« Chez Atlas Quest, nous sommes dans le jardin de l’Europe » – .

« Chez Atlas Quest, nous sommes dans le jardin de l’Europe » – .
« Chez Atlas Quest, nous sommes dans le jardin de l’Europe » – .

Le premier ultra-trail du continent africain se tiendra du 3 au 7 octobre au Maroc, dans le Haut Atlas, à quatre-vingt kilomètres de Marrakech. Rencontre avec Cyrille Sismondini, organisateur de l’Atlas Quest by Utat.

En Europe, l’Atlas Quest pourrait probablement revendiquer le titre de course la plus haute du continent, avec des coureurs côtoyant des altitudes rarement franchies par les sentiers européens, autour de 2 400 mètres de moyenne avec un point maximal à 3 685 mètres (seul le High Trail Vanoise pourrait concourir).

L’Atlas Quest a pour terrain de jeu les majestueuses montagnes du Haut Atlas marocain, et les environs du Djebel Toubkal (« celui qui regarde la terre »), point culminant d’Afrique du Nord à 4 167 mètres d’altitude, au cœur du parc national qui porte son nom. Le dépaysement est total.

Cette année, l’Ultra Trail Atlas Toubkal devient l’Atlas Quest by Utat. Derrière ce nouveau nom, quoi de neuf ?

Au cours des quatre dernières années, le Covid a impacté quasiment tous les événements sportifs sur deux ans, et en septembre 2023, le Maroc a été frappé par un tremblement de terre meurtrier. D’ailleurs, cette année, nous avons laissé notre matériel et nos bénévoles pour soutenir les populations locales, montrant ainsi notre proximité avec ce territoire qui avait tout perdu. Finalement, l’Ultra Trail Atlas Toubkal n’a pu se tenir qu’en 2022. Cela nous a fait beaucoup réfléchir à notre capacité à porter l’événement, mais aussi à cet acronyme – UTAT – qui existe depuis sa création, en 2009. A l’origine, l’idée était de rentrer dans une dynamique, pour ne pas être trop en marge de tout ce qui se faisait en termes d’ultra. Aujourd’hui, notamment avec le lancement des UTMB World Series, nous nous sommes dit que l’UT (pour ultra trail), nous satisfaisait et nous assimilait trop à ce circuit. Or, ce n’est pas ce que nous recherchons, notre événement ne rentre pas vraiment dans cet esprit. Il a donc fallu réfléchir plus profondément à notre identité. Mais notre identité, c’est l’Atlas. Nous avons donc bien sûr conservé le mot « Atlas » au centre du nom de l’événement, auquel nous avons associé le mot « Quête » car, à ma quête personnelle d’organisateur qui souhaite participer à la revitalisation économique du territoire, s’ajoute la quête des coureurs qui, au-delà de leur propre défi sportif, trouvent le moyen de se ressourcer, de retrouver des valeurs et des émotions simples, loin du tumulte de leur vie européenne. Nous nous sommes donc réinventés pour être plus proches de nos valeurs fondamentales. L’anglais « quest » nous permet de créer un événement de renommée mondiale pour faire découvrir aux traileurs du monde entier un massif d’une rare beauté et de faire de cet événement une expérience de vie inoubliable.

Le site Atlas Quest est bien plus qu’une simple course. Comment le définiriez-vous ?

Il est difficile de trouver les mots justes qui nous caractérisent. L’Atlas Quest va au-delà du défi d’une course d’ultra-trail. C’est un événement ancré dans un lieu hors du temps, un lieu où les souvenirs ont un sens profond. Au-delà de l’effort physique, c’est une connexion profonde avec le territoire, une plongée dans l’émerveillement des couleurs ocres, d’une lumière vive et des parfums envoûtants de l’Atlas. C’est une expérience rare, une immersion dans la beauté de l’Atlas, un moment de vie comme peu d’autres, un monde de silence et de contemplation, celui où l’on se retrouve, où chaque pas est une découverte et chaque soirée, passée au sein du camp, renforce les liens entre les participants et avec la terre d’accueil qui nous rassemble.

Atlas Quest, finale de l’ascension @ Sochhhhhhhh

Quel bilan tirez-vous de toutes ces années ?

La première idée qui me vient, c’est de dire que nous avons du cuir bien tanné, car en quinze ans, nous collectons pas mal de choses, si je puis dire, pour monter un tel événement. Un événement, pour qu’il soit durable, c’est un modèle économique. Généralement, il s’établit sur trois piliers : l’engagement des coureurs, l’engagement des territoires et des collectivités locales et des partenaires. Depuis quinze ans, nous faisons vivre un événement avec une seule étape, c’est-à-dire l’engagement des coureurs. Nous n’avons pas de sponsor ni d’engagement du territoire, ni en marge. Je n’ai pas réussi à créer cette dynamique territoriale, à faire comprendre l’opportunité que peut représenter l’Atlas Quest, alors que nous avons eu une belle couverture médiatique, des coureurs d’élite et de grands noms (Andy Simonds, Julien Chorier, Jules-Henri Gabioud, Andrea Huser, Guillaume Beauxis, Rachid El Morabity….) et que nous sommes le premier employeur de la région de l’Oukaïmeden, où se déroule l’Atlas Quest, à soixante-dix kilomètres de Marrakech. Et pourtant, nous sommes dans le jardin de l’Europe, finalement, très accessible, et le Maroc est la première destination à l’étranger pour les Européens. Si on ajoute à cela ce marché, l’Europe, qui est le premier marché mondial du trail, cette proximité dans un massif différent, nouveau, cela doit correspondre.

