entretien avec Jocelyne Baruffa, élue de Châteauneuf-d’Entraunes

entretien avec Jocelyne Baruffa, élue de Châteauneuf-d’Entraunes
entretien avec Jocelyne Baruffa, élue de Châteauneuf-d’Entraunes

Jocelyne Baruffa, maire de Châteauneuf-d’Entraunes depuis 2001, a un rêve : que le secteur du Val d’Entraunes – l’un des plus isolés du département – ​​travaille avec la municipalité pour attirer les services et la culture.

A 65 ans, ce fonctionnaire à la retraite constate que les maires sont trop occupés «le quotidien, chronophage»ce qui les détourne de projets plus collectifs ou ambitieux.

Comment définissez-vous votre commune ?

C’est un joyau, un joyau par sa position. On a une vue à 360 degrés, on est sur un promontoire, on n’a peur de rien. Les maisons sont regroupées, pas très éloignées les unes des autres et nous sommes dans un environnement magnifique.

Le Col de la Cayolle vient de rouvrir. Qu’est-ce que cela change pour vous ?

Évidemment, cela change en termes de fréquentation. La position de Châteauneuf n’est pas sur l’artère principale du Var. Il faut prendre de l’altitude, c’est une impasse. Nous avons l’apport des motards et des touristes curieux de venir, mais le fait de ne pas être sur le chemin est la faiblesse du village. Il faut avoir la curiosité pour venir. Ceux qui le font sont étonnés.

Quelle est la population?

Nous avons une population qui vit en grande partie dans des résidences secondaires. En hiver, nous sommes entre 12 et 15. L’été, nous sommes 60. Il y a trois enfants et pas de transport scolaire, il faut les amener… On se sent isolé et en même temps préservé. Il faut y trouver son compte. Mais il développe l’entraide, la solidarité.

L’un des grands défis, comme pour beaucoup, est d’entretenir l’auberge…

Il y a deux ans, j’ai tenu une réunion publique pour savoir si tout le monde voulait qu’il reste ouvert, compte tenu des échecs successifs : au bout de deux ans, les gens finissent toujours par partir. Tout le monde voulait qu’il reste ouvert : il doit y avoir un point de rendez-vous sur la place. Un jeune homme a proposé, mais aujourd’hui nous souffrons encore de l’éloignement et de l’absence d’axe routier : comment faire venir les gens à Châteauneuf ? En plus de l’auberge, nous disposons d’un gîte, ce qui nous offre 18 couchages au total. Nous avons fait appel à une entreprise privée et a priori, il apparaît que ce devrait être une opération mutualisée et que la restauration de l’auberge doit être développée.

Cette auberge est-elle le moteur du village ?

Il faut savoir que nous sommes sur le GR52a, un itinéraire fréquenté par les randonneurs. Châteauneuf constitue peut-être une étape plus importante. Nous avons aussi la ferme Barlatte, tenue par un couple installé là depuis 11 ans. En partenariat avec la municipalité, nous avons développé une belle affaire : ils utilisent des bâtiments publics, mais ont investi. Leurs fromages et yaourts sont très réputés. Ils reçoivent des groupes, à des fins pédagogiques, et organisent des activités.

Le maire d’Entraunes, Pierre Tardieu, défend l’idée d’une réunification des communes du Val d’Entraunes. Qu’en penses-tu?

Je ne pense pas que ce soit l’opinion de tout le monde. Je pense que nous sommes tous différents et complémentaires. Les populations ne sont pas encore prêtes pour ce type de projet. Nous avons fait de grands progrès, avec le label « Villages du Futur ». [Un mécanisme d’État dont ont récemment bénéficié les communes du secteur, de par leurs difficultés d’éloignement]. Cela nous permet de nous rencontrer, de partager nos préoccupations. Mais, nous avons des spécificités qui relèvent des prérogatives communales. Quand on regarde les regroupements… On ajoute des couches. Mais le rôle du maire, dans les petites villes, est important. Surtout en hiver, quand il n’y a personne. Lorsqu’ils rencontrent le maire, les gens sont rassurés. Même si les évolutions régionales doivent être envisagées à une plus grande échelle. Il fut un temps où tout le monde voulait une auberge, et nous avions tous les mêmes problèmes…

Comment y remédier ?

