Le pavillon Hélène-Desmarais pèse sur les finances de HEC Montréal

Construit au coût de 235 millions de dollars, le nouveau pavillon Hélène-Desmarais contribue à placer HEC Montréal dans une situation financière difficile alors que le nombre d’étudiants stagne.

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Plus tôt ce mois-ci, dans un message interne obtenu par Le journalle directeur d’HEC, Federico Pasin, a invoqué « les défis et les problèmes auxquels nous sommes exposés sur le plan financier » pour justifier le licenciement de 17 salariés affectés à la maintenance et à la sécurité.

« Même si nous avons déployé des efforts importants pour assurer une saine gestion et une allocation judicieuse de nos ressources financières, nous continuons de faire face à des financements gouvernementaux bien en deçà de nos besoins et à des règles budgétaires qui nous offrent très peu. marge de manœuvre», a poursuivi M. Pasin, qui a décliné notre demande d’entrevue.

Une manifestation a eu lieu au début du mois pour dénoncer le licenciement de 17 travailleurs de HEC Montréal.

Photo prise depuis la page Facebook de la SCPF

Lettre au conseil d’administration

Le licenciement des 17 travailleurs a choqué plusieurs membres de la communauté de HEC Montréal.

« Ces licenciements nous choquent d’autant plus qu’ils font porter le poids de nos difficultés économiques sur des personnes qui comptent parmi nous les plus vulnérables sur le marché du travail et dont la voix est la moins entendue dans notre institution », peut-on lire dans une lettre adressée à au conseil d’administration de l’établissement par 240 salariés et étudiants dont Le journal j’en ai reçu une copie.

La missive précise qu’HEC « s’apprête à enregistrer un déficit historique, résultant d’un contexte sans précédent (inflation, construction neuve et faible scolarisation) ». Ses auteurs soutiennent cependant que « les assises financières de l’École restent extrêmement solides ».

Au cours de l’exercice financier 2022-2023, terminé le 30 avril 2023, HEC Montréal a enregistré un déficit de 270 000 $ alors qu’elle avait l’habitude de générer des surplus atteignant des millions de dollars. Le dernier déficit de l’école remonte à 2015-2016. Les états financiers de l’année 2023-2024 n’ont pas encore été rendus publics.

Photo Sylvain Larocque

La dette explose

En avril 2023, HEC avait une dette à long terme de 149 millions de dollars, soit 40 % de plus qu’un an plus tôt et 112 % de plus que trois ans plus tôt. L’augmentation s’explique principalement par les emprunts nécessaires au financement de la construction du nouvel immeuble au centre-ville, inauguré en septembre en présence du premier ministre François Legault.

De plus, les revenus de scolarité ont diminué de 3,9% en raison d’une baisse des inscriptions de 4,6% en 2022-2023. Après avoir connu une croissance soutenue entre 2017 et 2020, le nombre d’étudiants s’est établi à 13 650 à l’automne 2023, soit à peu près le même niveau qu’en 2017, selon la Direction de la coopération interuniversitaire.

D’ici 2030, le ministère de l’Éducation prévoit une augmentation annuelle moyenne de 0,9 % du nombre d’étudiants à HEC, comparativement à 1 % pour l’ensemble des universités québécoises.

Malgré cette croissance mitigée, HEC Montréal soutient qu’il lui fallait un nouveau pavillon, qui augmenterait la superficie totale de ses locaux de 22 % et le nombre de ses salles de classe de 40 %.

«La construction d’un nouveau bâtiment était devenue inévitable, car HEC Montréal faisait face à l’un des plus importants déficits d’espace du réseau universitaire», a déclaré la porte-parole de HEC, Andréanne Gagnon.

Elle a ajouté qu’« environ 150 personnes ont leur bureau principal » dans l’édifice Hélène-Desmarais.

Selon HEC Montréal, plus de 6 000 étudiants et 7 000 clients de l’École des cadres ont suivi au moins un cours sur place depuis l’automne.


Le pavillon Hélène-Desmarais de HEC Montréal.

