Le pire ennemi de nos forces désarmées – .

Un ennemi dangereux traque Jennie Carignan, la première femme nommée cette semaine à la tête de nos Forces armées.


Publié à 01:37

Mise à jour à 5h00



L’ordre mondial en place depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale n’a jamais été aussi ébranlé, avec la guerre d’agression russe en Ukraine et le resserrement de l’emprise chinoise autour de Taïwan.

Mais pour assurer notre sécurité nationale, Jennie Carignan devra d’abord lutter contre le manque chronique de volonté politique au Canada en matière de défense. Après des décennies de sous-investissement et de mauvaise planification, notre armée est à bout de forces.

Avec sa réputation embarrassante de pays avide d’argent, le Canada aura de quoi rougir la semaine prochaine au sommet de l’OTAN à Washington, qui marquera le 75e anniversaire de l’OTAN.et anniversaire de l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord.

Malgré une augmentation des dépenses de près de 70 % depuis 2014, le Canada ne consacrera que 1,37 % de son PIB à la défense en 2024. Ce chiffre est bien inférieur à l’objectif de 2 % de l’OTAN.

Le Canada ne consacre pas non plus au moins 20 % de son budget de défense à l’achat d’équipement, comme l’exige l’OTAN.

Sur 32 pays, seule la Belgique se classe plus mal que nous sur ces deux fronts combinés.

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Il est vrai que le gouvernement a annoncé dans son budget d’avril des investissements supplémentaires de 72 milliards sur 20 ans qui devraient permettre d’atteindre 1,76% du PIB d’ici 2030.

Mais en attendant, notre armée manque cruellement de soldats et d’équipements.

Le Canada est déjà l’un des pays de l’OTAN qui compte le moins de militaires par habitant (2 pour 1000), bien moins que la France (3 pour 1000) et les États-Unis (4 pour 1000).

Ces chiffres ne tiennent toutefois pas compte du fait qu’il manque 16 000 militaires, soit environ 15 % des effectifs de 71 500 membres réguliers et de 28 500 réservistes.1.

N’y a-t-il pas moyen de réduire les procédures administratives qui font que le recrutement dure de 18 à 24 mois ? Alors que 70 000 candidats ont frappé à sa porte, l’armée n’a même pas réussi à traiter 5 000 candidatures, faute de moyens. Le ministre de la Défense Bill Blair lui-même parle d’une « spirale de la mort ».

Sur le terrain, les résultats sont pitoyables. En Lettonie, où le Canada dirige le déploiement de l’OTAN, certains soldats font deux ou trois rotations d’affilée parce qu’il n’y a personne pour prendre la relève. Et leur équipement est tellement désuet que certains ont payé de leur poche pour de nouveaux casques.

En fait, l’armée est si mal approvisionnée que nos soldats n’auraient que trois jours de munitions si la Russie les affrontait.

Cette situation ne peut plus perdurer. Le manque de préparation de l’armée met nos troupes en danger. Il ternit la crédibilité et l’influence du Canada sur la scène internationale. Il nuit également à sa capacité de défendre son propre territoire.

Il est temps de prendre notre défense plus au sérieux, comme tant d’autres pays.

L’Australie pourrait servir d’exemple. Face à une Chine plus menaçante, le pays a déterminé ses priorités et élaboré un plan à long terme, approuvé par toutes les parties, qui le protège des volte-faces en cas de changement de pouvoir, comme on l’a vu au Canada avec l’achat d’avions F-35, retardé par les joutes partisanes.

Au Canada, où sont les menaces? Quelles sont nos priorités?

L’Arctique ? D’accord. Mais alors, comment se fait-il que le remplacement de nos sous-marins ne soit pas inclus dans la stratégie « Notre Nord, fort et libre » présentée par Ottawa en avril ? On ne peut pas attendre qu’ils atteignent la fin de leur vie utile en 2030 pour y penser.

Ces dépenses importantes doivent être soigneusement planifiées si vous ne voulez pas vous retrouver à découvert.

C’est exactement ce qui se passe avec notre flotte obsolète de 15 navires de combat, dont le coût de remplacement a explosé à 85 milliards de dollars, soit près de quatre fois le budget initial. La production n’a pas encore commencé à Halifax, et des inquiétudes existent quant à la viabilité financière du projet. D’ici la première livraison en 2032, il est impossible de respecter tous nos engagements envers l’OTAN.

Si nous voulons nous approvisionner au Canada pour maximiser les retombées économiques, il est urgent d’élaborer une politique militaro-industrielle.

Idéalement, nous devrions développer des secteurs de pointe (par exemple les drones ou l’intelligence artificielle) où l’innovation militaire stimulerait ensuite notre industrie civile.

Pour que les choses avancent bien, il serait souhaitable de confier à un seul ministre la responsabilité des achats de matériel militaire, qui est partagée entre le ministère de la Défense et le ministère des Achats.

Cela permettrait de mesurer plus facilement la performance de cette chaîne d’approvisionnement engorgée. La preuve ? Alors que l’armée manque de tout, 12 milliards de dollars du budget n’ont pas été dépensés depuis cinq ans, selon le directeur parlementaire du budget.

À l’heure où les dictateurs montrent les dents aux démocraties, la population souhaite que le Canada en fasse davantage, comme le démontrent les sondages.

La nomination de la première femme au poste de chef d’état-major de la Défense du Canada prouve que les attitudes peuvent changer, même dans un environnement conservateur comme l’armée.

C’est désormais au niveau politique que les mœurs doivent changer.

1. Voir l’article publié sur le site Rubicon « Ne comptez pas sur nous : l’impréparation militaire du Canada »

 
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