Top 14 – Bordeaux, voyage au bout d’un cauchemar sans nom – .

Top 14 – Bordeaux, voyage au bout d’un cauchemar sans nom – .
Top 14 – Bordeaux, voyage au bout d’un cauchemar sans nom – .

Les Bordelais voulaient entrer dans l’histoire. Ils l’ont fait, mais de la pire des manières. Personne n’avait été surclassé à ce point en finale depuis la création du championnat de France. Un cauchemar pour une équipe qui a probablement fini à genoux. Leur saison ne méritait pas ça.

Des supporters déçus et mélancoliques traînent sur le boulevard Michelet, une délégation de 300 personnes prise dans les turbulences célestes. C’est ainsi que s’achève la meilleure saison de l’histoire de l’UBB, en cauchemar. Les supporters baissent le ton vers la 15e minute et mettent leurs banderoles à mi-hauteur : « Finalement, la plupart des Toulousains nous ont parlé sur un ton fair-play et élégant, du genre : “Désolé pour toi!” Seule une petite minorité est revenue nous divertir à hauteur de : “Et où sont-ils, et où sont-ils…” Certains voulaient se battre, mais au final, rien ne s’est passé.confie Adrien, qui avait traversé la France du Sud-Ouest au Sud-Est dans une C3, partant du travail à 13 heures, la voiture déposée près d’une station de métro marseillaise qu’il avait trouvée par hasard, dans une banlieue marseillaise qu’il ne connaissait pas.

Sept heures et demie de voiture pour avaler une bière amère : « Mais je n’ai pas oublié la suite de la saison et je ne voulais pas rater un événement qui était historique dans tous les cas. Je n’avais jamais vu un club bordelais en finale. Mais la situation aurait pu être encore pire. Les Girondins ne sont pas encore relégués en National, ils ont obtenu un sursis de la DNCG. C’est encourageant, non ? il nous confiait avant de s’élancer dans le dernier métro, sans savoir où il allait dormir. « Connaissez-vous une Formule 1 près de l’autoroute ?

Un retour à Bordeaux en forme de calvaire

L’UBB et ses supporters ont vécu la première finale de leur jeune existence comme une humiliation, neuf essais à zéro. Jamais une équipe n’a été aussi écrasée en fin de saison. C’est le fruit de la cruauté du format Top 14 qui, pour des raisons historiques, doit nécessairement se terminer par les phases finales. Le millésime 2024 souffrira de ce terrible paradoxe, une saison joyeuse gâchée par un coup final atroce. Sans perdre son calme, Yannick Bru a partagé un message de contrition comme l’avait fait en 2014 le sélectionneur de l’équipe du Brésil de football, surclassée à domicile par l’Allemagne : « Pour tout cela, je m’excuse auprès de nos supporters qui nous ont tant donné cette année. Je ne veux pas que les joueurs s’excusent car ils ont donné le meilleur d’eux-mêmes toute la saison, mais cette finale ternit l’image de notre club. Et nous en sommes un peu désolés. »

On a vu le manager, un Toulousain, venir soutenir son capitaine Maxime Lucu, très affecté au coup de sifflet final par ce contretemps sidérant, comme un coup de poing dans le ventre : « Je lui ai dit qu’il ne fallait pas pleurer et qu’il devait savoir reconnaître quand l’adversaire est bien au-dessus de lui. Je lui ai dit qu’au final, il valait mieux être surclassé en finale que d’être battu 29-28 sur une décision arbitrale discutable. Nous avons été surclassés aujourd’hui, c’est indéniable. On n’était pas invités, mais je pense qu’à la fin du match, ce n’était pas vraiment l’UBB qu’on voyait. Les joueurs étaient meurtris, ils avaient lâché prise dans leur tête et Toulouse était euphorique.

Maxime Lucu, toujours disponible, est venu expliquer son bouleversement émotionnel, aux antipodes de la joie qui l’avait saisi à la fin de la demi-finale, lorsqu’il s’était jeté dans la foule de supporters massés dans les tribunes. « Tu joues une finale, tu rêves toute la semaine de soulever le Shield. Je n’avais pas envie de penser à ces choses-là cette semaine parce que ça met de la pression. J’ai tout donné et je voulais emmener le club vers un titre de champion de France. Perdre comme ça m’a fait très mal. La saison était nerveuse, il y avait beaucoup de choses, la Coupe du monde, les 6 Nations… Finir ici, comme ça, c’est difficile à accepter. Aujourd’hui, j’avais envie d’être récompensée et ça n’a pas été le cas. »