Photo Provencher Roy

Dépassements de coûts

Pour couvrir la facture de 235,2 millions de dollars du nouveau pavillon, Québec a payé 108,5 millions de dollars tandis que HEC a contribué 87,4 millions de dollars et la fondation de l’école, 39,3 millions de dollars. De cette dernière somme, 7 millions de dollars provenaient d’Hélène et Paul Desmarais Jr, ce qui leur donnait le droit de nommer l’édifice.

En 2018, le projet était évalué à 183,1 millions de dollars, dont 93,5 millions de dollars devaient être assumés par le gouvernement et 50,3 millions de dollars par HEC.

Ministre responsable de la Métropole lors de l’annonce du projet en 2016, Martin Coiteux a refusé d’évoquer le dossier la semaine dernière. En novembre, M. Coiteux est devenu professeur agrégé à HEC Montréal, où il a été professeur de 1993 à 2012.


En septembre 2023, HEC Montréal a inauguré le pavillon Hélène-Desmarais au cœur du centre-ville. De gauche à droite sur la photo : le président-directeur général de la Fondation HEC Montréal, Michel Patry, le directeur de HEC Montréal, Federico Pasin, le responsable du développement économique au comité exécutif de la Ville de Montréal, Luc Rabouin, le la ministre de l'Enseignement supérieur, Pascale Déry, le premier ministre du Québec, François Legault, la présidente du conseil d'administration de HEC Montréal, Hélène Desmarais, l'homme d'affaires Paul Desmarais et la directrice du développement du campus de HEC Montréal, Loretta Cianci.

Michel Patry, Hélène Desmarais ainsi que les ministres Hélène David et Martin Coiteux lors de l’annonce officielle du projet en octobre 2016.

Photo HEC Montréal

Michel Patry, PDG de la Fondation HEC Montréal et ancien directeur de l’école, a également préféré ne pas s’adresser aux Journal.

Des millions de dollars en bonus

Malgré ses finances précaires, HEC Montréal a jugé bon de verser l’an dernier une « somme forfaitaire » de 2 % à ses employés, une dépense qui s’élève à des millions de dollars.

« Tous les membres du personnel de l’École ont bénéficié en 2022-2023 d’une somme forfaitaire équivalente à 2 % du salaire annuel de base perçu au cours de l’exercice 2021-2022 ; ce n’est pas une prime ni un montant basé sur la performance », lit-on dans un document déposé au ministère de l’Enseignement supérieur.

Contre les règles

Or, en ce qui concerne la haute direction, le versement de cette prime allait à l’encontre des règles imposées par le gouvernement, a estimé le commissaire aux comptes d’HEC dans un avis écrit.

«La prime forfaitaire de 2 % accordée aux membres de la haute direction ne répond pas aux exigences précisées à l’article 5.11.4b) du règlement», a tranché Raymond Chabot Grant Thornton. Une prime ne peut être accordée à un membre de la direction générale dans un cadre autre qu’une fonction complémentaire d’un niveau supérieur à la fonction principale exercée temporairement dans une situation intérimaire.


En septembre 2023, HEC Montréal a inauguré le pavillon Hélène-Desmarais au cœur du centre-ville. De gauche à droite sur la photo : le président-directeur général de la Fondation HEC Montréal, Michel Patry, le directeur de HEC Montréal, Federico Pasin, le responsable du développement économique au comité exécutif de la Ville de Montréal, Luc Rabouin, le la ministre de l'Enseignement supérieur, Pascale Déry, le premier ministre du Québec, François Legault, la présidente du conseil d'administration de HEC Montréal, Hélène Desmarais, l'homme d'affaires Paul Desmarais et la directrice du développement du campus de HEC Montréal, Loretta Cianci.

Federico Pasin, directeur de HEC Montréal depuis 2019.

Photo HEC Montréal

HEC Montréal n’aurait probablement pas enregistré de déficit en 2022-2023 si elle n’avait pas versé une prime à ses employés. En 2021-2022, l’école a enregistré un surplus de 8,2 millions de dollars.

Pour le directeur d’HEC, Federico Pasin, la prime s’élève à 7 000 $. En 2022-2023, le gestionnaire a reçu une rémunération totale de 395 000 $, soit 13 % de plus que l’année précédente.

 
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