quand Saignon était le refuge d’une diaspora d’artistes argentins

quand Saignon était le refuge d’une diaspora d’artistes argentins
quand Saignon était le refuge d’une diaspora d’artistes argentins

Cheveux tirés derrière la nuque, regard pénétrant, il ressemble à un révolutionnaire argentin dans sa chemise à poches, sur cette photo postée devant la médiathèque Saignon, rebaptisée « Julio Cortázar » il y a deux ans. Derrière le visage saisissant de l’écrivain, enveloppé de fumée de cigarette, une affiche vintage annonce, désignant « Grand Bal Gratuit », « Concours de Boules de Pétanque ».

En 1971, date à laquelle cette photo de Colette Portal a été prise, l’homme faisait déjà partie du quotidien de ce village perché sur les hauteurs d’Apt, où il a vécu 14 ans. Intégré et connu de tous, »il venait régulièrement aux fêtes de village», décrit Pierre Godard. Le retraité a côtoyé l’écrivain durant son adolescence. Il se souvient d’un personnage »calme« . Une figure discrète, presque paternelle, rencontrée de temps en temps, dans les ruelles où sa longue silhouette accueillait les « gamins », puis, dans la maison de ses propres parents : «Il est venu utiliser le téléphone. C’était une denrée rare à l’époque.

Des décors qui évoquent l’Argentine

Né en 1914 en Belgique, Cortázar a grandi en Argentine. Dans les années 1950, il s’installe à Paris pour échapper au péronisme, puis à la dictature de Videla. Par hasard, il découvre le Luberon, Apt, Saignon. Il y achète un cabanon en 1964. Le village devient sa « cachette », loin de la mondanité parisienne : il s’y camoufle pour écrire, s’inspirant des paysages – plusieurs de ses amis argentins décrivent la ressemblance frappante avec la province de Mendoza. , où vivait Julio Cortázar, et plus généralement en Amérique du Sud. “On dirait le Machu Pichu», aurait dit son amie Rosario Moreno. Autre « cachette » : son van Volkswagen, dans lequel il sillonne les routes du Luberon pour écrire et corriger ses textes.

Le long des rues pavées persistent quelques témoins de cette époque, piliers du village, qui côtoyaient l’écrivain et son cercle d’amis surnommés par lui « le phalanstère ». Certains de ces Argentins y ont élu domicile : le couple Rosario Moreno et Aldo Franceschini, venus d’abord aider Cortázar à restaurer son hangar avant de s’installer à leur tour, à Saignon, dans « la maison au pied du rocher » ; puis, le peintre Julio Silva ; l’adepte de l’art géométrique abstrait Luis Tomasello, son épouse, Delia Rufino… »Il est facile d’en parler. Ils ne roulent pas sur l’or et leur humilité séduit. Ils enrichissent le rythme paisible et silencieux du village», décrivent les « Cronopes », un collectif d’habitants et les aficionados d’Argentine, fondée en 2021 pour honorer la mémoire de l’écrivain, couronné en 1974 du Prix Médicis étranger. Au cours de leurs recherches, ils ont recueilli des témoignages et interrogé les mémoires vivantes de Saignon.

 
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