« Travailler toute sa vie pour décapitaliser, c’est navrant »

Les acteurs des politiques agricoles et vitivinicoles de l’Aude s’expriment sur le sujet brûlant de l’arrachage des vignes rendu obligatoire par les crises qui secouent le territoire entre baisse de la consommation, aléas climatiques, perte de vocation et inflation. Cas.

Combien d’hectares de vignes pourraient être concernés dans l’Aude par l’arrachage ? On parle de 6 000 hectares dans le département voisin des Pyrénées-Orientales, visant des parcelles à faibles rendements, mais ici ?

Les arrachages devraient se concentrer sur ce type de parcelles à faible rendement et non irriguées. Si l’on table sur 100 000 hectares en France, le Languedoc Roussillon pourrait être concerné par la moitié de cette superficie.

Les vignerons sont au fond du seau

Avant même de parler de superficie, Philippe Vergnes, président de la Chambre d’agriculture de l’Aude, s’en prend au prix :« 4 000 euros pour s’en sortir, c’est insuffisant, quelqu’un qui a travaillé toute sa vie pour décapitaliser va laisser un champ derrière lui, c’est navrant. Mais repartir sans rien est indécent. Car à ce prix-là – là, on n’est pas loin du coût des travaux : arracher, enlever les tuteurs, utiliser le gyrobroyeur… Les gens en ont assez. Les opérateurs sont au fond du seau.

Les vignerons intéressés sont invités à indiquer la superficie concernée par l’aide à l’arrachage.
Indépendant – CHRISTOPHE BARREAU

Pas assez de jeunes pour prendre la relève

Ludovic Roux, président des vignerons d’Occitanie, mise sur une superficie importante. Coop de France a lancé sa propre enquête interne pour anticiper les surfaces déchirées.« Nous vivons une baisse importante du marché. Les domaines viticoles concernés sont ceux qui ne peuvent pas commercialiser leurs vins, ceux qui sont en fin de carrière. Certains pourraient continuer mais en ont marre de remplir des tonnes de papier, ils n’ont plus d’enthousiasme et veulent arrêter. Il n’y a pas assez de jeunes agriculteurs pour repartir, ils sont à bout de souffle : psychologiquement, ça ne marche plus. Nous avons besoin d’un agriculteur dont la taille de l’exploitation serait suffisamment rentable. récupérer les terres pour les prairies et l’élevage ou la culture de la luzerne. Car si c’est transformer le paysage en friche… ».

Ludovic Roux ne peut cacher les dégâts causés par l’inflation : « nous sommes en plein milieu de problèmes sociologiques. Nous sommes à la limite du supportable !

Que faire après la vigne ?
Indépendant – CHRISTOPHE BARREAU

Trouver des acheteurs

A Ornaisons, à la cave coopérative Les Celliers d’Orfée, la prévision est de l’ordre de 5 %. Sur 1 260 hectares en production, 60 hectares seraient concernés. “c’est mineur pour nous, ce sont surtout des gens qui partent à la retraite décrit le réalisateur Cédric Bruel. En 2022, nous avons distillé 6 300 hectolitres. Nos membres sont résilients, ils supportent les assauts du changement climatique avec résignation. Le problème est avant tout de trouver des repreneurs.»

Le déracinement, un crève-cœur pour l’exploitant.
Indépendant – CHRISTOPHE BARREAU

Investir pour prévenir

« Ce dont nous avons besoin, c’est de pouvoir nous protéger contre les aléas climatiques ! insiste Jean-Marie Fabre, président national des vignerons indépendants, qui met l’accent sur un changement de mentalité. La grêle dans le Limouxin et le Val de Dagne montre, une fois de plus, l’importance de la sensibilisation : « Il faut protéger nos cultures contre les aléas climatiques ! On n’en peut plus ! Il faut investir maintenant pour préserver durablement la filière vitivinicole. Cet investissement générera de l’emploi, des recettes fiscales, sinon de plus en plus de vignerons abandonneront le métier. C’est une dépense à court terme pour un investissement à long terme. Nous protéger, c’est nous maintenir. En France, nous représentons 12 milliards d’impôts, 500 000 emplois directs et indirects et 96 milliards. € de chiffre d’affaires ».

Quels sont les scénarios ?

Les agriculteurs concernés par l’arrachage appartiennent à différentes catégories : il y a ceux dont le modèle économique n’est plus viable, fragilisé par la sécheresse depuis plusieurs années. Ils n’ont plus la capacité d’assumer les coûts. Ce sont les plus fragiles.

Autre catégorie à rechercher chez les vignerons indépendants : ceux qui commercialisent eux-mêmes une partie et confient le reste à un opérateur commercial. Aujourd’hui, ils ne sont plus rentables et souhaitent recalibrer leurs opérations aux volumes qu’ils sont en mesure de vendre.

Et puis tous ceux qui sont en bout de course, la pyramide des âges posant problème, ils n’ont pas d’acheteur dans le contexte économique actuel. Ils ne peuvent transmettre ni leur savoir-faire, ni le fruit du travail d’une vie.

 
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