Faire caca dans un buisson à Lausanne ? « Diarrhée du coureur »

La plupart des coureurs connaissent cette envie à mi-course : « la diarrhée du coureur ».Getty/Watson

C’est un sentiment familier à de nombreux coureurs : l’envie irrépressible, brutale et difficile à contenir de déféquer en pleine course. Explications sur un phénomène aussi mortifiant que tabou, et quelques conseils pour éviter… le pire.

6h30 du matin Le réveil sonne. Un dernier bâillement, un café, un petit pipi et c’est parti. Toujours le même rituel. Enfilez votre short, vos AirPods, vos baskets, attachez vos lacets. Se précipiter. Avenue de Beaulieu, Pont Chauderon, Avenue Marc Dufour. Le jour se lève, les compteurs se succèdent, les muscles se réveillent, la respiration est régulière. La fatigue cède la place au confort de l’habitude. Tout va bien. Encore un ou deux kilomètres avant que l’extase ne soit totale, avec un lever de soleil sur les Alpes et une dose d’endorphine. Et maintenant, au moment où nous atteignons les rives du lac Léman… C’est ici. Cette sensation familière, venue du plus profond des viscères. Impossible à contenir.

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Le calcul est vite fait. Il ne sera pas physiquement possible d’accéder aux toilettes publiques de Vidy, situées à 700 mètres. Nous viserons le premier buisson à portée de basket-ball. Je prie pour que Chantal ou Bernard ne promènent pas Caramel, leur innocent golden retriever. Baisse son short. Libérez les chiens. Soupir. Reprendre la route, vaguement coupable, priant pour que Dieu seul soit témoin de cet incident.

Un phénomène pas si rare

Si vous avez déjà dû arrêter brusquement votre course pour trouver les toilettes, le buisson ou la voiture les plus proches, bienvenue au club. Vous faites partie des quelque 62% de coureurs de fond qui ont reconnu avoir stoppé brusquement leurs efforts, sous la violente crise de diarrhée.

Lors d’un marathon, il y a plus de 54 % de cas d’« urgences fécales ».

Et on ne parle même pas de toutes les personnes impuissantes qui y ont déféqué. Et ont enfoncé cette expérience douloureuse dans les profondeurs inexplorées de leur mémoire. (Si cela vous rassure, Wikipédia a répertorié tout un tas de cas emblématiques. Pour n’en citer qu’un, ses crottes improvisées sur le bord de la route n’ont pas empêché Paula Radcliffe de remporter le marathon de Londres en 2005. La faute, selon elle, c’est un excès de pâtes et de saumon grillé la veille.)

Cette pause forcée n’a pas empêché la championne de courir son marathon en 2h17 et de remporter la course.

Ce malheureux phénomène porte un nom : « la diarrhée du coureur ». Un nom clair, pour ne pas dire poétique, qui décrit bien cette sensation apparemment venue de nulle part, sans signe avant-coureur et à mi-chemin. Surtout dans les endroits les plus improbables. Pour ne citer que des expériences personnelles : en pleine forêt, dans un champ, sur les quais du port de Vidy, ou en centre-ville de Bienne (un souvenir particulièrement douloureux, celui-là).

Aux origines du mal

Les causes de la très redoutée diarrhée du coureur sont diverses et varient d’un coureur à l’autre. Cependant, la plupart des études s’accordent sur trois raisons principales : physiologique, mécanique et nutritionnel.

Lors d’un effort physique intense la course à pied, une grande partie de notre sang est redirigée vers les muscles, afin de leur apporter un maximum d’oxygène. Le flux sanguin fourni au système digestif est réduit. Ajoutez à ce ralentissement la déshydratation due à l’exercice, et vous obtenez fréquemment des problèmes gastro-intestinaux : 30 à 90 % des coureurs en ont souffert au moins une fois.

Aux Jeux olympiques de Rio en 2016, le Français Yohann Diniz a souffert de terribles problèmes intestinaux qui ont ruiné sa course.

Aux Jeux olympiques de Rio en 2016, le Français Yohann Diniz a souffert de terribles problèmes intestinaux qui ont ruiné sa course.

À ce phénomène physiologique s’ajoute un facteur mécanique : il ne vous a pas échappé que la course à pied est un sport à fort impact. A chaque foulée, le corps absorbe un impact équivalent à trois fois son poids. Les ondes de choc répétées, provoquées par le martèlement des pieds contre le sol, peuvent stimuler le côlon et accélérer le transit intestinal. Tu connais la suite.

Ce que l’on met dans notre bouche a aussi évidemment une influence sur ce qui sort de l’autre côté. Consommer des ingrédients trop riches en fibres, glucides, graisses ou caféine, comme les fameux gels énergétiques ou les boissons isotoniques (bien que précieuses lors de longues sorties) peut provoquer des maux de ventre et des diarrhées. Ajoutez à cela le stress et l’excitation avant une compétition, la production d’endorphines pendant la course et leur effet relaxant… Et ce sont autant de raisons qui stimulent les grosses commissions.

Malgré ces explications, n’oubliez pas : si la diarrhée du coureur sabote la plupart de vos courses, survient beaucoup plus souvent que d’habitude ou si vous remarquez des changements inhabituels dans vos selles, ne vous enfouissez pas la tête dans le sable : consultez immédiatement un médecin.

Éviter les crottes mortifiantes

Et pour les cas « légers », bonne nouvelle ! Même si les caca mortifiantes à mi-parcours semblent inévitables, vous pouvez limiter les risques. Comme le dit le proverbe, mieux vaut prévenir que guérir. Pour s’épargner des problèmes digestifs, des ballonnements et autres inconforts, la plupart des experts suggèrentattendez une heure ou deux, voire trois, après votre dernier repas ou collation.

Les « aliments déclencheurs » doivent être évités six heures avant une course. Cependant, si vous avez du mal à fonctionner sans votre première dose de café matinale, prévoyez suffisamment de temps entre votre expresso et votre course. Avec, idéalement, une visite des bureaux avant de partir. Une motivation supplémentaire ? Perdre du poids juste avant une course pourrait booster vos performances. Selon une étude taïwanaise de 2022, la défécation aurait des effets remarquables sur les capacités des athlètes.

Enfin, pour plus de tranquillité d’esprit, vous pouvez envisager de planifier vos itinéraires de course en conséquence, avec des toilettes publiques le long du chemin.

Enfin, si malgré toutes ces précautions, vous en ressentez l’envie en chemin… Arrêt. “Cela permet de garder plus de contrôle qu’en continuant à courir”, explique la gastro-entérologue Amy S. Oxentenko au média spécialisé. Soi. Une fois que vous avez ralenti, il ne vous reste plus qu’à localiser les toilettes les plus proches. Ou, dans le pire des cas, un endroit discret pour faire vos affaires.

 
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