comment 28 millions d’euros suspects ont récemment atterri en Belgique

comment 28 millions d’euros suspects ont récemment atterri en Belgique
comment 28 millions d’euros suspects ont récemment atterri en Belgique
« L’arnaque au carbone », une arnaque monumentale et sanglante qui a coûté 1,6 milliard d’euros à la France

Derrière le compte crédité, on retrouve une certaine Anastasiya Abramova, la manager officielle d’Union Offshore. Cette Ukrainienne de 40 ans est l’épouse du ressortissant iranien Hedayatollah Bakhtari Musa (45 ans). La suite de l’histoire peut paraître tout droit sortie d’un roman d’espionnage de la saga SAS. Nous avons cependant pu le croiser avec plusieurs sources. Le mari d’Anastasiya Abramova est le frère et associé de Rahmatollah Bakhtari Musa (61 ans). Tous deux administrent secrètement un réseau labyrinthique d’entreprises dispersées à travers le monde et impliquées dans des activités financières illicites à grande échelle, ce qui fait l’objet d’enquêtes, notamment aux États-Unis.

Et ce n’est pas nouveau puisque déjà en 2011, les autorités américaines les avaient poursuivis en justice pour commerce illégal de pétrole iranien en violation de l’embargo. C’est Royal Oyster Group, l’un des principaux satellites de leur nébuleuse économique, qui se retrouve alors épinglé par l’OFAC (Office of Foreign Assets Control), l’organisme de contrôle des actifs financiers étrangers, dépendant du département du Trésor américain.

Femme de paille

Désormais, pour limiter leur exposition et occulter leur activité tentaculaire, les frères Bakhtari ne se contentent pas de jongler avec les passeports et de multiplier les lieux de résidence sur plusieurs continents, ils s’abritent aussi derrière Anastasiya Abramova, leur « femme de paille ». Union Offshore, quant à elle, fait partie de leur panoplie de sociétés écrans.

Derrière le compte bancaire belge crédité, on retrouve une certaine Anastasiya Abramova, une Ukrainienne de 40 ans et manager officiel d’Union Offshore. ©DR

Mais ce n’est pas tout. Les Bakhtari sont en affaires depuis 2015 avec un bon couple : les Korotaev, père et fils. Le premier, la soixantaine, est un ancien général du SVR, le service de renseignement extérieur russe. Connu pour être proche du Kremlin et de certains oligarques, bien implantés dans l’espace francophone, il s’est notamment lancé dans le sulfureux commerce d’armes en Afrique. Le second, nommé Aleksei, 38 ans, est un financier russo-suisse. Tous deux sont entrés dans le radar de plusieurs services d’enquête internationaux. Depuis juillet 2022 et l’émission d’une notice rouge d’Interpol, Aleksei Korotaev fait également l’objet d’un mandat d’arrêt international émis par les autorités judiciaires suisses, pour « escroquerie aggravée, blanchiment d’argent et abus de confiance ». Ceci dans le contexte d’une vaste affaire dans laquelle le père et le fils Korotaev sont cités, qui nous ramène à la Belgique : les « Dubai Papers ».

61 Belges arrêtés par le fisc

Les « Dubai Papers », c’est l’histoire d’une gigantesque fuite de documents internes chez Helin International FZE, société de gestion d’actifs cofondée par le prince belge Henri de Croÿ et installée dans l’un des trous noirs de la finance mondiale : l’émirat de Ras Al Khaimah. Les pièces du dossier, révélées en Belgique par Paris-Match à partir de 2019, ainsi que les éléments d’enquête qui abondent, révèlent le fonctionnement d’un vaste réseau d’évasion fiscale, de fraude et de blanchiment d’argent, grâce auquel la fortune de centaines de clients a échappé au fisc. Parmi ceux-ci, outre des oligarques, des criminels russes et quelques célébrités, on croise principalement des chefs d’entreprise, de riches héritiers et détenteurs de gros patrimoines, dont soixante et un Belges.

Ces derniers ont depuis été rattrapés par l’administration fiscale, selon laquelle 41 millions d’euros éludés auraient été récupérés à ce jour. C’est grâce à l’information judiciaire ouverte en septembre 2019 par le parquet fédéral, qui a mis l’affaire en examen, un an et demi plus tard, devant la juge Laurence Heusghem. Hors de Belgique, des enquêtes distinctes sont également menées en France et en Suisse. Pourtant, jusqu’à aujourd’hui, le prince de Croÿ profite tranquillement de son exil doré sur la côte caraïbe colombienne où il a investi dans des hôtels de luxe. Il a bien sûr été interrogé à Bruxelles au printemps 2023, en présence des enquêteurs français de Paris, mais celui que tout le monde désigne comme le cerveau de la fraude s’en est sorti libre. Pour autant, est-il mis en examen ? Des poursuites ont-elles été engagées contre ses complices présumés (associés, dirigeants de fait d’Helin, apporteurs d’affaires, intermédiaires fiscaux, etc.) ? Le parquet fédéral n’a pas souhaité répondre à nos questions. Quant au principal concerné, il a toujours déclaré ne pratiquer qu’une optimisation fiscale légale.

