le Sénat divisé adopte ce projet de loi critiqué

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BERTRAND GUAY / AFP Le Sénat, ici le 2 avril 2024, a voté le 28 mai 2024 la proposition de loi sur la transidentité des mineurs.

BERTRAND GUAY / AFP

Le Sénat, ici le 2 avril 2024, a voté le 28 mai 2024 la proposition de loi sur la transidentité des mineurs.

POLITIQUE – « Offensive transphobe » Ou « loi protectrice des mineurs » ? Le Sénat a adopté ce mardi 28 mai un texte visant à encadrer les transitions de genre avant 18 ans, une initiative républicaine farouchement condamnée par la gauche et les associations, et finalement désapprouvée par le gouvernement malgré une certaine hésitation.

Le projet de loi de la sénatrice LR Jacqueline Eustache-Brinio, adopté par 180 voix contre 136, prévoit notamment l’interdiction des traitements hormonaux pour les mineurs et le contrôle strict des prescriptions de médicaments. « bloqueurs de puberté »ces molécules qui permettent de suspendre le développement de caractères sexuels secondaires (poitrine, voix, cheveux) relatifs au genre auquel l’enfant ne s’identifie pas.

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L’objectif? «Empêcher les mineurs s’interrogeant sur leur genre de regretter des traitements médicaux ou une opération de changement de sexe suite à un diagnostic erroné»a déclaré l’auteur du texte, suscitant des protestations de la gauche. “Le vrai problème que vous avez, c’est que les personnes trans existent et que vous ne pouvez rien faire pour arrêter cela”a rétorqué l’écologiste Mélanie Vogel.

Le texte a été adopté grâce aux votes quasi unanimes de l’alliance LR-centriste, majoritaire au Sénat. La gauche et le groupe macroniste s’y sont opposés, tandis que le groupe indépendantiste majoritaire Horizons n’a pas participé au vote. Il a désormais été transmis à l’Assemblée nationale, mais rien ne garantit pour l’instant qu’il y sera examiné.

Le flou du gouvernement

Les débats ont été l’occasion pour le gouvernement de clarifier sa position, alors que le flou régnait jusqu’en fin de soirée sur ses intentions précises. Mais le ministre de la Santé, Frédéric Valletoux, après avoir écouté toutes les formations politiques, a finalement rejeté d’emblée l’initiative, dénonçant « une approche totalement dogmatique et subjective, où les arguments médicaux et scientifiques ont peu d’importance ».

Plus tôt dans la journée, plusieurs sources parlementaires avaient été prévenues par l’exécutif d’un avis gouvernemental appelé “de sagesse”, ni favorable ni défavorable, qui avait irrité jusque au sein du camp présidentiel. Plusieurs parlementaires de la Renaissance avaient en effet cosigné une tribune dans le Nouvel Observatoire dénonçant un «offensive transphobe».

Face aux critiques, le président des sénateurs LR Bruno Retailleau est monté au créneau dans l’hémicycle : « Il n’y a pas d’un côté le camp du bien et de l’autre le camp du mal. Il n’y a pas d’un côté des transphobes et de l’autre des gens dotés d’une totale humanité. Ce genre de déclaration est une insulte »dit-il en brandissant le « devoir de précaution et de prudence » envers les mineurs.

Hormones croisées, bloqueurs de puberté…

La version du texte soumise au vote du Sénat prévoit de permettre la prescription d’inhibiteurs de puberté aux mineurs mais dans un cadre précis, « centres de référence pluridisciplinaires » et seulement après un suivi médical d’au moins deux ans.

La prescription d’hormones croisées aux mineurs serait en revanche interdite, tout comme la production d’hormones croisées. « chirurgies de réaffectation ». Avec une peine pouvant aller jusqu’à deux ans d’emprisonnement et 30 000 euros d’amende pour les médecins qui contreviendraient à ces règles. « Un précédent inquiétant »selon Frédéric Valletoux.

Des associations de défense des droits LGBT+ et de nombreux sénateurs ont également critiqué l’inclusion dans ce texte d’un article consacré à la mise en place d’une stratégie nationale en matière de pédopsychiatrie. « Incongruence de genre »c’est-à-dire le sentiment d’inadéquation entre le genre ressenti et celui de naissance, a pourtant été exclu de la catégorie des troubles mentaux par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) en 2018.

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