Lire aussi : Atlas Quest, le premier ultra-trail du continent africain

Quel est le budget pour l’Atlas Quest (cinq formats de course, de 12 km – 600 D+ à 105 km – 8 000 D+) ?

120 000 euros, soit 1,3 million de dirhams. On fait de la magie car notre seule source de revenus ce sont les inscriptions des coureurs.

Quelles sont les ambitions de l’Atlas Quest pour les années à venir ?

Ce sont les sponsors. On se rend compte qu’entre le moment où on a créé l’événement et aujourd’hui, le marché du trail, qui est un marché économique, s’est extrêmement professionnalisé. Et le ticket d’entrée pour un organisateur est très élevé. La qualité du produit ne suffit pas. Aujourd’hui, le bouche à oreille se pratique mais n’a pas beaucoup d’écho. De quoi a-t-on besoin aujourd’hui : d’un gros voyage de presse, d’être présent sur les réseaux sociaux, d’une stratégie marketing digitale forte mais tout cela consomme beaucoup d’argent. Ce que nous n’avons pas. Nous avons de bonnes idées, nous avons des bénévoles, nous avons beaucoup d’énergie mais nous n’avons pas l’argent nécessaire. C’est-à-dire que quand on doit faire une campagne, c’est 30 000 euros, et nous ne l’avons pas.

Alors, quelle est l’idée ?

L’enjeu c’est les partenariats, le sponsoring. Les coureurs suivront. Je suis convaincu que notre identité intéressera les sponsors. En termes de valeur et d’image, il y a tellement de choses à faire. Et puis du point de vue tournage Ce n’est pas plus beau qu’ailleurs mais c’est différent. Une marque qui, demain, vient faire une campagne tournage par exemple, établit son identité. On va finir par réussir à aller les accrocher. Mais quand on a des contacts c’est difficile et puis, beaucoup suivent la masse et les grandes marques font comme ça.

Seul dans l’immensité de l’Atlas @Richard Couret

Il y a quelques années, vous aviez présenté la candidature de l’UTAT (comme elle s’appelait alors) pour accueillir les championnats du monde de trail, les premiers en Afrique. Est-ce toujours d’actualité ?

Oui. Nous pensons que nous avons vraiment la place puisque nous sommes à proximité du premier marché de trail. Nous offrons un terrain vraiment particulier, vraiment incroyable. Et, en plus, je pense que les institutions internationales gagneraient à dire qu’elles l’organisent en Afrique : cela parle d’inclusion. Nous ouvrons les portes de l’Afrique.

Comment s’organise un événement comme Atlas Quest ?

Il faut savoir que toutes les courses se déroulent en moyenne à 2 400 m, avec un sommet à 3 690 m – en Europe, ce serait la course la plus haute ?! Un détail qui caractérise notre organisation : la logistique (2,5 tonnes de ravitaillement et de matériel médical) est gérée par des mules et leurs muletiers, 120 au total. On est loin des voies de circulation contemporaines, on découvre les azibs (abris de bergers en pierres sèches) et les maisonnettes des douars (petits villages) qui semblent totalement hors du temps, disséminés ici et là dans ce vaste désert d’altitude. L’Ultra Trail, format le plus long, traverse notamment l’une des zones montagneuses les plus sauvages et isolées du Haut Atlas et ne dispose d’aucune infrastructure (téléphone, routes, électricité…).

La descente, longue et directe, se fait en deux temps. D’abord du col jusqu’au fond de la vallée, puis en descendant le lit de la rivière jusqu’à un petit col magique. Ce col permet de découvrir le fameux Azib Likemt, un point de ravitaillement (Solide/Liquide), et un poste médical avancé pour une pause réparatrice (CP10 km68 – Alt 2 564 m – Dénivelé cumulé 4 780 m D+ et 4 810 m D-) @Max Draeger

Comment Atlas Quest contribue-t-il à promouvoir le territoire ?

Il faut savoir que 75% du budget de l’organisation est injecté directement sur le territoire. Sur le plan économique, nous sommes le premier acteur et le premier employeur de la région de l’Oukaïmeden. Nous avons 120 bénévoles qui viennent de France et d’Europe et tous les opérateurs marocains, environ 120 personnes, sont évidemment rémunérés. Il faut savoir que pour un événement de quatre jours, cela représente 596 jours de travail cumulés pour les travailleurs locaux.

Comment les habitants perçoivent-ils l’événement ?

Ils sont heureux que nous venions sur leur territoire. Ils sont très fiers de ce territoire. Et donc, quand ils voient des yeux qui brillent, quand ils entendent des témoignages émus, cela leur apporte évidemment un grand bonheur et une immense satisfaction.

Les paysages époustouflants de l’Atlas Quest, le premier ultra-trail du continent africain, au cœur du Haut Atlas @Photo-A.-Errihani
 
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