Sans eau ni électricité, il vit en ermite aux confins de la Haute-Loire (vidéo)

Sans eau ni électricité, sans réfrigérateur ni ordinateur, sans télévision ni téléphone, « Patou » est le seul habitant à l’année du village de Laval, à Saint-Pal-de-Mons, dans sa maison isolée. Rencontre avec celui qui est le gardien des gorges de la Dunière, philosophe dans l’âme et poète à ses heures. Un amoureux de la nature qui a choisi de vivre en paix, loin du tumulte d’une société qu’il ne supportait plus.

En ce jour de pèlerinage, le chemin qui passe devant sa maison est toujours plein. Les promeneurs se succèdent et tous regardent attentivement cette petite maison aux fenêtres bleues, accrochée à la colline. La boîte aux lettres, dont la couleur correspond à celle des volets, n’est qu’un élément de décor sur son poteau en bois. Cela fait bien longtemps que le facteur ne descend plus dans les gorges ici. Cette petite bâtisse en pierre est atypique. Ses dimensions sont modestes. Une chambre sous les toits donne sur le seul séjour équipé d’une cheminée. C’est ici qu’habite celui que tout le monde appelle « Patou », de son vrai nom Jean-François Terrat.Photo Lionel Ciochetto

Amoureux des lieux, un « coup de cœur »

A bientôt 60 ans, il a choisi d’y vivre à l’année il y a maintenant six ans. Cet endroit est avant tout « un coup de cœur. Quand j’étais petite, Paulette Gaillard s’occupait de moi. Elle possédait cette maison et je suis arrivé ici à la fin des années 1970. Je me suis dit qu’il fallait que je vienne vivre ici un jour ?! », explique l’homme, un peu « bourru » au début, mais doté d’une grande sensibilité une fois qu’on prend le temps de discuter avec lui.Patou sur la terrasse de sa maison.

Au début, lorsqu’il a acheté la maison à Yves Gaillard (le fils de Paulette) en 2011, il ne venait que le week-end. « Ce qui m’attendait : c’était la bougie. Déjà chez moi, à Saint-Maurice-de-Lignon, j’avais un frigo, mais je n’y mettais rien. Cela m’a habitué. Alors quand je suis arrivé ici, je ne cherchais plus d’interrupteurs et de robinets », avoue l’homme en plaisantant.

Sans eau ni électricité

Car la jolie maison n’a ni eau ni électricité. Il n’y a donc ni télévision, ni ordinateur, ni téléphone et même pas de réfrigérateur pour conserver la nourriture.

Quand j’ai quelque chose de frais, je le mange tout de suite. Pour l’eau, je vais remplir des bidons de cinq litres chez ma sœur à Saint-Victor-Malescours.

Sur le toit se trouve un petit panneau solaire photovoltaïque. De quoi éclairer un peu l’intérieur sombre. « J’écoute un peu la musique avec le décor comme ça, mais je ne peux pas allumer les lumières en même temps, sinon ça crépite… » S’il a fait le choix de venir vivre ici, c’est un peu trop casser loin d’une société et d’un rythme de vie imposé avec lesquels il avait beaucoup de mal. «C’est ma bouée de sauvetage. J’ai tout quitté pour ne pas m’emporter”, explique-t-il. Il a donc quitté son travail (il était dans les espaces verts de la mairie de Saint-Maurice-de-Lignon) et son logement pour y venir.
Assis sur une chaise en équilibre précaire devant sa terrasse, juste à côté du gîte Bambine, Patou ne connaît pas exactement l’origine de son surnom, que ses parents lui avaient donné dès son plus jeune âge. “Ils sont repartis avec leur secret”, a-t-il déclaré.

Depuis six ans, Patou a choisi de vivre ici, coupé du monde, mais très paisible.

“A Laval, c’est Patou ?!” Parce que c’est de la bonne pâte», raconte son ami Nicolas, un San-Palou rencontré au café Convers («le dernier vrai café») il y a plus de 20 ans et qui apprécie le lieu autant que son seul habitant.
On pourrait penser que le temps est long dans ce coin isolé. Mais notre ermite des gorges de la Dunière s’adonne avec joie à un passe-temps adapté à ce lieu : écrire. Inspiré par la beauté sauvage de cette nature ouverte, Patou écrit « chaque jour ». “Que veux-tu faire ici à part lire et écrire ?!” » Mais avec son caractère, l’homme se contente rarement de sa prose. « Une bonne partie finit dans le feu, dans le fourneau, parce que je ne suis jamais content de ce que j’ai fait… » Même s’il n’a jamais été publié, il a retenu l’attention de la fête des mots de Saint-Pierre. Ilpize il y a plus de 15 ans, remportant le premier prix du jury. « J’écris des poèmes, de la prose, des histoires, un peu de slam… J’aime qu’il y ait une punchline dans mon écriture. » En plus de manier la parole, Patou peint et dessine également. « Et même la sculpture aussi, mais ça, c’est dépassé maintenant… » L’une des sources d’inspiration de notre poète était Jean Giono, « un amoureux de la nature » dit-il. Un peu comme lui. Les amateurs de littérature verront également dans le voyage de Patou une référence à Walden ou Life in the Woods, chef-d’œuvre de la littérature anglo-saxonne écrit par Henry David Thoreau au XIXe siècle. Car s’il est venu se perdre à Laval, “c’est juste pour être tranquille…”

0bdc9aa6d0.jpgPhoto Lionel Ciochetto

En hiver, les journées sont parfois un peu longues. Mais il y a toujours quelques promeneurs qui passent devant la modeste maison, quelle que soit la saison. « Il m’est arrivé, à deux reprises, de passer une semaine complètement coupée du monde, avec la neige. Sinon, j’ai toujours des amis qui m’apportent à manger. Et dans le placard il y a des provisions. Quant au contact avec les autres, « c’est à petite dose », confie-t-il. «Mais je ne fuis pas non plus les gens. Ici, ils me connaissent. Ma copine vient me voir aussi, puis ma fille, avec son fils car je suis grand-père », raconte-t-il avec une pointe de fierté. « Il y a des pêcheurs qui passent et me donnent une truite à manger. À la fermeture de la pêche, ce sont les chasseurs qui prennent le relais sur les sentiers. J’en connais quelques-uns. »
Loin de l’activité économique « intense » de Saint-Pal-de-Mons, fief de la plasturgie avec sa voisine Sainte-Sigolène, Patou continue son chemin paisible dans la vallée. « Avant, quand j’étais en forme, je me promenais dans les gorges, toujours sans carte. Je l’ai regardé, mais quand je suis rentré le soir, pour voir où je m’étais perdu. » Des promenades qui l’ont amené à des rencontres insolites, comme lorsqu’il s’est retrouvé « nez à nez avec un sanglier ». Mais c’est lui qui avait peur ?! Vous pensez : un sanglier contre un ours », dit-il en riant.
La santé et le poids des années n’épargnent pas le seul habitant du village. Même s’il voyage en 4×4, la difficulté d’accéder aux lieux est une réalité. Jusqu’à quand viendra-t-il à Laval ? « C’est au jour le jour. Tant que je peux venir, je viendrai », conclut Patou.

Lionel Ciochetto

 
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