On ne pouvait pas ne pas penser à la fin de la saison 2023, lorsque les Bordelais avaient été éliminés en demi-finale. Ils étaient quasiment autogérés, avec une collaboration entre les acteurs de l’encadrement et le duo Charrier-Laïrle qui avait survécu au limogeage de Christophe Urios. Il était clair que les deux parties avaient mis leur ego de côté pour sauver les apparences et préserver les meilleurs intérêts du club. Mais l’ambiance restait délétère. En 2024, Bordeaux a fait mieux, signe que le climat était bien plus apaisé. « Yannick nous a beaucoup apporté cette saison. Je reviens d’une période très compliquée, tu le sais très bien, et les mots qu’il a prononcés, tout ce qu’il a fait pour moi pendant la saison, ça m’a fait plaisir. Je suis remonté en selle et cela m’a prouvé l’homme que j’étais. Il m’a dit de ne pas baisser la tête., a poursuivi Maxime Lucu.

Et comme si cela ne suffisait pas, toute la délégation a dû boire le calice jusqu’à la lie. Les Bordelais avaient donc prévu de rentrer chez eux au plus vite, quoi qu’il arrive. Mais ce vol de nuit tourne aussi au désastre, les galères les unes après les autres. Les avions n’ont pas pu atterrir à Mérignac en raison des orages qui avaient éclaté dans le ciel girondin. Terrible ironie du sort, vers 5h30 du matin, ils ont été déroutés vers… Toulouse, d’où ils ont dû affréter un bus pour rentrer chez eux par la route. On imagine l’état de leurs corps et de leur moral après une telle odyssée, digne d’une tragi-comédie.

Est-il possible d’être champion en passant par les play-offs ?

Pouvait-on imaginer cette défaite aussi massive ? Durant la semaine, les supporters et observateurs les plus pessimistes parlaient de la barre des quarante points comme pour conjurer le sort. Mais cinquante-neuf, c’était inimaginable, même le plus chaud des supporters toulousains n’aurait pas osé en demander autant. Dans ce genre de circonstances, on pense immédiatement au syndrome de l’équipe qui vit sa première finale et qui serait heureuse d’y être.

Une autre maladie infantile a été envisagée, celle de la semaine très particulière. Des entraîneurs expérimentés comme Ugo Mola l’ont évoqué, une dernière semaine est une semaine où il y a peu d’entraînement, surtout avec un match prévu vendredi, semaine où les joueurs sont sollicités de toutes parts (parfois pour des places). Il en résulte une ambiance très particulière, pas facile à combiner avec la recherche de performances optimales. Yannick Bru a rejeté cette idée : « Non, il y a eu beaucoup de calme pendant la semaine. Le groupe était déterminé à faire quelque chose de grand. Un autre membre du staff rencontré près du bus, alors que tous les joueurs descendaient, nous a raconté : “Je sens que les joueurs sont prêts, les derniers entraînements ont été impressionnants.” Comme tous les Bordelais, il voulait y croire, porté par une saison riche en exploits, c’est vrai, mais encore trop chaotique.

D’autres mettent en avant une série de complications qui ont dégénéré en un feuilleton stressant, les blessures de Matthieu Jalibert, Mateo Garcia et Ben Tameifuna par exemple (lire page 22). La performance du groupe a-t-elle été diminuée ?

On rappelle aussi que l’équipe bordelaise avait eu un jour de moins que son adversaire pour préparer cette finale, six jours au lieu de sept. Et si l’on se souvient qu’elle a joué son match de barrage contre le Racing un dimanche soir (8 juin), on se rend compte que l’équipe bordelaise a dû disputer trois matches en douze jours. En face, l’équipe toulousaine, exemptée de barrage, en avait disputé trois en vingt jours, et elle avait eu le loisir de disputer ses deux derniers matches de la saison régulière (La Rochelle et Lyon) avec une équipe largement renouvelée. Le président Laurent Marti semblait partager cette thèse d’un Toulouse en pleine possession de ses moyens face à un adversaire épuisé.

C’est sans doute ce qui a poussé Yannick Bru à nous livrer en conclusion cette phrase lourde de sens et riche d’une pression qu’il s’est infligée à lui-même : « En fin de compte, nous avons perdu le bras de fer ; nous avons même eu les poignets cassés sous la table. […] C’est difficile de rivaliser avec une équipe de Formule 1 comme celle-là en passant par les play-off… Pour espérer battre Toulouse en finale, il faut se qualifier directement pour les demi-finales, à mon avis.

 
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