Macron en route pour Nouméa, où le retour au calme est fragile

Macron en route pour Nouméa, où le retour au calme est fragile
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Keystone-SDA

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22 mai 2024 – 00:51

(Keystone-ATS) Emmanuel Macron s’est envolé mardi soir pour la Nouvelle-Calédonie. L’objectif est de renouer le dialogue entre loyalistes et séparatistes et d’accélérer le retour à l’ordre après plus d’une semaine d’émeutes provoquées par l’adoption d’une réforme électorale contestée.

La visite surprise du chef de l’Etat français a été annoncée en Conseil des ministres, alors que les demandes de report du projet de loi constitutionnelle de son gouvernement, rejeté par les indépendantistes, se multiplient.

Emmanuel Macron, qui a décollé en début de soirée selon l’Elysée, doit arriver jeudi matin (heure locale) sur le territoire français du Pacifique Sud pour y installer une “mission”, a précisé la porte-parole du gouvernement Prisca Thévenot, sans en détailler la composition. ou des objectifs.

L’ancien Premier ministre Edouard Philippe espérait du chef de l’Etat des “annonces (…) à la mesure de la situation”.

« La situation est terriblement triste et dangereuse. La France, qui entretient un rapport compliqué avec son histoire coloniale, a une possibilité de trouver une solution originale, même si c’est plus difficile qu’il y a trois mois », a ajouté l’ancien chef du gouvernement d’Emmanuel. Macron lors d’une réunion publique à Bayonne (Pyrénées-Atlantiques).

Sur le Caillou, huit jours après le début des violences, les plus graves depuis près de quarante ans dans l’archipel, qui ont fait six morts, le fragile retour au calme se poursuit “sur l’ensemble du territoire”, a assuré mardi matin le représentant de l’Etat sur site, Louis Le Franc.

Plus de renforts

Le Haut-Commissaire de la République a toutefois annoncé l’envoi de troupes supplémentaires pour apaiser les violences qui secouent l’archipel.

Toujours sous couvre-feu nocturne, Nouméa continue d’être le théâtre d’affrontements localisés et les barrages routiers se sont même élargis ou reconstitués par endroits dans la nuit, a constaté un journaliste de l’AFP.

“La situation s’améliore, la police fait son travail”, a assuré sur BFMTV Vaimu’a Muliava, membre du gouvernement de Nouvelle-Calédonie, précisant que le territoire était “drapé de drapeaux blancs” brandis par des habitants désireux de retrouver la paix civile. .

Au cours des dernières vingt-quatre heures, les gendarmes affirment avoir repris possession d’une « trentaine » de barrages routiers, a indiqué à l’AFP une Source gendarmerie.

Six personnes ont été tuées depuis le début des violences. Parmi les morts figurent deux gendarmes mobiles dont les restes ont été rapatriés en France par avion militaire lundi.

Depuis le début des émeutes le 13 mai, 84 policiers et gendarmes ont été blessés, a déclaré mardi le ministre de l’Intérieur et des Affaires étrangères Gérald Darmanin aux députés, qui ont observé mardi une minute de silence en hommage aux morts.

A l’issue du troisième Conseil de défense organisé en moins d’une semaine lundi soir, M. Macron a salué de « nets progrès » en matière de sécurité.

Touristes évacués

La police a procédé à 276 interpellations, dont 248 ont donné lieu à une garde à vue, a précisé M. Darmanin.

Signe de la difficulté à maîtriser la situation sécuritaire, l’aéroport international de l’archipel a annoncé qu’il resterait fermé aux vols commerciaux jusqu’à samedi matin.

L’Australie et la Nouvelle-Zélande ont annoncé ce matin l’envoi de plusieurs vols pour rapatrier leurs ressortissants bloqués. Le premier avion évacuant les touristes australiens coincés dans les émeutes a atterri mardi à Brisbane (est).

Mardi matin, sur la voie express entre Nouméa et l’aéroport de La Tontounta, l’entrepôt d’une entreprise de fournitures de bureau était en feu, dégageant une épaisse fumée noire. Deux carcasses entassées formaient une barrière à 200 mètres, des jeunes hommes cagoulés filtrant le passage des voitures.

Environ 400 commerces et commerces ont subi des dégâts à Nouméa et dans les communes voisines depuis le début des émeutes, a annoncé mardi le procureur de la République de Nouméa.

Aux barrages, la mobilisation ne semble pas toujours faiblir malgré le déploiement massif des forces de sécurité intérieure, qui dépassent désormais les 2 700 personnes.

« Nous n’abandonnons pas ! Nous n’abandonnons pas jusqu’à ce qu’ils suppriment le texte (…). Même s’il faut mourir, nous resterons là aux barrages», assure à l’AFP Simon, livreur de 34 ans qui garde un barrage dans le quartier de Montravel, fief séparatiste.

« Erreur très grave »

A Dumbéa, ville importante de l’agglomération, c’est le centre culturel qui a été saccagé. “Les jeunes voulaient tout brûler, nous avons réussi à les arrêter”, a assuré à l’AFP un militant du centre, sous couvert d’anonymat.

Les mesures exceptionnelles de l’état d’urgence sont maintenues, à savoir le couvre-feu nocturne, l’interdiction des rassemblements, du transport d’armes et de la vente d’alcool et l’interdiction de l’application TikTok.

Demandé par les défenseurs des libertés, le Conseil d’Etat a accordé mardi vingt-quatre heures supplémentaires au gouvernement pour justifier le blocage du réseau social et apporter la preuve du rôle que lui attribuent les autorités dans les émeutes.

Sur le plan politique, les principales figures non indépendantistes de l’archipel ont appelé mardi à poursuivre l’examen de la réforme constitutionnelle contestée, qui doit être adoptée avant fin juin.

Son retrait serait « une erreur très grave » qui « donnerait raison aux voyous, aux pilleurs et aux émeutiers », a affirmé le député Renaissance de Nouvelle-Calédonie Nicolas Metzdorf.

M. Muliava, issu de la communauté wallisienne, troisième en importance après les Kanaks et les Européens, a en revanche appelé à “arrêter la ruée folle sur cette loi”. “Nous n’allons pas continuer à nous entre-tuer.”

Les appels se sont multipliés, de la gauche à l’extrême droite, en passant par la majorité et même le maire loyaliste de Nouméa, pour exiger un report de cette réforme qui aurait pour conséquence de marginaliser les voix de la communauté indigène kanak, selon les indépendantistes.

 
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