Dans le Nord, le RN prêt à sacrifier de nouveaux emplois verts – .

Douai (North), report

« De RSA travailler. » Sous l’enseigne pleine de charme de l’établissement d’insertion, Rémi attend l’arrivée de sa conseillère. Un cumulus de nicotine s’échappe de ses lèvres. Dès qu’il s’évapore, l’homme tire une nouvelle bouffée sur sa cigarette électronique : « Pour qui j’ai voté ? » Les yeux écarquillés, il s’étouffe presque. Hors de question pour lui de révéler la couleur du bulletin, lui qui s’est échappé des poubelles de l’isoloir le 30 juin dernier. Au fil de la conversation, ce boucher en reconversion avoue néanmoins être satisfait du résultat.

A 10 kilomètres d’Hénin-Beaumont, fief de Marine Le Pen, les habitants de Douai ont failli s’en sortir au second tour des législatives. Le 30 juin, le candidat du Rassemblement national (RNI)Infirmière autorisée), Thierry Tesson, a obtenu près de 47,92 % des votes (contre 29,84 % pour l’union de la gauche) dans cette commune des Hauts-de-France de 40 000 âmes. Capitale historique de l’exploitation du charbon, le taux de chômage y dépassait 22 % en 2021. Un véritable catalyseur pour la montée de l’extrême droite.

« Il n’y a pas de travail ici »maudit André. D’épais sillons entaillent son visage de mille cicatrices. A 63 ans, cet ancien boulanger vit désormais dans la rue : « Avant, je me levais à 2 heures du matin pour faire du pain. » Dans ses yeux, une pointe de fierté se mêle au ressentiment des services jamais récompensés. Peut-être, se dit-il, Jordan Bardella peut-il apporter le changement. Il ne soutiendra pas le président de la Infirmière autorisée dans les urnes malgré tout.

Walid, 59 ans, et Michel, 36 ans, ont également cessé de participer à la vie démocratique du pays. « À quoi ça sert ? Les dirigeants utilisent l’article 49.3 à chaque occasionc’est le plus jeune qui décide. Et pendant ce temps, nous passons nos journées à galérer dans des agences d’intérim. » Il déplore leurs critères de plus en plus stricts, où la couleur de peau et les vêtements prennent le pas sur les compétences. « Avoir un permis et une voiture est obligatoire, alors que j’habite à dix minutes à vélo des emplois pour lesquels je postulais »adds the Douaisien.

100 000 emplois détruits en dix ans

À Douai, l’usine Georges-Besse est une institution. Avec près de 3 300 salariés, l’entreprise automobile au losange y produit les Renault Megane et Scenic E-Tech Electric. Un virage vers l’électrique amorcé en 2018, qui pourrait bien être bousculé par les élections législatives. Dans son programme, la Infirmière autorisée promet en effet de « d’abandonner l’interdiction de vente de voitures à moteur à combustion interne d’ici 2035 ».

Aux yeux des syndicats contactés par Reporterrele scénario de l’extrême droite à Matignon ne constitue pas un danger : « Nous n’avons aucune raison de nous inquiéter »envoie Laurent Van Den Berghe, secrétaire de SUD Renault-Douai. « La politique n’est pas discutée dans notre syndicatde son côté évacue Gérald Owczarek, délégué syndical de Force Ouvrière. Chacun vote pour qui il veut. »


Michel, 36 ans, ne participe plus à la vie démocratique du pays. À quoi ça sert ? Le gouvernement utilise l’article 49.3 à chaque occasion. »
© Emmanuel Clévenot / Reporterre

Si l’exécutif français ne peut pas se débarrasser d’un claquement de doigts de la législation européenne, le Premier ministre peut en revanche activer des leviers budgétaires. « En mettant fin au leasing social et autres primes favorisant les véhicules électriques, Jordan Bardella détruirait immédiatement la demande des consommateursprojets Neil Makaroff, expert en politiques environnementales. Une décision qui, par ricochet, affecterait grandement le secteur industriel émergent. »

Face à de telles politiques hostiles, les investisseurs fuiraient immédiatement : « Ils détestent le risque économique et n’ont aucun intérêt à s’installer dans un pays susceptible de réduire du jour au lendemain les subventions à la consommation.poursuit l’analyste associé à la Fondation Jean-Jaurès. Il est préférable de délocaliser les usines à l’étranger. » Le 25 juin, au Royaume-Uni, le constructeur automobile Stellantis — maison mère de Fiat, Citroën, Peugeot et Opel — a menacé de quitter le pays, dénonçant le manque de soutien des ministres conservateurs.

