« Les catholiques et les laïcs doivent s’unir pour stopper l’expansion des écoles islamiques » – .

« Les catholiques et les laïcs doivent s’unir pour stopper l’expansion des écoles islamiques » – .
« Les catholiques et les laïcs doivent s’unir pour stopper l’expansion des écoles islamiques » – .

Il faut contrer l’explosion des écoles islamiques en Belgique et particulièrement à Bruxelles, écrivez-vous. Pour quelles raisons ?

Mon raisonnement se fonde sur ce constat : nous évoluons aujourd’hui dans une société où l’intégration sociale est loin d’être optimale. Plutôt que de vivre ensemble, nous vivons côte à côte sans nous parler, sans nous connaître. Parmi ces problèmes d’intégration, il est évident que l’islam est un point sensible qui cristallise de nombreux débats. Dans mon livre, je recense le nombre d’écoles islamiques à Bruxelles ; il y en a actuellement huit. En m’appuyant sur de multiples sources et recherches, j’explique comment elles continueront à se développer dans les années à venir si nous les laissons faire.

J’ai par exemple découvert que des musulmans avaient conclu un accord avec le Secrétariat général de l’éducation catholique, le Segec – qui a le savoir-faire pour déposer des demandes de subventions – afin qu’il défende les intérêts des écoles islamiques. Je suis convaincu que cela ne favorise pas le vivre-ensemble et que ce sont les musulmans qui sont les premières victimes de ce phénomène. Cela ne favorise pas du tout leur intégration.

Vous craignez donc l’avènement d’un « apartheid éducatif ». Vous n’hésitez pas…

L’expression n’est pas de moi, mais de Charles Picqué (père fondateur de la Région bruxelloise, NDLR). C’est lui qui, le premier, a parlé d’apartheid éducatif. Et lorsque la première école islamique a été créée au Cinquantenaire en 1989, une des premières réactions a été celle d’Herman Van Rompuy, alors président du CVP, qui a alerté sur les dangers de telles écoles-ghettos. Elles ne favorisent pas du tout l’égalité entre les élèves ; il suffit de constater le mauvais classement de la Belgique dans les enquêtes internationales PISA (analyse des performances des élèves dans les pays de l’OCDE, NDLR).

Pour changer la situation, vous réclamez un nouvel accord sur l’école, un « Pacte unioniste pour une école conviviale ». En quoi consiste-t-il ?

Si nous voulons favoriser le vivre ensemble et éviter les écoles-ghettos, il faut mettre tous nos enfants ensemble à l’école. Juifs, musulmans, catholiques, laïcs, etc. joueraient ensemble à la récréation, apprendraient à se connaître, à se côtoyer et à se respecter. Mais comme je ne suis pas naïf, je sais que ce projet de réforme n’est possible que si les deux grands piliers – catholique et laïc – qui ont structuré l’histoire de notre pays ont la volonté d’en parler, d’ouvrir le dialogue et de ne pas camper sur de vieux tabous.

C’est une vision très paternaliste des choses que vous défendez là… N’est-ce pas surtout la pression des lobbies scolaires que vous anticipez ?

Il n’est pas dans mon intention d’être paternaliste à l’égard du monde musulman. Si je l’ai présenté de cette façon dans mon livre, c’est par réalisme politique. Je sais que si ces deux réseaux – historiques en Belgique – ne veulent pas essayer, rien ne se passera. Concernant les lobbies scolaires, vous avez raison : ma proposition risque de gêner tout le monde. C’est pourquoi je propose qu’elle ne menace en rien les droits acquis. Aujourd’hui, maintenant que les guerres scolaires sont chose du passé, que la société est beaucoup plus plurielle aujourd’hui qu’hier, nous pourrions conclure un nouveau pacte « unioniste » (en référence à l’alliance de 1830 entre catholiques et libéraux qui a conduit à l’indépendance de la Belgique, NDLR) tout en respectant les droits acquis.

Faut-il revoir le mécanisme qui protège la minorité néerlandophone à Bruxelles ?

De quelle manière?

Dans une future réforme de notre système éducatif, nous pourrions introduire l’idée que toutes les écoles obligatoires et subventionnées doivent respecter des conditions de convivialité, c’est-à-dire qu’elles doivent adopter une approche pluraliste. Un peu à l’image du modèle d’école pluraliste qui n’a finalement jamais vu le jour. Je préfère toutefois utiliser le terme d’école « conviviale », moins connoté.

J’énoncerais ce principe mais avec une disposition transitoire, qui pourrait être éternelle selon moi, qui stipulerait que toute école qui existe déjà aujourd’hui peut rester ce qu’elle est : les écoles catholiques peuvent rester catholiques, les écoles officielles peuvent rester officielles, les écoles juives peuvent rester juives, etc. Je ne prône donc pas l’idée de tout raser et de repartir à zéro. Mais on créerait un cadre réglementaire permettant à toute école bénéficiant de cette disposition transitoire d’évoluer, si elle le souhaite, et à son rythme, vers le nouveau modèle, en lui donnant un soutien adéquat pour y parvenir.

