Dans la Meuse, les castors érodent le moral des agriculteurs – 29/05/2024 à 08:44 – .

Dans la Meuse, les castors érodent le moral des agriculteurs – 29/05/2024 à 08:44 – .
Dans la Meuse, les castors érodent le moral des agriculteurs – 29/05/2024 à 08:44 – .

Un castor nage dans la Houille, affluent de la Meuse, près de Thilay (Ardennes) le 21 août 2019 (AFP / FRANCOIS NASCIMBENI)

Champs inondés quand il pleut et parcelles en proie à l’humidité toute l’année : une dizaine d’agriculteurs déplorent des pertes économiques liées à la présence des castors dans la Meuse.

C’est une bonne nouvelle pour la biodiversité, les castors sont de retour dans la Meuse, en provenance de Belgique, alors que l’espèce avait quasiment disparu dans la région.

Mais ces rongeurs, connus pour être d’ardents travailleurs qui construisent des barrages la nuit, empêchent la bonne circulation de l’eau à travers leurs infrastructures, selon un couple d’exploitants qui se battent depuis quatre ans pour éviter les pertes liées à leur présence.

Basés à Sivry-sur-Meuse, au nord de Verdun, les époux Renaudin estiment avoir perdu, entre 2021 et 2023, plus de 38 000 euros directement liés aux « dégâts causés par les castors », avec des pertes sur les récoltes de maïs. , tournesol ou orge.

Mais puisque l’espèce est protégée, pas question de détruire les barrages… que ces bûcherons hors pair auraient de toute façon vite reconstruits.

En 2020, alors que la présence de castors était avérée dans la filière, des agriculteurs comme le couple Renaudin « ne pouvaient pas récolter leur maïs à cause de l’eau », rappelle Philippe Jonvaux, naturaliste et coprésident du Groupe d’étude des mammifères lorrains (GEML).

Dans le cadre de la médiation, l’installation d’un siphon a été proposée par le GEML. Il “a bien rempli son rôle”, a déclaré à l’AFP M. Jonvaux. “L’eau s’est retirée” mais de fortes pluies pourraient aussi avoir provoqué des inondations, “non liées à la présence du castor” selon lui.

– “L’excès d’eau” –

Karine Renaudin l’affirme néanmoins : le castor est la cause des maux des agriculteurs du secteur. « Nous avons déjà prolongé une jachère, et malgré tout, la culture est trop arrosée » et les pertes sont importantes.

Au total, en 2024, cinq barrages de castors ont été recensés autour de Sivry-sur-Meuse, dont un abandonné depuis.

“Alors que dans les premières années les impacts étaient essentiellement localisés autour du bois, en 2024, l’engorgement des sols touchera une superficie bien plus importante (estimée à 140 hectares)”, indique la Chambre d’agriculture dans un compte rendu d’une rencontre entre la douzaine d’agriculteurs concernés et services de l’État en mars.

Un barrage de castors sur la Houille, affluent de la Meuse, près de Hargnies (Ardennes) le 1er août 2019 (AFP/FRANCOIS NASCIMBENI)

Les castors “empêchent les agriculteurs de travailler”, a déclaré à l’AFP le maire Claude Venante. « L’eau monte dans les cultures » donc les agriculteurs « ne peuvent ni semer ni récolter », résume-t-il.

Les barrages perturbent également l’assainissement municipal, déplore l’édile. “On risque d’envaser les canalisations, donc ça coûte de l’argent.”

Plus gros rongeur semi-aquatique d’Europe, le castor avait disparu du Grand Est au XVIIe siècle, à l’exception de quelques individus dans les Vosges, mais des lâchers en 1998 en Belgique ont repeuplé la région.

Au maximum, selon le GEML, il y aurait six castors à Sivry-sur-Meuse, sur trois générations.

En construisant des barrages, “ils créent des zones humides qui sont des habitats pour de nombreuses autres espèces” et des retenues d’eau qui contribuent à réduire l’érosion des sols, rappelle l’Office français de la biodiversité (OFB).

– Espèces protégées –

En 2022, le ministère de la Transition écologique, interrogé au Sénat sur le castor, indiquait que l’espèce était présente « sur environ 15 000 km de cours d’eau en France et son aire de répartition ne cesse de croître ».

Il a assuré que « les services de l’État, notamment en région, sont mobilisés pour apporter, en toutes circonstances, les réponses les plus adaptées aux problèmes posés par la cohabitation entre le castor et l’homme ».

Pour les époux Renaudin, la réponse serait une relocalisation du castor, accordée uniquement sous un régime exceptionnel, l’animal étant une espèce protégée.

M. Jonvaux recommande de déplacer une partie de l’exploitation agricole, donnant ainsi aux agriculteurs d’autres terres, vers un endroit où les castors ne sont pas présents.

Pour l’instant, aucune solution convenable pour les deux parties n’a été trouvée, selon Karine Renaudin.

Le gouvernement a précisé, en 2022, qu’il n’était pas prévu de régime d’indemnisation spécifique dans le cas où des espèces protégées causeraient des dommages, sauf dans le cas d’un « caractère grave et particulier ».

Sollicitée, la préfecture de la Meuse n’a pas répondu aux sollicitations de l’AFP.

 
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