Rideaux de fumée

Alors, que font les Korotaev et d’autres dans les « Dubai Papers » ? Pour comprendre, il faut remonter à 2014, quand Aleksei Korotaev a quitté son poste au desk Russie du département « Private Banking » d’Emirates NBD. Quelque temps plus tard, début 2015, il crée, à Maurice, la société Private Kapital Partners Asset Management Ltd (PKP), ainsi qu’une filiale dans la zone franche de Dubaï où il est domicilié, PKP Consulting.

Dubai Papers : Les dessous de l’arnaque fiscale belge, la suite de l’enquête

A cette époque, l’homme d’affaires russo-suisse comptait parmi ses connaissances un certain Bernard Ouazan. Français, ancien compagnon de voyage d’Henri de Croÿ, l’homme dirige ensuite les affaires d’Helin International aux Emirats. A la recherche de circuits financiers opaques, Ouazan a conclu un accord avec Korotaev au terme duquel Helin et PKP ont uni leurs forces, dans le but de créer un fonds commun de placement qui s’est concrétisé en 2016. Helin transférera une partie des actifs de ses clients pour un montant montant de 65 à 80 millions d’euros selon les sources. Techniquement, ces actifs étaient gérés par ADS Securities (ADSS) et détenus à la Abu Dhabi Commercial Bank. Une façon d’additionner les rideaux de fumée.

En guise d’échange de bonnes pratiques et selon des documents extraits des « Dubai Papers » de mars et juin 2015 dont nous disposons, Helin International propose de mettre à disposition du Père Korotaev, dans le cadre d’importants contrats d’équipements militaires qu’il aurait négociés à cette date avec l’Egypte et l’Algérie, huit comptes offshore émiratis destinés à ventiler les commissions cachées versées aux intermédiaires. Sans compter des structures financières discrètes réservées à l’usage propre de l’ancien haut gradé du SVR.

80 millions d’euros disparus

Après, les choses vont vite se dégrader. À partir de 2016, Aleksei Korotaev a commencé à détourner des sommes prélevées sur le capital que lui avait confié Helin. Pour un montant de 18 millions d’euros en quelques mois seulement, qu’il réinjectera en partie dans le club de football néerlandais Roda dont il est alors copropriétaire et où il embauchera l’ancien international comme consultant français. Nicolas Anelka. Les plaignants l’ont découvert et ont intenté une action en justice à Dubaï après l’échec des tentatives de conciliation et surtout l’émission d’un faux chèque qui devait rembourser la somme volée. En février 2017, Aleksei Korotaev a été arrêté à l’aéroport de Dubaï. Condamné à trois ans de prison pour son chèque sans provision, il a finalement été libéré au bout de sept mois.

Il n’en reste pas moins que les clients d’Helin détenant les 18 millions d’actifs ne les ont jamais revus. Nous ne savons pas si des Belges sont concernés. Mais les Suisses le sont. Suisse où Korotaev dispose d’un passeport valable jusqu’en février 2025, c’est pourquoi les autorités fédérales ont émis un mandat d’arrêt contre lui. Arrêté à Moscou en avril dernier, il a été libéré trois jours plus tard. Avoir comme père une personnalité des services de renseignement aurait sans doute pu être utile.

En tout cas, certaines sources font désormais état non seulement de la disparition des 18 millions détournés, mais aussi de la totalité des fonds d’Helin (80 millions) bloqués un temps par la justice émiratie. L’ADSS, qui le gérait à Abu Dhabi, n’a pas répondu à nos sollicitations. En outre, sur la base d’informations provenant de médias d’investigation en ligne Renseignement Afrique et d’après les éléments qui seraient recueillis par la procureure suisse chargée de l’enquête, Maria Vinogradova, il apparaît qu’Aleksei Korotaev et Anastasiya Abramova (en couple depuis 2016) auraient, en réalité, secrètement accepté de s’emparer du pactole d’Helin.

Ont-ils finalement réussi ? Les 28 millions d’euros transférés en début d’année par ADS Securities sur le compte d’Anastasiya Abramova Belgian Union Offshore Ltd proviennent-ils d’argent volé aux clients du prince de Croÿ ? Et dans ce cas, pourquoi les débarquer en Belgique ? Ces questions restent pour l’instant sans réponse et les protagonistes de cette intrigue financière n’ont pas souhaité réagir.

 
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