Manche. Et si le marché de Rungis relançait l’agneau pré-salé du Mont-Saint-Michel AOP ? – .

Manche. Et si le marché de Rungis relançait l’agneau pré-salé du Mont-Saint-Michel AOP ? – .
Manche. Et si le marché de Rungis relançait l’agneau pré-salé du Mont-Saint-Michel AOP ? – .

Par

Jean-Philippe Massieu

Publié le

16 juin 2024 à 11h56

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Au printemps 2010, les agneaux ont été les premiers à être commercialisés sous l’AOC (Appellation d’Origine Contrôlée) « Prés-Salés du Mont-Saint-Michel », après avoir obtenu le niveau européen qu’est l’AOP (Appellation d’origine protégée). Francis Adam fait partie de la poignée d’éleveurs qui se sont battus pour cela : « Il nous a fallu 18 ans pour l’obtenir ! » « Nous l’avons… mais nous ne sommes pas assez nombreux. Il en faudrait deux fois plus», estime l’éleveur de 74 ans.

Plus que neuf éleveurs en AOP

En effet, seuls neuf éleveurs participent à cette AOP « Prés-Salés du Mont-Saint-Michel » : « Il y en a cinq dans la Manche et quatre en Ille-et-Vilaine. Au départ, il y avait seize producteurs. » Celui dont les parents élevaient déjà des agneaux des prés salés, à La Vendelée, à Bricqueville-sur-Mer, « il y a environ 8 000 moutons dans la baie du Mont-Saint-Michel. Nous représentons 3 900 brebis et nous en avons eu jusqu’à 7 000. » Certains de ces éleveurs sont à la retraite, d’autres ont arrêté l’activité. D’autres vendent leur production sous le nom d’agneau des prés salés mais sans respecter le cahier des charges AOP. « Si on vend à 13 € le kg, ils partent à 12 €. Mais nous payons l’organisme certificateur et nous respectons le cahier des charges. Toutes les mères doivent être nées à la ferme. Nous ne sommes pas autorisés à acheter des femelles. Les brebis et leurs agneaux doivent passer « au moins 90 jours sur l’herbe » et les agneaux « ne peuvent être abattus avant 135 jours. » « Il faut déclarer les entrées et sorties de l’herbe », ajoute Francis Adam, qui vend sa production depuis 35 ans à la boucherie Lombardie d’Agon-Coutainville.

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Stéphanie MaubéConseiller régionale et éleveuse

Mais dans les faits, « il ne faut pas se tromper, l’essentiel du volume est de l’agneau présalé non AOP. C’est quarante éleveurs contre neuf », déplore Clémentine Baloche, directrice de l’EDE (Établissement d’élevage) Normandie pour les Chambres d’agriculture de Normandie.

Contrairement à l’agneau standard, du fait de son cahier des charges, l’agneau AOP « Prés-Salés du Mont-Saint-Michel » ne peut être commercialisé à partir de Pâques mais « de fin mai-début juin à fin décembre ». C’est pourquoi la Chambre d’Agriculture de Normandie et la Région Normandie ont engagé dès la fin de l’année dernière une collaboration avec les grossistes de Rungis pour les vacances de Noël. « Nous avons construit le prix avec eux, de manière très transparente. Il était apprécié des éleveurs. Et le prix n’a plus été discuté depuis. Nous sommes sur un marché de niche de 15 à 20 agneaux par semaine », confirme Clémentine Baloche. Mais il faut le renforcer. « Nous avons aussi les établissements Grosdoit qui nous aident à commercialiser en Normandie. »

Hervé Morin (président de la Région Normandie) et Roland Salle (président de l’AOP Prés-salés du Mont-Saint-Michel), entourés de Stéphanie Maubé (conseillère régionale et éleveuse ovine), Nadège Mahé (agricultrice et vice-présidente de la Chambre d’Agriculture de la Manche) et Francis Adam, constructeur de l’AOP. ©Jean-Philippe MASSIEU

« Nous sommes ravis de découvrir les animaux et les paysages. Ça nous met dans le cadre”, commence Gino Catena, grossiste à Rungis et président du syndicat des volailles de gibier entouré d’une petite délégation selon qui “il y a du potentiel”, certes, mais aussi des contraintes. A commencer par la nécessité de livrer à Rungis non pas des carcasses entières mais « pièce par pièce », « en kits ». Dès lors, la Région a invité Gilbert Michel, président de l’abattoir du Cotentin (Carentan-les-Marais), à la réunion. Pour ce marché (et pas seulement pour celui-ci afin de redresser la situation), cet abattoir devra proposer une offre de découpe (appelée aussi cheville) en plus de l’abattage. «Ça peut s’organiser», estime Gilbert Michel. Autre recommandation des acteurs de Rungis : réfléchir au halal, un marché en plein développement. Cela représente 80 % des 27 000 tonnes commercialisées chaque année par Gino Catena ! Sauf que l’abattage rituel (saigner l’animal) ne fait pas partie des coutumes françaises. Toutefois, des ajustements au processus seraient possibles. Hervé Morin a demandé à Gilbert Michel de vérifier cela.

L’importance de la communication

Un prix de vente rémunérateur auprès des exploitations est un des fondamentaux du maintien de l’élevage. Évidemment. « Si nous parvenons à obtenir un prix, nous aurons plus de producteurs », estime Roland Salle, président de l’AOP.

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En tout cas, pour que l’agneau AOP se différencie de son cousin non AOP (c’est le même combat en camembert par exemple), « il y a une campagne de « comm » à mener. A vous de nous donner des arguments. Si vous avez des ambassadeurs qu’on peut faire parler, c’est ce qui marche le mieux en communication », estime Dominique Martin, secrétaire générale du syndicat Volaille Gibier au marché d’intérêt national de Rungis.

Hervé Morin et Gino Caténa, à Pointe d’Agon. ©Région Normandie

Outre des éleveurs comme Roland Salle, Francis Adam ou Catherine Besselièvre qui sont tout à fait capables de communiquer avec authenticité sur leur métier, « de nombreux chefs parisiens sont normands », assure Hervé Morin. « La communication est la pointe de la lance. Il y a beaucoup de travail à faire», avait déjà insisté Gino Catena en préambule. Un de ses collègues conseille aux éleveurs d’AOP de veiller à « marginaliser » les éleveurs qui commercialisent sous le nom d’agneaux des prés salés alors même qu’ils ne sont pas impliqués dans l’AOP.

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