Les équilibres politiques bouleversés dans l’Yonne après les législatives – .

Un mois après la dissolution, l’Yonne a élu trois députés du Rassemblement national. Ce vote inattendu a encore affaibli les schémas historiques.

L’Yonne va donc envoyer trois députés Rassemblement national à l’Assemblée. Dimanche 7 juillet, la dernière circonscription qui résistait au parti de Marine Le Pen a cédé face à l’alliance LR-RN. Une page se tourne, l’affaire Grenon, le camp présidentiel affaibli, une rupture au sein du conseil départemental… Que retenir de ces législatives anticipées ?

La fin d’une ère

L’Yonne ouvre un nouveau chapitre de son histoire. L’ancien monde se referme, emportant avec lui son dernier survivant, André Villiers (Horizons). La deuxième circonscription, qui avait résisté en 2022, tombe cette fois aux mains d’un novice en politique.

En Auxerrois et en Puisaye, l’hégémonie de la droite républicaine n’est plus qu’un lointain souvenir. Si certains voulaient croire que la victoire de Daniel Grenon n’était qu’un accident de parcours en 2022, le député a démontré le contraire dimanche 7 juillet. Héritier de Jean-Pierre Soisson, disparu cette année, Guillaume Larrivé (LR) n’est pas remonté dans l’arène, laissant la place à Céline Bähr (LR), novice en la matière arrivée loin derrière au premier tour. Le portrait d’une droite icaunaise à la dérive. Secrétaire départemental des Républicains, Charles d’Astorg n’hésite pas à clamer publiquement que son président Guillaume Larrivé est « responsable » de la situation.

Elections législatives : réactions dans l’Yonne au soir du premier tour

Dans le nord de l’Yonne, Julien Odoul (RN) a confirmé son assise électorale en s’imposant dès le premier tour. Le choix de Marie-Louise Fort en 2017 de se consacrer exclusivement à la mairie de Sens avait laissé le champ libre à l’émergence d’une nouvelle figure emblématique. Un rôle parfaitement assumé aujourd’hui par le porte-parole du RN.

Les chiffres du front républicain

Durant la campagne, certaines personnalités politiques sont montées au créneau pour défendre l’arc républicain. Le sénateur Dominique Vérien (UDI) en tête. Tout en critiquant la candidature de Céline Bähr dans la première circonscription, la centriste a soutenu Nicolas Soret (PS, Nouveau Front populaire) plutôt que Michèle Crouzet (MoDem, Ensemble) jugeant que le socialiste aurait plus de chances de battre Julien Odoul. Entre les deux tours, la sénatrice a également appelé à voter pour Florence Loury (Les Écologistes, NFP), tout en réaffirmant son attachement à André Villiers (Horizons).

Le Vézelien était également soutenu par Philippe Veyssière, candidat LFI du Nouveau Front populaire, qui s’était pourtant qualifié au soir du premier tour. Son adversaire au conseil départemental, Cédric Clech (DVC) et Nicolas Soret sont venus le soutenir lors de son dernier meeting à Tonnerre.

Le maire d’Auxerre Crescent Marault (Horizons) était également présent. Mais son appel au vote blanc dans la première circonscription, suivi par une partie de sa majorité et par les élues Maud Navarre et Farah Ziani, a été critiqué par Florence Loury.

Villes et ruralité, dos à dos

Comme au soir du premier tour, les résultats de dimanche traduisent un écart entre le vote rural et le vote urbain dans l’Yonne. Si le front républicain s’est maintenu en ville, les électeurs ruraux ont voté en faveur du parti de Marine Le Pen. Ce qui a fait basculer les trois circonscriptions dans le camp du RN.

Le député sortant André Villiers (Horizons) est arrivé en tête au second tour dans toutes les communes de plus de 4 000 habitants de sa circonscription : Avallon, Migennes, Saint-Florentin, Tonnerre. Toutefois, les quelques voix supplémentaires obtenues par Sophie-Laurence Roy (LR/RN) dans les nombreux villages ont fait pencher le scrutin en sa faveur.

