du 70, rue Crémazie, « pour regrouper certaines activités cliniques à fort volume ».

Cette décision intervient près de deux ans jour pour jour après que le gouvernement a annoncé que l’hôpital serait situé dans le parc industriel Richelieu.

“Ce qui s’est passé? Eh bien, il se trouve qu’au cours des deux dernières années, nous avons malheureusement eu plusieurs surprises», a mentionné le ministre de la Santé, Christian Dubé.

Le terrain du parc industriel le long du boulevard de la Carrière présentait de nouveaux « défis », dont la présence excessive de biogaz. L’ampleur des dépollutions à réaliser et les dizaines d’expropriations qui auraient été nécessaires ont fait reculer le gouvernement, qui a décidé l’année dernière de se lancer dans des analyses complémentaires.

Le ministre provincial responsable de l’Infrastructure, Jonatan Julien, a pour sa part souligné que le coût des expropriations à cet endroit aurait « clairement » dépassé le milliard de dollars. La présence massive de gaz « mettait en danger la construction, même a postériori expropriations », a-t-il ajouté.

Le ministre responsable de l’Outaouais, Mathieu Lacombe, a soutenu qu’il était donc devenu « impossible » de construire le CHAU à cet endroit. Les avis de réservation seront également levés pour tous les terrains qui auraient pu être expropriés dans ce secteur.

Dans le cas du terrain du boulevard de la Technologie, dans les Hautes-Plaines, le site a été, entre autres, exclu en raison de problèmes de stabilité des sols et d’enjeux de protection de la faune et de la flore.

La Cité-des-Jeunes sera agrandie

Le ministre fédéral des Services publics et de l’Approvisionnement, Jean-Yves Duclos, a confirmé qu’« une entente de principe a été signée » pour céder une partie du terrain d’Asticou Centre. Tout sera fait à la juste valeur marchande, a-t-il déclaré.

Le ministre responsable de l’Infrastructure du Québec, Jonatan Julien, annonce le choix du site du futur hôpital de Gatineau.

Le gouvernement du Québec aura accès à un espace de quelque 173 000 mètres carrés pour le CHAU. La Commission de la capitale nationale (CCN) héritera d’une bande de 92 000 mètres carrés dans la partie sud du terrain. Cette portion du site pourrait ainsi être « renaturalisée et préservée », a précisé M. Duclos.

Le terrain actuel, y compris la partie qui ira à la CCN, a une valeur foncière de 80 millions de dollars.

Le Centre Le gouvernement fédéral cédera – à la juste valeur marchande – une partie du terrain du Centre Asticou. (Simon Séguin-Bertrand/Archives Le Droit)

Différents points d’accès sont prévus pour le CHAU, mais ils mèneront tous au boulevard de la Cité-des-Jeunes. L’artère devra donc être élargie pour permettre l’afflux des quelque 5 000 travailleurs et des milliers de patients qui s’y rendront quotidiennement. L’accessibilité est également l’enjeu le plus important ressortant des analyses réalisées par la Société québécoise des infrastructures (SQI).

Le vice-président aux projets ouest de la SQI, Dominic Lemarquis, a souligné qu’il existe déjà, ailleurs dans la province, des centres hospitaliers avec une seule voie d’accès. « L’idée, pour nous, sera d’optimiser les configurations pour accéder [au site]”, il expliqua.

D’autres portions du réseau routier environnant devront donc être aménagées en conséquence. Toutefois, le gouvernement n’aura aucune possibilité de toucher au parc de la Gatineau.

« Un mauvais choix »

Avant même le début de la conférence de presse gouvernementale, la Coalition pour un centre hospitalier accessible et durable en Outaouais (CCHADO) émettait de sérieuses réserves quant au choix du site d’Asticou.

« Au cours de deux réunions tenues [mercredi] avec le gouvernement pour entendre les explications sur le choix du site d’Asticou, on arrive à la conclusion que tout le processus l’a amené à faire un mauvais choix et à trouver des excuses pour aller à l’encontre de ses propres orientations [en matière d’aménagement, de mobilité et de santé]», a indiqué le CCHADO dans un communiqué.

Le ministre responsable de l’Outaouais, Mathieu Lacombe, a parlé d’« un excellent chantier de compromis ». Il a tenu à préciser que même si le site Asticou ne fait pas l’unanimité au sein de la société civile, il existe néanmoins un « consensus » autour de ce choix.

La nouvelle mairesse de Gatineau, Maude Marquis-Bissonnette, ne voit pas les choses de la même façon.

