Histoire intime pour un Soudan électrique

Histoire intime pour un Soudan électrique
Histoire intime pour un Soudan électrique

Une scène de « Goodbye Julia » du réalisateur soudanais Mohamed Kordofani

Présenté en avant-première samedi dernier, « Goodbye Julia » est désormais sur nos écrans, une première œuvre, un coup de maître pour un film à la fois utile, mais aussi beau et bien réalisé.

Consumée par la culpabilité, après avoir été la cause de l’assassinat d’un Sud-Soudanais, Mona tente de se racheter, en accueillant chez elle, comme employée de maison, Julia, la veuve du défunt et son petit garçon. A partir d’un simple synopsis, Mohamed Kordofani tisse une histoire bien menée sur fond de question soudanaise, l’une des guerres oubliées du XXIe siècle. « Goodbye Julia » est un film qui séduit à plus d’un titre, déjà, la rareté des films soudanais crée des attentes particulières, la trame de fond, une période avant la fracture entre le nord et le sud, nous prépare à un film qui doit créer le équilibre entre le récit historique et celui de l’histoire racontée. Entre l’histoire d’un pays et celle de ces deux femmes que tout sépare et qui se retrouvent autour de la mort d’un homme, une esthétique se met en place, un jeu d’acteurs se dessine entre clair-obscur, et un scénario qui se niche, dans les détails. , les éléments de l’écriture. Beau, fluide, esthétisant par moments, sans excès et utile pour lever le voile sur une partie de l’histoire humaine qu’on a tendance à ne pas voir.
Le Soudan est peint par une caméra qui contrôle son cadre, une image qui prend la température des scènes ; parfois surexposé et poussiéreux, sombre avec quelques ouvertures lumineuses à d’autres. Les deux femmes, Mona et Julia, se retrouvent dans un quartier troublé, l’une rongée par la culpabilité, l’autre déstabilisée par la disparition d’un mari. A travers ces deux femmes, le nord et le sud se rencontrent, se tendent la main et se lient malgré les non-dits, les mensonges et la falsification des vérités. D’ailleurs, le personnage de Mona le dit clairement à Julia : « Mentir est permis si c’est pour épargner à l’autre douleur et détresse ». Et ce jeu d’ombres entre deux femmes est fascinant, elles nous font oublier les contradictions que traverse le pays, les tensions qui l’ébranlent et nous permettent d’accéder à leur intimité, si douce, si conviviale, captée avec beaucoup de maestria par un cinéaste. qui réalise son premier long métrage. Mohamed Kordofani crée un drame intimiste et une ode à l’amitié féminine dans un suspense qui nous tient en haleine. Une histoire émouvante de mensonge sur fond de racisme et d’oppression des femmes.
« Goodbye Julia » est un film signé d’une main sûre, qui conjugue la violence sans détourner le regard et s’invite dans des compositions feutrées, écrin feutré de l’espace domestique pour déterrer les racines du mal et tenter de panser les blessures. Un film beau mais aussi utile que Mohamed Kordofani nous livre avec une histoire poignante sur la culpabilité, mêlant l’intime et le politique. Sans s’enliser dans les stéréotypes de l’affrontement (nord et sud, pauvres et riches, islam et catholicisme), il laisse, au monde des hommes, cet espace orageux pour confier aux femmes la difficile mission de réconciliation.

 
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