En défendant ce projet d’école conviviale en réponse à l’expansion des écoles musulmanes, ne craignez-vous pas d’être taxé d’« islamophobe » ? Certains vous diront que vous n’êtes pas loin de défendre la thèse du « grand remplacement », chère à l’extrême droite…

La différence entre la thèse de l’extrême droite et l’idée que je défends, c’est l’intention. Toute ma réflexion part d’une conviction positive, inclusive. Loin de moi l’idée de véhiculer la peur des musulmans. Dans la conclusion de mon livre, je dis deux choses : aux catholiques, je leur dis d’oser parler de changement ; et aux musulmans, je leur dis que tout ce projet est pour eux, pour leur intégration. Accessoirement, il est aussi intéressant de noter que si un réseau d’écoles islamiques devait continuer à se développer au cours des prochaines années, celle qui perdrait le plus d’élèves, c’est l’enseignement catholique. Car actuellement, les musulmans qui ne trouvent pas d’école islamique pour leur enfant préfèrent l’inscrire dans une école catholique plutôt que dans une école sans Dieu.

Pour le reste, je m’attends bien sûr à être accusé d’être islamophobe parce qu’on nous accuse très vite comme tel aujourd’hui. Et en même temps, pour moi qui suis très attaché à la séparation de l’Eglise et de l’Etat, il peut être légitime d’avoir des craintes à l’égard d’une religion qui ne connaît pas cette notion (de séparation).

Vous vous dites favorable au renforcement de la primauté du droit civil sur le droit religieux dans la Constitution belge. Comment ?

Oui, il est temps de cimenter dans notre Constitution ce sur quoi nous sommes d’accord aujourd’hui : consacrons le principe de neutralité de l’État, pas seulement celui de l’éducation. Nous pourrions aussi nous inspirer de la Convention européenne des droits de l’homme, qui fixe les limites que l’on peut apporter à la liberté de manifester sa religion. Autrement dit, il faut demander aux religions des aménagements raisonnables (y compris celui de la tolérance), plutôt que d’accepter excessivement le contraire.

L’auteur:

Finances et Enseignement… Tels sont les deux sujets qui ont rythmé la carrière de Jean-Claude Laes, aujourd’hui retraité de la fonction publique. Cet avocat fiscaliste, professeur à l’Université libre de Bruxelles (ULB), a notamment été le chef de cabinet du libéral Didier Reynders, lorsqu’il était ministre des Finances, puis dirigeait le ministère belge des Finances. Au niveau local, dans sa commune de Woluwe-Saint-Pierre, Jean-Claude Laes a été échevin MR pendant près de vingt ans, tantôt aux Finances, tantôt à l’Enseignement, sa passion. Car pour l’intéressé, c’est sans doute par l’école que passera l’avenir de nos enfants.

Dans un essai «coup de poing» de 180 pages publié aux éditions L’Harmattan, ce laïciste avoué s’inquiète de la «seconde communautarisation» de l’éducation qui est selon lui à l’œuvre en Belgique. Dans son livre, il relève notamment comment le système juridique belge, fruit de vieilles querelles entre catholiques et laïcs, pourrait bien «dérouler le tapis rouge» (sic) à des «dérapages dangereux» qui menacent le vivre-ensemble dans notre société.

Le livre :

« Écoles islamiques : la communautarisation de l’éducation »“, Jean-Claude Laes, ed. L’Harmattan, 180 pages, 19 euros.

Extraits:

« L’instauration d’un délit d’intolérance aurait le mérite de rendre beaucoup plus visible l’interdiction de l’intolérance. […]« Comme l’a montré la loi Moureaux à propos du racisme. Le devoir de tolérance ne serait plus seulement une vertu morale, il serait aussi une obligation légale. »

« Avec le recul, il me semble que nous ne pouvons voir dans le Pacte (scolaire) qu’un incroyable marché de dupes dans lequel nous nous trouvons en présence du monde catholique qui […] a réussi à accorder aux pouvoirs publics le droit d’ouvrir des écoles (sic !) en échange d’une compensation financière (resic !) pour financer son propre réseau d’écoles.

« Le Pacte scolaire, dont certains principes ont été consacrés dans notre Constitution lors de la communautarisation de l’éducation, est devenu aujourd’hui le cheval de Troie du communautarisme islamique qui se développe dans notre pays. »

« Dans la société pilarisée qu’est la Belgique, ce qui est déjà valable pour l’éducation pourrait bien sûr aussi être réalisé dans de nombreux autres domaines et faciliter une structuration politico-sociale de l’islam (syndicats, mutuelles, hôpitaux, etc.). »

« En ce qui concerne l’école (qui a toujours été un sujet de cristallisation de vieux conflits), le temps n’est-il pas venu pour le monde laïc de tendre la main (et non l’autre joue !) au monde catholique, et d’entamer avec lui un dialogue franc et respectueux ? »

 
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