Dans la première circonscription, l’écologiste Florence Loury a obtenu près de 3.000 voix de plus que son adversaire RN à Auxerre. Mais là encore, l’élection s’est jouée à la campagne. Comme dans le nord de l’Yonne, où Nicolas Soret (PS), éliminé dès le premier tour, s’est imposé à Sens et Joigny.

L’affaire Grenon

« Des propos largement déformés ou mal compris. » Dimanche soir, Julien Odoul, député et porte-parole du RN, est revenu pour la première fois sur les propos racistes tenus par Daniel Grenon la semaine dernière. Alors que le président du parti Jordan Bardella, sur le plateau de BFMTV, avait jugé « abjectes » les déclarations du candidat au sujet des binationaux, Julien Odoul continue de remettre en cause la retranscription du débat dans L’Yonne républicaine, comme l’avait fait Daniel Grenon. Et ce, malgré la diffusion de l’enregistrement audio témoignant de la véracité des propos tenus.

L’élu du nord de l’Yonne a néanmoins confirmé que Daniel Grenon « sera convoqué devant la commission des conflits » pour savoir s’il siégera ou non au sein du groupe RN à l’Assemblée nationale. Mais au lieu de condamner ces propos, Julien Odoul préfère s’en prendre à « la gauche et à l’extrême gauche », estimant qu’elles « ont voulu faire de lui l’homme à abattre, l’épouvantail » et que « ce n’était pas suffisant ».

Malgré ses propos controversés, Daniel Grenon (RN) réélu député avec 1 277 voix d’avance sur Florence Loury

Le déclin du parti présidentiel

Que reste-t-il du camp macroniste dans l’Yonne ? Le dernier représentant yonnais de la majorité présidentielle avant la dissolution, André Villiers, a été défait. Non sans avoir tenté d’effacer l’étiquette macroniste associée à Horizons, dans le sillage d’Édouard Philippe. Michèle Crouzet (MoDem) et Victor Albrecht (Renaissance) n’ont même pas dépassé le premier tour. Si le groupe présidentiel a sauvé les meubles au niveau national, les électeurs yonnais ont exprimé un profond rejet du macronisme, sept ans après l’élection du président de la République.

Le sénateur Jean-Baptiste Lemoyne (Renaissance) incarne l’une des dernières figures icaunaises de la Macronie. Il avait été la première prise de guerre chez les LR du candidat Macron en 2017, mais il s’est montré particulièrement discret lors de ces législatives. « La majorité présidentielle n’est pas morte », a insisté dimanche soir Victor Albrecht. Ce dernier a même annoncé la création d’une association politique. Le jeune marcheur ambitionne de « construire une alternative politique », en rassemblant localement la gauche socialiste, le centre et les Républicains modérés. La tâche s’annonce délicate. Le premier fédéral du PS Mani Cambefort a déjà fait savoir que son parti n’y serait pas associé.

Une crise interne au Département

Le scrutin pourrait laisser des traces au conseil départemental. La majorité de droite et du centre détient 36 des 42 sièges de l’hémicycle, mais elle s’est délitée. André Villiers a reçu peu de soutiens pendant trois semaines. Le président Patrick Gendraud, qui se retirait pour raisons de santé, lui a apporté un message de sympathie avant la séance du 28 juin et le premier tour. Egalement membre d’Horizons, le vice-président Alexandre Bouchier l’a soutenu… Mais il est apparu bien seul avec Pascal Henriat (MoDem).

Premier vice-président, Grégory Dorte n’a pas vraiment pris position, notamment dans sa circonscription où Julien Odoul a récolté le plus de voix. Silence radio également chez les autres vice-présidents, à l’exception d’une voix, celle de François Boucher, qui a appelé au blocage face à André Villiers. Un discours dans le sillage d’Éric Ciotti et de l’alliance LR-RN. Le vice-président en charge de l’attractivité et du sport sera à l’honneur jeudi 11 juillet lors du passage de la flamme olympique alors que certains, dont André Villiers, réclament le retrait de ses délégations. Une clarification dans les rangs de l’assemblée est à prévoir avant la rentrée.

« La bataille de Migennes a commencé » : battu aux législatives, André Villiers (Horizons) contre-attaque

Sophie Bardin and Antoine Compigne

 
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