rencontre avec la dernière couturière des Landes pour confectionner des tenues

A tous ceux qui utilisent l’expression « passer son temps à enfiler des perles » pour qualifier quelqu’un qui perd son temps… Alors ouvrez la porte de l’Atelier de Flo à Samadet. S’il y en a une qui ne perd pas son temps à se consacrer à cet art – n’ayons pas peur des mots – c’est bien Florence Sébie.

A peine plus grande que ses mannequins couture, cette Landaise de 55 ans est née à Aire-sur-l’Adour, a grandi à Payros-Cazautets, avant de passer par Bats et, enfin, de s’y installer à Samadet à douze ans. . Naturellement doux comme le velours qu’elle utilise pour ses boléros, son caractère se révèle aussi piquant que ses aiguilles lorsqu’il s’agit de défendre la race landaise.

C’est elle qui fait briller les héros des ruedos, au sens littéral du terme. Evidemment, ils illuminent la piste de leur talent et de leur courage sans limite pour affronter les coureurs, mais s’ils brillent sur le sable ocre, c’est grâce au savoir-faire et au souci du détail des mains délicates de Florence Sébie.


Chaque sequin est brodé à la main.

Matthieu Sartre

« Tous les jours ne sont pas roses »

Des mains qui avaient rempli un dossier pour entrer dans le domaine culinaire mais qui ont dû faire un deuxième choix : la couture. « A 17 ans, j’intègre la fabrique de pantalons Chez Daudignon à Hagetmau. Mes frères et sœurs ont fait la découpe et j’ai fait la préparation des jambes doublées thermocollées. Je l’ai aimé. Il y avait une bonne ambiance, même si ce n’était pas tous les jours rose avec un contremaître qui surveillait le rendement. »

Elle prend un congé parental pour élever ses enfants avant de s’occuper de ceux des autres. «J’ai continué à coudre. J’ai confectionné 50 % de leurs vêtements », estime-t-elle. Les enfants ayant grandi : elle décide de s’installer seule. « Le hasard a voulu que j’ai connu M. Lucat, maître tailleur à Misson. Il cherchait quelqu’un de confiance pour reprendre son atelier. »


Florence Sébie propose des boléros miniatures.

Matthieu Sartre

En 1999, un ami de son fils, Christophe Darsacq, entre à l’école taurine. «Hé maman, tu sais coudre. Tu peux lui faire un boléro ? », se voit-elle demander un jour. Elle se procure un modèle et tente de relever le défi. Depuis, elle n’a jamais vraiment arrêté.

La carcasse d’ADN


Sur ce rack, les boléros des habitués à reprendre.

Matthieu Sartre

L’ADN d’un boléro, ou plutôt sa colonne vertébrale, c’est la carcasse. “Si elle s’en va, tout se passe.” Ce tissu matelassé réalisé à partir de draps épais anciens d’antan est composé d’une multitude de surpiqûres réalisées sur mesure. « Cela lui donne de la résistance. cela le rend plus rigide. » La carcasse protège, mais face à une réplique bien lancée, tous les coups ne peuvent pas être parés.

Pour le reste, les couleurs, les motifs, les franges… Florence suit les envies de l’épandeur ou du pull, sinon, elle dessine un croquis inspiré des formes traditionnelles. Des passementeries recouvrent chaque ligne de Blanco apposée sur la veste. Le remplissage se fait avec des centaines de paillettes à coudre une à une. Là encore, les variantes sont infinies avec de simples paillettes, d’autres à facettes, qui peuvent être surmontées d’une perle.

Faire et défaire

Un terrain de jeu sans limites. Une seule règle : tout faire à la main. Pour la seule partie paillettes, comptez trente à quarante heures de travail par boléro sur les quatre-vingts à cent vingt heures au total. Le tout sous la surveillance de Perle et Paillette, les deux chats de l’atelier. En plus des dix à quinze créations annuelles, Florence Sébie assure les réparations. Faire et défaire est toujours du travail.

“Je continuerai à faire des boléros toute ma vie, même si un jour ça ne m’apporte plus rien”

Au début de l’hiver, ses habitués lui apportent leurs précieux. Là, pour un ajustement de taille. Ici, ajouter des paillettes qui n’ont pas résisté au dernier contact avec le coursier. « Celle-ci, par exemple, je l’ai fait il y a neuf ans », dit-elle en sortant une veste violette légèrement poussiéreuse.

Le boléro blanc destiné à Jérôme Costarramone.


Le boléro blanc destiné à Jérôme Costarramone.

Matthieu Sartre

Florence Sébie compte plus de 250 boléros à son actif. Comptez 850 euros pour un boléro de travail et environ 1 100 euros pour un boléro de défilé. Impossible cependant pour cette mère de vivre de sa production. C’est la passion qui la fait avancer. « Je continuerai à faire des boléros toute ma vie, même si un jour ça ne m’apporte plus rien. » Florence Sébie ou l’art d’enfiler les perles pour défendre la culture landaise.

Boléro blanc et mariage

Dans un coin de son atelier, Florence Sébie dévoile un boléro blanc. « Il est destiné à Jérôme Costarramone, vainqueur du championnat de France des épandeurs 2023. C’est un cadeau de la fédération. » L’objet du défilé était en satin. « Une matière bien plus compliquée à manipuler que le velours. Cette création m’a pris environ trois mois. »
Une fabrication 100% française qui apporte du réconfort au cœur de la couturière, assez agacée de voir la production de cette distinction, un temps, confiée à l’Espagne. Les boléros Florence ne sont pas exclusivement réservés à la course landaise. « Il m’est arrivé d’en réaliser pour une exposition en Alsace ou pour habiller un palefrenier, étranger au monde taurin. »
Raphaël Vidal

 
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