Mon cheval de bataille est de nous apporter des services et de la culture. Je rêve d’un camion qui monte, avec des jeux pour occuper les personnes âgées. Quand j’étais enfant, je me souviens de la boulangerie klaxonnant. C’était super. Aujourd’hui c’est une nouvelle ère, c’est un grand regret. Mais nous y travaillons. Il y a déjà des bus reliés à Guillaumes. Mais cela ne suffit pas.

Les municipalités font-elles des choix concurrents ?

Nous sommes tous pris par le quotidien, qui prend beaucoup de temps. Je rêve de faire du Val d’Entraunes une terre de festivals. Nous nous battons tous sur le même sujet, mais il ne faut pas faire la même chose au même moment.

Sur le territoire, se trouve la station de ski du Val Pelens, gérée par la commune de Saint-Martin-du-Var. Face au changement climatique, il s’est posé la question de sa fermeture. Qu’en penses-tu?

Vu de l’extérieur, il me parle de mon enfance. Je me suis promis que ma petite fille irait au Val Pelens apprendre à skier. C’est essentiel, cela fait partie de notre histoire. Mais je ne suis pas maire de Saint-Martin-du-Var.

Peut-être que les communes pourraient partager la charge, s’organiser pour se développer différemment ?

Ce n’est pas trop d’actualité. Je ne veux pas m’immiscer dans les affaires de Saint-Martin-du-Var. Pour les grandes stations, c’est différent, il y a d’autres communautés…

Qu’est-ce que ça fait d’être maire de cette ville qui varie entre 12 et 60 habitants ?

C’est une grande fierté. Je suis originaire de Châteauneuf. Mes parents tenaient l’hôtel-restaurant. En 2001, j’ai souhaité changer de commune, je voulais rendre ce que Châteauneuf m’avait donné. Maire, c’est à moi de décider. En grandissant, cela ne m’intéressait pas. Il faut être passionné par le métier, le village, et être proche des gens. Cela demande beaucoup d’implication, mais j’ai un très bon soutien.

Ses trois priorités

Enfouissement des réseaux du hameau de Tourres : « Tous ces travaux d’enfouissement des lignes aériennes se faisaient à l’extérieur du village. Nous avons aussi la fibre, qui devrait arriver au troisième trimestre de cette année.

Préservation des ressources en eau : « Nos ressources en eau sont faibles. Nos sources sont à 7 kilomètres du réseau. Nous étudions la possibilité de créer un réseau d’irrigation des jardins et potagers, afin de libérer cet usage de l’eau alimentaire.

Requalification du village : “Nous y travaillons, nous avons un gros projet en cours, dont l’installation d’une borne pour véhicules électriques.”

Un coup de coeur

« La ferme Barlatte est une belle réussite, un parfait exemple de partenariat public/privé. Et je veux rendre hommage aux habitants, à leur solidarité dans les bons comme dans les mauvais moments.

Une diatribe

« J’en ai plusieurs ! L’absence de réponses, en matière d’urbanisme par exemple. Nous sommes tenus de faire des déclarations préalables, ce qui est normal, mais quand nous avons des questions, nous n’avons jamais de réponse. On tombe sur les plateformes téléphoniques, ce n’est plus supportable. De plus, il faut relancer plusieurs fois les appels d’offres pour que les entreprises répondent et viennent à Châteauneuf-d’Entraunes. Il y a globalement une grosse frustration : entre les. Au moment où on a l’idée et la réalisation, il faut être patient et optimiste. Et j’ai un regret : il y a beaucoup de maisons fermées dans le village, des héritages non réglés, c’est dommage.

 
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