Côté emplois, une question reste en suspens : l’équilibre entre les postes électriques créés et les postes thermiques supprimés est-il vraiment favorable aux travailleurs ? ? Sur le papier, non. Cette nouvelle industrie emploiera moins de personnes qu’à l’apogée de la précédente. Elle devrait néanmoins contribuer à limiter les dégâts : « En dix ans, 100 000 emplois ont été détruits dans le secteurdéclare Neil Makaroff. Cela est dû à la stratégie des constructeurs d’abandonner le petit véhicule en misant sur le VUS. » Le virage électrique permet de stopper le déclin des usines en leur donnant un nouveau souffle. Au total, près de 20 000 emplois supplémentaires devraient être créés dans la chaîne de valeur d’ici 2035.

« Des quartiers impitoyables »

Dès lors, le portrait fantasmé d’un Jordan Bardella sauveur des travailleurs vacille et les presque 48 % des démocrates de Thierry Tesson sont vêtus d’un étrange paradoxe. Dans les ruelles de Douai, bercés par le refrain du carillon du Beffroi, ses électeurs sont fantomatiques. Debout dans son arrière-boutique, un coiffeur à la ligne dégarnie lève les mains au ciel : « Je ne veux pas m’exprimer. » A l’extérieur, deux journalistes s’adressent aux passants, caméra sur l’épaule : « Il nous manque le témoignage d’un électeur de Infirmière autorisée…pour la parité. »

En discutant sur le pont du Rivage, Catherine nous assure qu’elle a choisi le Nouveau Front Populaire, « la moralité dans le corps » : « Emmanuel Macron est un pyromane. Avec cette dissolution, il remet les clés du pouvoir à Infirmière autoriséeC’était Bonaparte, aujourd’hui Néron [empereur romain tyrannique]. » François, son compagnon, hoche la tête avec enthousiasme. À califourchon sur son vélo, José, resté silencieux, semble moins à l’aise : « J’ai voté… traditionnellement. Je ne sais plus le nom du candidat, à vrai dire. Celui de droite. »


Rose-Marie : « Une fois les factures payées, il ne me reste presque plus rien pour vivre. »
© Emmanuel Clévenot / Reporterre

Dans le Yorkshire, « Nougatine »A genoux, Rose-Marie assiste au ballet des pigeons sur la place d’Armes. En fauteuil roulant depuis un accident du travail, elle perçoit 860 euros par mois : « Une fois les factures payées, il ne me reste presque plus rien pour vivre. » Dans un inventaire à la Prévert, elle détaille tous les thèmes qui l’ont conduite à choisir « Mmoi Le stylo » :augmentation du salaire minimum et du pouvoir d’achat, défense des femmes, des soignants et des personnes handicapées.

Et puis… l’immigration. Le quadragénaire est convaincu que le Rassemblement national « ne jettera pas les Algériens et les Marocains dehors » : « Seulement ceux qui n’ont pas de papiers. Elle n’est pas comme son père ! » A portée d’oreille, Jacques Mutendela tape sur son téléphone. Congolais, il n’a pas le droit de vote : « Avant, l’hypocrisie était à l’honneur. Aujourd’hui, de nombreux Français dévoilent leur vrai visage. Celui de la haine des immigrés. » Étudiant à l’université de la ville, il déplore le racisme quotidien des professeurs qui le punissent pour son accent.


Jacques Mutendela : « De nombreux Français dévoilent leur vrai visage. Celui de la haine des immigrés. »
© Emmanuel Clévenot / Reporterre

« Bardella déteste les Arabes… contrairement à son grand-père »s’amuse Bouheda, sac en bandoulière. Agé de 27 ans, il a quitté son Algérie natale il y a dix ans et se bat aujourd’hui pour obtenir la nationalité française. « J’ai peur d’être renvoyée au pays avec les futures lois. Ma fille a besoin de son père, je ne peux pas l’abandonner. » Pour l’instant, les livraisons Uber Eats lui assurent un revenu modeste : « J’ai dû créer un faux compte pour travailler. Je dois bien nourrir ma fille. »

Devant l’établissement d’insertion, Rémi [*] découvre — avec un léger haussement de sourcils — les répercussions potentielles du programme de Jordan Bardella sur l’industrie des véhicules électriques. « Je ne suis pas d’accord avec tout ! Seulement les plus indispensables… » Touchant la croix d’argent suspendue à une chaîne, l’homme s’arrête un instant. Puis, dans une dernière confession, il murmure : « L’insécurité prime sur l’emploi. Ne vous fiez pas aux apparences, il existe ici de véritables quartiers où règne la cruauté. »

 
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