La guerre des tramways n’aura pas lieu

La guerre des tramways n’aura pas lieu
La guerre des tramways n’aura pas lieu

La recommandation de la Caisse de dépôt et de placement, soit de procéder dès maintenant au projet de tramway à Québec, semble vouloir passer comme une lettre à la poste.

Mais ceux qui ont suivi les débats sur le tramway sur le plan politique, et surtout ceux qui, comme moi, en ont surestimé les aspects partisans et politiques, pourront s’étonner du peu d’opposition manifestée contre la décision d’aller de l’avant qui vient d’être prise.

Que s’est-il passé si vite que l’opposition au tramway a disparu ou, du moins, a perdu de son mordant ?

Pour mieux comprendre, faisons un bref retour en arrière.

Bref flash-back

Il n’y a pas si longtemps, les opposants au tramway, qui se disaient appuyés par la majorité de la population québécoise, et les sondages semblaient le confirmer, du moins momentanément, brandissaient la notion d’« acceptation sociale », pour faire valoir que le Le projet de tramway ne correspondait pas aux souhaits de la population. Ces opposants étaient soutenus par une partie de la radio d’opinion québécoise ainsi que, de manière plus discrète et sourde, par des députés et même des ministres du gouvernement de Québec et de Chaudière-Appalaches. Certains voient même dans cette opposition au tramway une manifestation de la spécificité québécoise et même du « mystère québécois ».

La ville de Québec semblait vouloir continuer ainsi, dans le cadre de son opposition au tramway, souvent soutenue par les médias radiophoniques, à se démarquer par son conservatisme politique, par une certaine critique de l’État, par sa critique des politiques locales et élites municipales. et provincial, ainsi que par son style de vie de voiture de banlieue

Le tournant aujourd’hui

Alors que s’est-il passé pour que cette spécificité québécoise se manifeste si peu ces derniers jours face au tramway ?

Première raison : la légitimité par l’expertise, celle de la Caisse de dépôt et placement, a prévalu sur la légitimité par le nombre, c’est-à-dire celle des opposants au tramway.

Deuxième raison : le rapport répondait en partie à l’opposition des banlieues en prévoyant, dans le Plan CITÉ, des aménagements à leur intention.

Troisième raison, on ne peut que le supposer : l’opposition au tramway de certains élus gouvernementaux, notamment de la grande région de Québec, a fini par céder sous la pression de ministres plus haut placés, plus favorables à un projet qui se veut rationnel sur le plan politique. le plan de transport et le plan environnement.

Une quatrième raison réside dans les médias. La radio d’opinion militante québécoise, autre caractéristique du « mystère québécois », s’est quelque peu apaisée au cours des dernières années et plusieurs réactions des animateurs au rapport de La Caisse se sont révélées raisonnables et respectueuses des faits. ce qui a contribué à faire tomber l’opposition militante au tramway.

Quelques leçons

Quels enseignements tirer de ce changement de direction et de cet apparent effritement des oppositions au projet de tramway ?

La première est que le populisme militant ambiant de notre époque tend à s’affaiblir lorsque l’ensemble des élites, politiques, économiques, sociales, académiques et techniques, parlent d’une même voix pour soutenir le projet de tramway.

La deuxième leçon est le fait que des entités, disons Montréal et Québec, qui font partie d’un même ensemble plus vaste, ici le Québec, ne peuvent évoluer indéfiniment vers des structures totalement opposées, ici une grande ville (Montréal) qui se développe en transports structurés, et une autre (Québec), entièrement dédiée au transport automobile. Nous aurons désormais deux grandes villes avec des transports structurants adaptés à chacune, autour du métro pour l’une, autour du tramway pour l’autre. Sur le plan théorique, on peut dire que c’est une tendance à se rapprocher des moyennes (régression vers le signifier).

L’autre enseignement, qui concerne également l’auteur de ces lignes, est que nous avons tendance à surestimer notre angle d’analyse et, dans mon cas, cela signifie que j’ai un peu, et même beaucoup, surestimé la durée et la vigueur de l’opposition politique à le projet de tramway de Québec. Je regrette d’être trop alarmiste à ce sujet.

Les débats sur les transports au Québec tourneront probablement autour de la question du Troisième Lien mais, tout comme la pièce La guerre de Troie n’aura pas lieu, la guerre des tramways elle-même n’aura pas lieu.

Et c’est bien.

Jean Mercier,

Professeur retraité d’administration publique

Université Laval

 
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