«Je pense que dire qu’il y a un consensus sur Asticou est au-dessus de la réalité», a-t-elle réagi. La réalité est qu’il existe un consensus beaucoup plus large en faveur d’un site central. Le conseil municipal est largement d’accord, il y a aussi beaucoup de groupes de la société civile, des citoyens qui souhaitent pouvoir accéder facilement à cet hôpital, qui souhaitent que ce soit cohérent avec notre aménagement du territoire. Cela aurait été gagnant-gagnant.

Malgré les critiques, le ministre Jonatan Julien a insisté sur le fait que le terrain du Centre Asticou est « de loin le meilleur site ».

« Proposer un projet comme celui-ci et espérer l’unanimité, c’est rêver en couleurs », a soutenu M. Lacombe.

Le ministre provincial responsable de l’Infrastructure, Jonatan Julien (Simon Séguin-Bertrand/Le Droit)

Quelques minutes avant l’annonce, le député libéral de Pontiac, André Fortin, souhaitait voir le ministre Christian Dubé mettre en place de nouvelles mesures pour soutenir le réseau de santé de l’Outaouais à très court terme.

« L’enjeu principal n’est même plus le site de l’hôpital, c’est « qu’allons-nous faire pour améliorer les soins de santé en Outaouais d’ici la construction de l’hôpital ? ?? Cet été, il y a des gens qui ne subissent pas d’opération contre le cancer.

Le ministre Dubé n’avait toutefois pas de nouvelles annonces à faire pour répondre à la crise qui frappe le réseau régional. Il a toutefois rappelé qu’une première cohorte d’équipes volantes promise pour l’Outaouais, l’Abitibi-Témiscamingue et la Côte-Nord sera déployée dans la dernière semaine de juin.

Chronologie

Le plan de match actuel de la SQI prévoit que la construction du CHAU sera lancée à la fin de 2026. Alors que le gouvernement parlait auparavant d’une ouverture entre 2030 et 2032, l’échéancier de la SQI parle désormais de 2034.

Le gouvernement estime cependant qu’il sera possible de rapprocher la date d’arrivée des premiers patients. Le ministre de la Santé, Christian Dubé, juge que 2034 est « trop loin ». Il garde donc le cap sur 2032 et cite l’exemple de l’hôpital de 404 lits en construction à Vaudreuil-Soulanges pour dire que c’est possible.

Budget indéterminé

Le gouvernement du Québec s’est toujours limité à parler d’un budget de 2,5 milliards de dollars pour le CHAU de l’Outaouais. L’ancien président-directeur général par intérim du CISSSO, Yves St-Onge, affirmait toutefois l’automne dernier que la facture serait plus proche des « quatre milliards quelque chose ».

Le ministre Lacombe n’a toutefois pas souhaité donner de montant jeudi. “Donner des chiffres augmente toujours la facture”, dit-il. […] Le chiffre réel sera celui qui sera approuvé par le Conseil des ministres lorsque nous aurons approuvé le dossier commercial.

Services en centre-ville

Même s’il n’accueillera pas le complexe hospitalier de 600 lits, le centre-ville de Gatineau offrira quand même certains services de santé dans le cadre du projet CHAU. Le gouvernement a pris la promesse d’acheter l’immeuble du 70, rue Crémazie, qui appartient aux groupes Heafey et Multivesco.

La promesse d’achat vise le 70, rue Crémazie, dans le secteur Hull. (Simon Séguin-Bertrand/Le Droit)

Situé à proximité du corridor du Rapibus, ce bâtiment servira principalement de « centre ambulatoire », a indiqué le président-directeur général du Centre intégré de santé et de services sociaux de l’Outaouais (CISSSO), le Dr Marc Bilodeau.

Des activités de prélèvement, de vaccination et de dépistage devraient y être menées, tandis que le nouveau laboratoire régional y sera installé. Il est également possible que des examens préopératoires y soient effectués.

Le CISSSO devrait prendre possession du bâtiment – ​​dont l’évaluation foncière s’élève à 67 millions de dollars – l’année prochaine, afin que les premiers patients puissent y être accueillis en 2026.

Dr Bilodeau précise qu’au départ, seuls les deux premiers étages seront disponibles pour le CISSSO ; les autres seront ajoutés à mesure que les baux en cours expireront.

Selon le plan clinique du CISSSO, le nouvel hôpital devrait comprendre :

  • 348 lits médicalisés
  • 173 lits chirurgicaux
  • 32 lits TARP (travail-accouchement-récupération-post-partum)
  • 25 lits pédiatriques
  • 22 lits de santé mentale
  • 16 berceaux néonatals (exclus du total des lits)
  • 67 civières en urgence

L’ouverture du CHAU aura inévitablement un impact sur le rôle des hôpitaux existants. Le nouvel hôpital comptera 600 lits, mais le gain net sera de 240 lits pour la région.

 
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