1947, Jean Vilar and Avignon – .

1947, Jean Vilar and Avignon – .
1947, Jean Vilar and Avignon – .

En septembre 1947, à l’occasion de l’exposition « Une semaine d’art en Avignon », Jean Vilar propose trois créations théâtrales, dont la Richard II de Shakespeare dans la cour du Palais des Papes… Le Festival est né ! Paru dans le mensuel Sciences Humaines (N°369, juin 2024), un article de François Dosse.

Jean Vilar, acteur et réalisateur, veut, dans l’après-guerre, dépasser la frontière de classe qui reste culturellement entre l’élite et le grand public. Au Théâtre National Populaire (TNP), il cherche à concilier le répertoire avec une mission de divertissement capable d’attirer un nouveau public. Son ambition : réunir ceux qui ont déjà le goût et la pratique du théâtre et ceux qui n’ont pas encore franchi le pas.. Pour lui, le théâtre » ne prend son sens que lorsqu’il parvient à rassembler et à fédérer « . En 1955, une polémique éclate entre Jean-Paul Sartre et Vilar : le premier, qui défend l’idée d’un théâtre avec thèse, engagé politiquement dans une stratégie de rupture idéologique, critique le second pour sa pratique d’un théâtre bourgeois. . Jean Vilar répond indirectement : « Pour moi, le théâtre populaire signifie le théâtre universel ».

C’est par hasard que Jean Vilar trouve le lieu idéal pour réaliser son projet et crée le Festival d’Avignon qui s’imposera comme un rendez-vous incontournable, avec les manifestations théâtrales les plus diverses. A l’origine, il s’agissait seulement de programmer trois émissions pour accompagner, en 1947, une exposition d’arts plastiques : « Avignon devient, dans l’imaginaire de l’équipe TNP, un berceau, un tremplin, un puits de jeunesse », écrivent Emmanuelle Loyer et Antoine de Baecque (1). Le Festival s’est rapidement imposé comme un lieu privilégié d’expérimentation et d’aventure créative avant de rejoindre le théâtre Chaillot à Paris, qui accueille des représentations après l’été. Elle constitue encore aujourd’hui le creuset fondateur de la création théâtrale.

Dans les années 1950, au début du Festival d’Avignon, l’expression théâtrale se renouvelle radicalement. Le théâtre de l’absurde d’Eugène Ionesco et Samuel Beckett s’est déjà distancié du psychologisme. En attendant Godot, la pièce du second, publiée en 1952, met en scène l’isolement des individus et leur incapacité à communiquer dans un monde dénué de sens. C’est aussi la réussite du principe de distanciation de Bertolt Brecht, qui rompt avec le processus classique d’identification, et dont Roland Barthes est le fervent défenseur. Il soutient le TNP de Jean Vilar et contribue par ses articles à élargir son audience. Dans le cadre de son activité de critique de théâtre, il assiste avec enthousiasme à une représentation du Berliner Ensemble of Mère Courage de Bertolt Brecht au Théâtre des Nations en 1955 : il voit dans le dramaturge allemand celui qui réalise au théâtre ce qu’il avait l’ambition de faire en littérature.

À l’été 1968, la contestation de Mai se poursuit et se radicalise encore en se déplaçant au Festival d’Avignon, mettant cette fois en jugement la politique incarnée par Jean Vilar. Il est accusé de s’être transformé en serviteur de la culture bourgeoise. S’il a concocté un programme particulièrement moderne avec le Ballet du 20e siècle par Maurice Béjart et la troupe du Living Theatre dirigée par Julian Beck et Judith Malina, il est la cible d’attaques virulentes. Jean Vilar voit fleurir sur les murs de la ville des affiches qui l’attaquent, le « Papape » : « Les heurts dans les rues et sur la place de l’Horloge se sont multipliés, les CRS ont chargé à plusieurs reprises. Le Festival est devenu un rendez-vous permanent (1)”. De la place de l’Horloge à la place des Carmes, l’effervescence est à son comble. Le public est appelé à prendre possession de la scène et le théâtre s’installe dans la rue, donnant naissance à un Festival parallèle, le Off. Nous exigeons un théâtre libre, populaire, innovant, spontané et critique. Comme l’écrivait Claude Roy le 21 août 1968 dans Le mondeles manifestants font payer à Jean Vilar l’échec politique et social de Mai 68. François Dossé

(1) Historique du Festival d’Avignon, by Emmanuelle Loyer and Antoine de Baecque (Gallimard, 648 p., €42).

Dans ce numéro de juin, Science sociale pose une question très troublante : Qu’est-ce que la beauté? Avec, en plus, un article remarquable sur « Claude Lefort, l’angoisse démocratique » et un passionnant entretien avec la psychologue Carol Gilligan, figure majeure de la pensée féministe. Depuis sa création, Projets de culture a répertorié le mensuel sur sa page d’ouverture sous le Sites conviviaux. Un excellent magazine dont nous recommandons fortement la lecture. Yonnel Liégeois

En raison de l’organisation des Jeux Olympiques de Paris, la 78e édition du Festival Avignon 2024 a modifié ses dates d’ouverture et de clôture : du 29 juin au 21 juillet pour le DANSdu 3 au 21 juillet pour DÉSACTIVÉ.

Pour continuer la lecture :

Le théâtre, le service public, de Jean Vilar. 80 textes rassemblés par Armand Delcampe (Gallimard, 568 p., 35,90 €).

Le théâtre citoyen de Jean Vilar, by Emmanuelle Loyer (PUF, 260 p., €18).

Avignon, royaume du théâtre, by Antoine de Baecque (Découvertes Gallimard, 128 p., €15.80).

 
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