comment le tourisme « a stoppé le déclin » de l’ancienne ville industrielle

« La ville était rythmée par les sirènes des usines, les gens partaient le matin avec la sirène, rentraient chez eux avec la sirène. » A l’exception des PME, dont les fonderies Faro, Knauf, Bois Tourné et Steico, les belles heures de l’industrie n’existent que dans les mémoires de Casteljalousains, comme celles de Jean-Claude Guénin, maire de 1994 à 2017.

Pourtant, il y a trente ans à peine, « toute l’économie de Casteljaloux reposait sur l’industrie ». En 1975, le secteur productif (industrie et agriculture) employait 62,7 % de la population active, contre 25,6 % en 2019. À l’instar de la sidérurgie à Fumel ou de la chaussure à Miramont-de-Guyenne, « tout un pan du tissu industriel » s’est forgée grâce à la forêt (scieries, imprimeries, papeteries) et autour du machinisme agricole, puis « s’est effondrée » au fil « des crises économiques qu’a connues la France », analyse l’ancien premier édile.

Chômage de masse

La Fonderie Gilbert, fondée en 1908, comptait plus de 200 salariés lorsqu’elle a fermé ses portes en 1984. « Certaines entreprises ont continué, mais avec pour conséquence des plans sociaux. » Ce fut le cas de la scierie Gilet et Isorel, aujourd’hui Steico. La ville est en proie à un chômage de masse lorsque Jean-Claude Guénin devient l’assistant financier de José Bès. « Les entreprises fermaient, les gens partaient. Moins de population signifie moins de financement de l’État : c’est un effet en cascade. Il fallait trouver d’autres débouchés économiques. »


Jean-Claude Guénin, maire de Casteljaloux de 1994 à 2017, et Julie Castillo, sa colistière et successeure, réélue en 2020.

CG

Le tourisme est alors à la mode : le Conseil général [désormais appelé Conseil départemental, NDLR] met la Baïse et le Lot en navigation, aménage le canal latéral à la Garonne. A Casteljaloux, Joseph Turroques avait creusé un premier sillon avec le lac de Clarens. Inauguré en 1977, il fut le site touristique le plus visité du Lot-et-Garonne jusqu’à l’ouverture du parc Waliby en 1992. En 1983, le golf, créé face au lac, « sert de vitrine à la ville », décrit Jean. -Claude Guénin, qui décide alors de renouer avec le passé thermal de la ville aux portes des Landes et, ainsi, d’ouvrir la possibilité de construire un casino.

Le projet est néanmoins laborieux, voire hasardeux, car il s’avère vite que les eaux ferrugineuses, qui soignaient l’anémie et le rachitisme entre 1830 et 1900, n’ont plus aucun intérêt médical. Les diverses municipalités de droite n’en démordent pas, s’aventurant à grands frais dans l’exploration des sols à la recherche de nappes d’eau chaude, repérées par la prospection pétrolière. Le Graal sera retrouvé à 1 367 mètres sous la surface terrestre, grâce à des forages réalisés en 1987.

Sceptiques

Quinze ans après les premières expérimentations thérapeutiques, les Bains de Casteljaloux ont ouvert en 2002 (103 000 entrées en 2023). « Le pari était risqué », reconnaît Jean-Claude Guénin. Durant toutes ces années, « légitimement, les gens se posaient des questions. Il a fallu être convaincant. Il existait de nombreuses idées reçues sur le thermalisme, considéré comme réservé aux classes supérieures. » Les sceptiques critiquent une trajectoire vers le « tout tourisme » alors que les licenciements se multiplient, notamment à la parqueterie Frauciel (fermée en 2007). « Cela a été perçu comme extravagant », se souvient sa successeure, Julie Castillo.


Le casino verse à la commune un impôt sur le produit des gains, qui s’élève à plus de 7 000 000 d’euros en 2023, en plus du loyer du site.

Thierry Breton/SO

Les oppositions s’inquiètent du risque financier, la Cour des comptes s’attaquant à la municipalité sur son taux d’endettement – ​​les terrains étant toujours lourdement taxés. Un danger qu’assume Jean-Claude Guénin. « Même si nous ne pouvions pas remplacer tous les emplois perdus, si nous ne faisions rien, c’était zéro, il fallait essayer quelque chose » ; le sort de Miramont-de-Guyenne faisant office d’épouvantail. « Nous avons réussi à enrayer le déclin », se satisfait-il. La vacance commerciale qui recule alors dans la Grand-rue et l’investissement dans les services publics deviennent vite perceptibles.

Sur le même sujet

Y a-t-il un effet Center Parcs à Casteljaloux ?

Il y a deux ans, le village vacances nouvelle génération, à deux pas de la Cité des Cadets de Gascogne, ouvrait ses portes avec la promesse d’un développement environnant. Le pari semble sur le point d’être gagné

“Unanimité”

« L’exploit » pour le maire de l’époque fut l’ouverture en 2015 de l’unique casino du département (75 000 entrées annuelles en moyenne) au bord du lac de Clarens (105 000 visiteurs par an). Le retour sur investissement est immédiat : en 2023, la commune a perçu 674 529 euros d’impôt sur les revenus des jeux, « plus que ce que rapporterait une entreprise de 150 salariés ». L’installation du site Pierre et Vacances en 2022, aux portes de la ville thermale, n’a fait que renforcer la ville comme « locomotive du tourisme dans la région », estime l’actuel maire, dont Center Parcs est un wagon. »

Aujourd’hui, il y a « l’unanimité » sur la politique touristique, selon Raymond Girardi, président de la communauté de communes Coteaux et Landes de Gascogne. « Ce qu’il nous faut maintenant, c’est développer l’accueil. »

 
For Latest Updates Follow us on Google News
 

PREV « On a frôlé le pire ! » – .
NEXT Tours. Un spectacle original pour la fête nationale du 14 juillet : ce qu’il faut savoir